Les importations de nourriture, de boissons et de tabac : l’indicateur d’une opportunité pour Haïti

Que disent les chiffres?

Publié le 2018-04-13 | Le Nouvelliste

Economie -

Lorsqu'une économie exporte un produit plus qu'elle ne l'importe, sa balance commerciale (la différence entre les exportations et les importations) pour ce produit est positive. La tendance est de conclure que ce pays a un avantage comparatif concernant le produit, par rapport aux autres pays partenaires ; la balance commerciale positive résulte généralement de sa capacité à produire le bien en question à moindre coût que ses partenaires. Généralement, il est recommandé de renforcer la production dans les filières pour lesquelles un avantage comparatif existe, et implicitement de continuer à importer les autres produits.

Si l'on considère les produits de la classe « Nourriture, Boissons et Tabac », pour lesquels les pays fournisseurs d’Haïti semblent avoir un avantage comparatif, faut-il délaisser les secteurs de l'agriculture et de l'agro-industrie et se focaliser uniquement dans les secteurs pour lesquels Haïti a un avantage comparatif? Et si l'on regardait les choses d'une autre manière, considérant les importations comme un indicateur de la demande? C'est, en fait, avec ce regard que cet article est rédigé, se focalisant sur la classe des produits « Nourriture, Boissons et Tabac ». Il s’inspire du thème du Sommet international sur la finance, organisé par le Group Croissance, ProFin et la BRH, qui portait sur le financement de l’agribusiness.

La figure 1 montre qu'une opportunité existe pour les secteurs de production de biens de la classe « Nourriture, Boissons et Tabac ». Dans la figure 1, plus la couleur d’une case est foncée ou rouge, plus les importations d’Haïti, en dollars américains, sont élevées. Les importations de ladite classe de produits sont les plus importantes, après les « Autres Produits Manufacturés ». Elles tendent à augmenter, comme l’exprime la figure 1. Le marché haïtien devient de plus en plus attractif, probablement avec l'augmentation de la population. C'est bien une opportunité pour les secteurs de l'agriculture et de l'agro-industrie en Haïti.

Si l'agriculture et l'agro-industrie haïtiennes ne profitent pas de la demande intérieure de la classe des produits « Nourriture, Boissons et Tabac », les économies développées et celles de la Caraïbe et de l'Amérique latine en bénéficient. La figure 2 montre que les exportations vers Haïti, des régions susmentionnés, tendent à augmenter pour les produits de la classe « Nourriture, Boissons et Tabac ». La demande haïtienne pour les produits de ladite classe est une opportunité. Alors, si d’autres économies en profitent, pourquoi pas Haïti ?

Les pays fournisseurs ont-elles un avantage comparatif par rapport à Haïti ? Probablement oui, notamment en considérant l’apport de la recherche et de la technologie dans leur système de production. Mais leur avantage comparatif ne résulterait-il pas des subventions gouvernementales au secteur agricole de ses pays et du financement de la recherche ?

Haïti peut profiter de sa propre demande intérieure, créant ainsi de l’emploi dans l’économie et réduisant le déficit commercial. Mais, pour y arriver, il faut de bonnes politiques publiques en lieu et place d’actions ponctuelles.

Dr Raulin L. Cadet cadetraulin@gmail.com Auteur
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