Quel gouvernement pour l’an II de Jovenel Moïse ?

Publié le 2018-04-11 | Le Nouvelliste

Editorial -

Les rumeurs de changement de gouvernement semblent se calmer. Chaque groupe de pression a fait ce qu’il devait faire pour garder son ministre en poste. Des élus ont même dégainé menaces et conseils pour donner le ton. Aux dernières nouvelles, moins du quart du gouvernement est encore sur des chaises éjectables.

Avec ce nouvel épisode, la présidence a testé les limites de son périmètre d’action, avance un observateur de la classe politique.

Si le président Jovenel Moïse veut garder son premier ministre, les parlementaires et les forces fortes de la nébuleuse présidentielle veulent garder leurs poulains dans les ministères et dans les directions générales. Bons ou pas. Efficaces ou pas.

La grande question du changement de printemps qui s'annonce est de savoir si la présidence va renforcer son contrôle sur la machine gouvernementale ou si les parlementaires vont accentuer leur mainmise sur les postes clés.

Pendant ce temps, les dossiers essentiels ne sont plus traités. Il y a une accalmie.

Les décisions arrêtées avec le Fonds monétaire international ne sont pas encore entrées en vigueur. La dédollarisation traîne les pieds. On ne parle plus de l’urgence d’un budget rectificatif ni de Conseil électoral permanent.

Après le FMI, c’est l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui est venue mettre sa liste dans le panier des devoirs obligatoires pour le gouvernement. Dans la résolution 2410 qui reconduit pour une année la MINUJUSTH, il est rappelé que la Mission a pour mandat « d’aider le gouvernement à renforcer les institutions de l’État de droit en Haïti, à appuyer et à développer encore la Police nationale d’Haïti (PNH) et à suivre la situation en matière de droits de l’homme …». Cela fait tout un programme car on peut tout mettre dans cette formulation.

Plus précisément, le Conseil de sécurité encourage le gouvernement haïtien à œuvrer à l’application de 11 critères pour sortir de la MINUJUSTH. La résolution cite : « l’adoption des projets de code pénal et de code de procédure pénale, le renforcement des systèmes judiciaire et pénitentiaire haïtiens, l’augmentation des mécanismes internes de contrôle et de responsabilisation dans les secteurs de la police, l’administration pénitentiaire et de la justice, la mise en place d’un Conseil électoral permanent, l’adoption de la loi sur l’entraide judiciaire, le règlement de la question du placement en détention provisoire prolongée, et l’approbation de mesures de lutte contre la violence communautaire ».

Cela fait une belle feuille de route pour une équipe gouvernementale remaniée ou pour l’actuelle reconduite et remise en confiance, si tel est le souhait du président de la République.

Pendant ce temps, tout sourire, le nouvel ambassadeur américain fait le tour des institutions pour rappeler à tous les acteurs que les priorités de son administration pour Haïti reposent sur « des élections en 2019, la transparence gouvernementale et des efforts de lutte contre la corruption ».

Bien entendu, Haïti est libre de prendre les chauffeurs, les chemins et la vitesse que souhaite l’administration Moïse-Lafontant.

Pourvu que le pays mette le cap sur les bonnes destinations en 2019.

Frantz Duval
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