La production agricole au centre du 8e sommet sur la microfinance

Publié le 2018-04-09 | Le Nouvelliste

Editorial -

A l’occasion du 8e sommet sur la microfinance du 9 au 14 avril en cours, le Group Croissance croit opportun de braquer les projecteurs sur la production agricole. C’est un secteur vital pour l’économie du pays, mais qui se trouve dans une situation lamentable depuis une trentaine d’années. L’inaction des différents gouvernements qui se sont succédé pendant cette période et le désengagement des entrepreneurs en matière d’investissement au niveau agricole contribuent à rendre le secteur improductif et le pays devient dépendant de la production agricole des autres pays de la région. Les statistiques publiées par la Banque de la République d’Haïti révèlent que le volume d’importation du pays est chiffré à 5 milliards de dollars, dont 1 milliard en biens de consommation. Ce 8e sommet offre l’opportunité au gouvernement et aux entrepreneurs de débattre de l’avenir du secteur agricole en mettant l’accent sur le rôle du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, du financement dans ce secteur, des ouvriers agricoles et du modèle d’agriculture qu’il convient de pratiquer.

Repenser l’agriculture haïtienne revient dans un premier temps à redéfinir la mission du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural à des tâches de développement, et, d’autre part, à créer les conditions nécessaires à l’investissement dans le secteur. Depuis plusieurs dizaines d’années, ce ministère ignorait tout sur l’agriculture en milieu rural. Qu’il s’agisse de la production agricole, de la situation des terres, de la disponibilité des semences, de l’eau, de la sécheresse et de l’incapacité de certaines zones à produire, le ministère n’était pas au rendez-vous. Les agronomes, jeunes et vieux, sont restés à Damien dans l’attente d’exécuter un projet au nom d’une zone rurale. Les études et évaluations des différentes zones de production ne sont jamais publiées par les services compétents de ce ministère pour les besoins des entrepreneurs. Le ministère de l’Agriculture devrait pouvoir disposer dans toutes les directions départementales d'études contenant les informations de toutes sortes sur chaque département et de l’évolution des produits agricoles qui s’y trouvent. Malheureusement, il n’est un secret pour personne que depuis belle lurette le ministère, à travers ses directions déconcentrées, ne dispose pas des données nécessaires et ne prend aucune initiative en milieu rural, particulièrement dans les zones reculées. C’est dans cette optique que le pays devient importateur d’une grande quantité de produits agricoles.

L’intervention de la plupart d’organisations non gouvernementales dans le secteur agricole haïtien est due à l’abandon de ce secteur par le ministère de l’Agriculture. Seul un inventaire peut déterminer les dégâts causés par certaines ONG dans le secteur agricole haïtien. Si certaines d’entre elles ont accompagné les agriculteurs, d’autres ont contribué à appauvrir les paysans en créant la pénurie de certains produits agricoles par l’achat de plantules dans des endroits spécifiques.

Le gouvernement pourra-t-il arriver à établir sa souveraineté dans le secteur agricole ?

Lemoine Bonneau

Bonneau2005@yahoo.com

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