Réponse à la lettre du camarade Victor Benoît publiée à la page 14 de l’édition du lundi 23 et du mardi 24 avril 2018

Publié le 2018-05-11 | Le Nouvelliste

Société -

Cher Victor Benoît,

Au moment où je termine l’écriture de ces lignes, je suis en train de t’écouter sur Vision 2000 et j’ai compris que pour des raisons que j’ignore, tu fais une fixation sur notre camarade Edmonde. Cela perturbe ton jugement et explique la stratégie que tu as mise en place pour l’éjecter de la tête du parti et en prendre le contrôle par personne interposée ou à défaut pour l’affaiblir avant d’aller transformer ton organisation sociale, le MOCIDE, en formation politique avec le soutien de tes jeunes protégés dont l’un est déjà le vice-président d’ailleurs.

Dans ta lettre apparemment adressée au Nouvelliste la veille de notre 3ème Congrès national et publiée dans l’édition des lundi 23 et mardi 24 avril 2018, soit après la clôture dudit congrès qui a vu le raz-de-marée par lequel les délégués ont accordé un nouveau mandat de cinq (5) ans à l’équipe conduite par notre camarade Edmonde, tu exposes les raisons pour lesquelles tu n’as pas participé à ce que tu qualifies de manière condescendante, voire méprisante, de prétendu congrès. Tu as présenté ta vérité mais tu n’as pas dit toute la vérité. Tu as défendu tes points de vue mais tu n’as pas rendu compte de tous les faits. Je crois donc qu’il est de mon devoir d’éclairer les lecteurs du Nouvelliste et les démocrates de notre pays sur le pourquoi et le comment du spectacle pitoyable que tes « jeunes » et toi vous leur offrez depuis quelques semaines. J’écris jeunes entre guillemets, parce que l’opinion publique doit savoir que la plupart d’entre eux ont autour de cinquante ans, à quelques années près, l’âge d’Edmonde.

Tu n’as pas pu résister au populisme facile en accusant tes camarades d’être de vilains fascistes qui méprisent les militants d’origine humble. Manifestement, tu as perdu le contact avec notre base, avec nos dirigeants à travers le pays et avec la réalité de notre parti. Si tu avais eu le courage de venir à leur rencontre pendant le Congrès, tu aurais vu qu’ils ne sont pas des filles et des fils de riches, tu aurais compris qu’ils ne sont pas nés avec une cuillère en or dans la bouche, tu aurais vu qu’ils sont jeunes, qu’ils sont vraiment des jeunes et qu’avec eux la relève est assurée et l’avenir du parti garanti.

Si tu avais participé à ce congrès, tu aurais vu l’enthousiasme des militants et des membres de ton parti et ils auraient peut-être réussi à te communiquer leur joie de pouvoir enfin dire démocratiquement leur mot dans le choix des dirigeants qui auront à conduire leur parti pour les cinq (5) années qui viennent.

Tu aurais vu que ton parti est composé de femmes et d’hommes honnêtes capables d’organiser un scrutin transparent et impartial, comme en témoignent les images disponibles et le procès-verbal d’un juge de paix présent durant tout le déroulement du scrutin. Tu aurais vu leur fierté d’avoir pu, pour la première fois, obtenir que le choix des dirigeants ne soit pas exclusivement le fruit des arrangements concoctés par le microcosme port-au-princien.

Cher Victor, je vais te dire pourquoi tu as décidé de ne pas participer au congrès de ton parti.

Tu es un vieux routier de la politique. Ta longue expérience t’a permis aisément d’anticiper une énième défaite et un échec cuisant. La seule façon pour tes amis et toi d’éviter de prendre une déculottée, était de fuir par la tangente sous de fallacieux prétextes. Avant de répondre à certaines de tes allégations, je crois indispensable de fournir aux lecteurs du Nouvelliste quelques informations sur tes multiples manœuvres et tes nombreuses démarches infructueuses.

1. Ta première manœuvre a consisté à pousser ta petite troupe à réclamer le départ pur et simple de la direction sortante et à revendiquer la mise en place d’une équipe de facto non élue pour diriger le parti pendant deux ou trois ans avant de pouvoir envisager l’organisation d’un congrès. La réponse de la direction a été de privilégier la voie démocratique et de poursuivre avec l’organisation des congrès départementaux en vue d’aboutir au congrès national ordinaire conformément à nos statuts.

2. Ta deuxième tentative infructueuse pour contourner la voie démocratique est l’acharnement avec lequel tes protégés et toi avez essayé de jeter le discrédit sur les décisions adoptées démocratiquement par notre conseil national (instance de décision du parti entre deux congrès nationaux). Le grand public doit savoir que le 10 mars dernier le Conseil national a entériné par un vote en deux tours auxquels tu as participé et perdu : le choix des membres du Comité d’organisation du Congrès national, la date de sa tenue, le mode de scrutin par cartel et le budget/programme du parti. Nouvel échec de ta stratégie. C’est là que, mauvais perdants, tes amis et toi vous avez commencé votre campagne médiatique pour tenter de discréditer le processus démocratique en cours. Nouvelle déconvenue.

3. Troisième échec. Voyant que la machine démocratique interne avançait inexorablement, tu as fait injonction par écrit à tous tes collègues du directoire du parti, tous autant qu’ils sont, d’accepter un de ces arrangements qui te sont chers, en renonçant à briguer un quelconque poste et en confiant la direction du parti à tes « jeunes » protégés. Voyant que ta volonté d’exclusion n’a pas fait recette auprès de tes pairs, il ne te restait plus que le choix de la stratégie de la terre brûlée. Puisque tu ne voulais pas d’une élection à la régulière, il faillait à n’importe quel prix faire capoter la tenue du congrès et par la même occasion les élections dont l’issue était prévisible.

4. Partant de là, tous les moyens étaient bons pour saboter le processus démocratique, quitte à ce que cela ternisse l’image positive du parti dans l’opinion publique. Si tu ne pouvais pas reprendre le contrôle du parti par personne interposée, autant l’affaiblir ou le détruire, ce qui te permettra de faire fleurir ton organisation sur ses dépouilles. Mais c’était compter sans la détermination de la totalité de tes collègues du directoire et sans la capacité de nos militants et de nos dirigeants locaux à résister à tes appels au boycott, aux intimidations, aux mensonges colportés dans tous les médias de la capitale.

5. Toutes ces manœuvres ayant échoué, tes amis et toi, vous avez sorti ce que vous croyiez être vos armes d’exclusion massive comme ultime recours pour ne pas avoir à affronter l’équipe de notre camarade Edmonde dans les urnes. Selon vous, son cartel comporte deux personnalités qui ne seraient pas membres du parti depuis suffisamment longtemps pour être candidats. Je t’informe au cas où tu l’ignorais que l’un d’entre eux est un dirigeant historique de l’ancien PANPRA et l’autre est membre du parti et milite dans le Plateau Central depuis 2012. Par ailleurs, les gens doivent savoir que pour être recevable un cartel doit comporter trois vice-présidents au moins et douze au plus. Même si on avait dû enlever les noms de ces deux personnalités, la liste serait encore valide car elle comportait douze candidats à la vice-présidence. L’argument ne tient donc pas.

Tu as cru avoir gagné le gros lot avec ton interprétation erronée des articles 55.5 et 144 des statuts que tu excipes pour dire que Edmonde n’avait même pas le droit d’être candidate. Ta peur du suffrage des militants ou ta crainte de l’affronter personnellement ou par personne interposée, ont brouillé ton jugement au point de te faire mésinterpréter aussi grossièrement des textes aussi limpides, rédigés en français facile.

Il faut que les lecteurs du Nouvelliste sachent que ces articles ont été introduits dans les statuts sur demande expresse d’Edmonde S. Beauzile pour limiter à deux mandats successifs le temps qu’un dirigeant peut passer dans un même poste de direction (article 55.5 des statuts). Comme il fallait préciser le point de départ pour l’application de cet article, une disposition transitoire a indiqué que les mandats en cours (i.e., au moment de l’introduction de cette disposition) ne sont pas concernés par la limitation imposée par le texte en question. Cette limitation du nombre de mandats consécutifs ne prend effet qu’à partir des élections prévues pour le 3ème Congrès. Passe-moi l’expression, Victor, mais il faut être vraiment tordu pour voir dans ces articles une interdiction pour les dirigeants sortants de solliciter le suffrage des militants. Non seulement ils pouvaient être candidats, ils sont même habilités à se présenter pour un second mandat à l’occasion du 4ème Congrès dans cinq ans.

6. C’est avec un pincement au cœur que je te le dis, Victor, ton obsession par rapport à Edmonde te fait déraisonner et perturbe ton jugement au point de te faire attribuer à d’autres des fautes que l’on peut reprocher à toi et à tes protégés. Menaces dis-tu, mais tu ne présentes aucun fait pertinent. Pour les besoins de ton entreprise de diabolisation de tes camarades, tu omets de dire que tu as envoyé tes protégés interdire littéralement à tes collègues du directoire du parti de prendre la parole devant la presse au siège du parti, alors qu’eux-mêmes ont eu le loisir d’organiser tranquillement quatre conférences de presse au même endroit.

Définitivement, ta volonté farouche de détruire tes compétiteurs t’as rendu intellectuellement malhonnête. Tu feins d’ignorer que ton vice-président au MOCIDE, le jeune leader que tu voulais imposer à la tête du parti, a en pleine réunion avec les responsables du comité d’organisation du congrès, sorti une arme à feu. J’imagine que c’était pour démontrer sa parfaite assimilation des valeurs de la social-démocratie que tu lui as si bien inculquées. Pour toi, les collègues du directoire que tu as côtoyés pendant treize (13) ans à la direction du parti sont d’affreux fascistes et tes poulains sont de jeunes démocrates tolérants, fervents défenseurs du dialogue les armes à la main comme moyen de résolution des conflits.

7. Choix antiprogressiste, dis-tu de Edmonde Supplice Beauzile, de se reconduire à la direction du parti. Je ne sais pas ce que tu as personnellement contre elle et contre la quinzaine d’autres dirigeants qui l’appuient et qui étaient ses colistiers. Il est pénible pour moi de devoir te rappeler que dans ton parti on ne se reconduit pas à la direction, on ne peut y accéder que par la volonté des militants.

8. Tu lui reproches de refuser à tes jeunes protégés d’accéder à la tête du parti. Avec quelle autorité aurait-elle pu le faire ? Tu feins d’oublier que tes poulains ont constitué deux cartels et se sont portés candidats. Mais sur tes conseils avisés, ils ont choisi de se lancer dans une campagne antidémocratique de dénigrement et de refus d’une compétition électorale saine. Au lieu de chercher à convaincre leurs camarades militants de voter en leur faveur, ils ont opté pour une stratégie suicidaire visant de préférence à tenter d’empêcher par tous les moyens la tenue du congrès. Ils ont eu une réponse cinglante et sans équivoque les 20, 21 et 22 avril dernier de la part des 96% (excusez du peu) qui ont plébiscité le cartel de notre camarade Emonde. Ont-ils voulu signifier à tes poulains qu’ils n’avaient pas l’étoffe pour diriger leur parti ? Je ne le crois pas, ils ont simplement fait le choix d’une équipe compétente, dévouée et fidèle à la cause de la FUSION et aux valeurs de la social-démocratie.

Malgré tes manœuvres et tes tentatives infructueuses, le 3e Congrès national ordinaire de la FUSION a bel et bien eu lieu et les militants ont tranché. L’épreuve amère du moment présent, comme tu le dis, que tu lui infliges, loin de faire souffrir les militants, les a au contraire renforcés dans leur détermination à œuvrer pour renforcer une FUSION qui ne se limite pas à une petite clique port-au-princienne qui dorénavant ne pourra plus imposer sa volonté aux militants de tout le pays. Notre parti ne disparaitra pas tant qu’il y aura des démocrates engagés et convaincus à sa direction.

Je ne sais pas ce que tu as l’intention de faire après ce désaveu cinglant des militants. J’espère, sans trop y croire, que tu auras l’intelligence de saisir la main tendue par Edmonde et par Rosemond. Mais après t’avoir entendu ce matin à la radio, j’ai une vague impression que tu as un autre projet. Enfin, tu es un homme libre, il te faudra assumer tes choix devant l’histoire.

Port-au-Prince, le 26 avril 2018

Alix RICHARD

Vice-Président de la FUSION

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