La bourgeoisie et ses créations de domination

Publié le 2018-04-25 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

(Première partie)

Jean-Marie Beaudouin

Incohérences et contradictions

La lutte pour la survie est un débat connu et clos dès lors que l’homme réalisa que la cueillette et la chasse ne garantissent pas une durée de vie raisonnable, eu égard aux lois générales de la nature. Au centre desquelles figure au premier rang l’existence humaine, laquelle porte en elle la dualité historique: la vie et la mort. Si la mort est un défi à la vie, elle reste et demeure une réalité inéluctable. Et il nous semble que, d’un point de vue heideggerien, la pertinence de cette loi naturelle s’y trouve corroborée. « Aussitôt qu’un homme vient à la vie, il est déjà assez vieux pour mourir », écrivait Martin Heidegger (1889 – 1976) dans Être et temps à la page 245. Une étude sur la mortalité infantile et les causes l’engendrant confirme cela ; qu’il ne faille pas mettre sur le compte d’un Dieu créateur que la science chrétienne présente comme l’incarnation de la bonté. Même l’évêque de Rome n’échappe pas à cette loi qu’est la mort, sinon que l’Église promet la fiction d’une autre vie après la mort clinique.

L’auteur disait tantôt que l’homme (femme et homme), pour se protéger du climat qui pouvait changer brusquement et pour vaincre la faim qui était alors son véritable bourreau, devait lui-même créer les conditions matérielles pouvant conduire à une sécurité alimentaire régulière et se parer de couverture. Il créa en effet des moyens de production primitifs (pioche, pelle, etc.) qu’il fabriqua sur le tas. Entre-temps, il découvrit l’eau et le feu: des fondamentaux qui lui permirent de mettre en œuvre la civilisation agraire. Cette condition se perpétue jusqu’à notre temps, en brûlant les étapes progressives dont la modernité est porteuse.

Dès lors que l’homme put atteindre ce haut fait d’armes, il avait donc compris que l’état naturel, dans lequel il était retenu, devait disparaître pour faire place à l’entraide sociale et à la solidarité entre les membres de la communauté naissante. Une façon pour l’auteur du présent papier de souligner ici à l’encre forte que l’homme n’a pas toujours été un loup pour l’homme. Quand sont apparues les notions de classes sociales et de la division du travail, naissent alors les sentiments de révolte ou de haine qui ont pour but de déconstruire la paix et la tranquillité, et de déshumaniser cruellement la société humaine. La bourgeoisie, qui remplace la noblesse, s’approprie le phénomène de déconstruction pour en faire son terreau de l’exploitation et du profit.

Tout ce qui divise l’espèce humaine provient de l’idéologie bourgeoise à laquelle est adjointe l’idéologie dominante, son porte-voix. Cette attitude comportementale qui contraste avec la civilisation de nos premiers hommes de l’histoire, se perpétue sans fin. Pourtant, l’idéologie dominante apprend que la morale est le socle de la bourgeoisie, qui exerce pieusement la foi religieuse et les valeurs de la civilisation chrétienne, affirme-t-elle. Ce qu’elle n’a pas toutefois dit, c’est que les apparences extérieures ne coïncident pas toujours avec le for intérieur, parlant du siège des sentiments où s’élabore la pensée consciente comme fruit de l’esprit de l’individu qui est appelé à son tour à apprécier la nature des objets présentés devant lui. Le discours dominant n’a pas dit également que le capital, dont la bourgeoisie est si maladive, n’a que faire de la morale chrétienne face à ses enjeux économiques qu’elle ne négociera pour rien au monde réel, encore moins pour le ciel de la Providence, peuplé de fantômes qui y errent indéfiniment. La science bourgeoise endort le peuple afin de mieux l’exploiter.

Propriété privée + capital + profit sont les fondamentaux de la classe d’intérêts. La religion chrétienne est un sous-produit de l’histoire qu’elle exploite dans le cadre de sa domination sans partage. Elle n’a de dieu que son capital, sa prospérité et sa postérité. Tout le reste n’est que pure frime. Ainsi, le phénomène Dieu unique (religions monothéistes) est donc mis au service du capital à partir des stratégies qui ne conviennent pas à la nature humaine, allant de l’exploitation, du servage et du travail forcé à la torture physique, au crime, au massacre et au génocide. Pour se maintenir perpétuellement au trône du monde, la dictature du capital s’interdit de reculer devant aucune morale, et se réserve le droit de faire usage des moyens matériels puissants et meurtriers qui débouchent souvent dans son histoire sur l’effroyable destruction massive des unités humaines. Voilà le caractère criminel de la morale bourgeoise et du capitalisme rampant. Croire ou ne pas croire : tout jan, mal sele k ap foule.

Pour arriver à ses fins égoïstes, la bourgeoisie ne s’appuie pas seulement sur le pouvoir politique de l’État dont elle contrôle l’orientation idéologique et le système de leviers, mais encore domine dans les domaines de l’art, de la culture, de la connaissance, de la philosophie, de la littérature, y compris dans les coutumes et traditions. C’est-à-dire à l’intérieur des centres d’apprentissage et de formation (classique et supérieur), elle élabore et énonce des théories nocives et fermentées dont le chien de garde (hiérarchie dominante) se charge d’en faire la propagande dans le but de diviser la nation et d’attiser la haine sociale. Le bilan d’un tel montage intellectuel se traduit par des conséquences socialement et moralement lourdes: justice liberticide, autovictimisation dans une société victimaire. Divide et impera ou Divide ut regnes est la règle d’or de la bourgeoisie. Du latin: « divise et tu règneras; fomente les divisions pour régner. »

Théorie du genre, théorie des inégalités sociales, théorie de la hiérarchie des races humaines, théorie du racisme, théorie de l’antisémitisme, théorie de la religion d’État et théorie de l’anticommunisme sont des ferments qui entretiennent la division au sein de la société humaine depuis la décomposition de nos premières sociétés organisées et autorégulées à direction féminine (matriarcat). Des thèses aussi narcissiques que sectaires qui ont fini pourtant par s’imposer dans la durée, pour le malheur de l’humanité. Ce même centre intellectuel et religieux qui produit ces curieuses et pathétiques conceptions dispose aussi d’ardents et d’enthousiastes sectateurs qui alimentent l’idéologie bourgeoise, dont les productions ont pour objet de faire naître la haine dans la société. Dès lors, la bourgeoisie capitaliste devient plus forte et l’opinion lui est également acquise. Éducatrices-éducateurs, professeures-professeurs, créatrices-créateurs, artistes, agents intellectuels, historiennes-historiens officiels, prêtres catholiques et pasteurs protestants sont les antichambres de la politique de l’État bourgeois pour le compte duquel ils promeuvent la démocratie bourgeoise dans laquelle l’économie est concentrée aux seules mains de la minorité possédante.

La bourgeoisie est présente dans tous les pays et contrées du monde. L’exploitation capitaliste y est également; et la religion y est également. Mais il se constate que, dans les pays pauvres, la religion d’État dispose d’une plus grande influence et d’une plus grande puissance que dans les pays riches ou industriellement développés. Comprenne qui pourra. Dans la deuxième partie, l’auteur se propose de partager avec le lecteur universel son point de vue sur la problématique du genre qui, pour lui, est un problème trompeur qui n’aurait jamais dû naître dans l’esprit humain.

À suivre …

Jean-Marie Beaudouin avril 2018 ; coifopcha@yahoo.fr Auteur
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