Pinas Alcera, un artiste qui promet

PUBLIÉ 2018-04-13
Le jeudi 12 avril 2018, l’auditorium de la Fokal a été le théâtre du tout premier show de Pinas Alcera en tant que chanteur. Le jeune artiste a réussi le pari de faire danser et chanter un public survolté avec une dizaine de textes pourtant inédits. On sort de ce spectacle avec cette déduction : la variété haïtienne s’asphyxiait depuis quelque temps, ce newbie pourra lui donner un nouveau souffle.


Bélo, BIC et Jean Jean Roosvelt doivent bien se tenir. Après ce qui vient de se passer ce jeudi 12 avril dans l’amphithéâtre de la Fokal, ces 3 rois mages n’ont pas intérêt à se reposer sur leurs lauriers d’artistes confirmés de plus de10 ans de carrière. Leur secteur, qu’on qualifierait de croisement entre la variété haïtienne et le « World beat », en panne de tubes depuis des années, semble trouver ce soir-là une énergie nouvelle en la personne de Pinas Alcera. Le jeune artiste, dans le cadre de son show qui fait office de rendez-vous de pré-écoute de son album en chantier, a fait une belle impression sur l’assistance qui a visiblement beaucoup apprécié sa performance.

Accompagné par un sextet et un trio de choristes, en plus d’une heure, l’artiste a réussi à faire danser et chanter une foule. Improbable pour quelqu’un qui n’a égrené que des chansons inédites. Côté gestuel, il virevolte sans cesse comme Alpha Blondy ou le roi du gospel Kirk Franklin.

La dizaine de morceaux comporte des titres tous potentiellement tubesques : Enfant de la plume, Nou sanble, On nous demande de danser, Ti pitit, Kimoun yo ye, Petit soldat, Femmes sur la terre des hommes, Tanbou banbou, Devient juste humain.

En ce qui concerne la ligne mélodique, dans l’ensemble c’est parfois jazzy, parfois afrobeat. Tanbou banbou, l’un des meilleurs morceaux, fait se fusionner un tamtam évolutif et des emprunts au « Negro-spiritual ». James Germain, invité sur ce morceau, présent dans la salle, n’avait pas voulu d’emblée monter sur scène. Au fort de l’ambiance qu'a créée Pinas et son équipe, il s'est ravisé. Il a rejoint le jeune artiste pour ce numéro qui est le tout dernier dans la liste.

La forme et le fond des textes ne sont point en deça de la moyenne non plus. On dénote dans certains une portée poétique du phrasé, dans d’autres une rhétorique qui laissent présager une stylisation qui lui sera propre et qu’on espère qu’il continuera à tisser au fil de sa carrière. Pour comprendre la justesse de ses mots et leur élégance il suffit de jeter un coup d’œil dans son passé riche en réalisations : « Je me présente comme comédien, metteur en scène et slameur. Mais la musique a toujours servi de toile de fond à toutes ces activités entreprises au fil de ces années », explique-t-il.

Quand il ne chante pas, il parle de son parcours ou il salue sa mère son héroïne qui l’a élévé sans l'aide d'un père. Il fait un « shout out » à Lili’s collection qui lui a confectionné la tenue qu’il a portée en ce premier show. On apprend grâce à ses brefs énoncés qu’il est passé par un collectif baptisé « Hors-jeu » et qu'il a aussi fait l’expérience de Haïti en scène. Il a dirigé le travail des acteurs du feuilleton radiophonique « Zoukoutap ».

En marge du show, il nous confie qu’il ne plafonne pas ses ambitions. « Je ne sais pas où je veux aboutir en tant qu’artiste. Je me contente de produire, d’occuper le moment présent », argue-t-il avec la verve d’un philosophe. Des artistes qui l’influencent ? Beaucoup, au point qu’il ne saurait tous les énumérer dans un entretien souvent coupé par des fans qui se jettent sur lui pour tenter de se faire photographier avec lui.

Quoiqu’il ait signifié explicitement la fin du showcase, très peu de personnes ont regagné la sortie. Le gros du public est resté pour le contempler et lui souhaiter la bienvenue dans sa quête d’officialisation d’une carrière qui, on le suppose, sera grande vue l’étendue de son talent. Son premier album, il le promet pour bientôt. En attendant, on peut se contenter du clip de « Tanbou banbou » disponible sur YouTube.



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