Corruption : le monde bouge autour de nous

Publié le 2018-04-06 | Le Nouvelliste

Editorial -

L’ancienne présidente de la Corée du Sud Park Geun-Hye, destituée l’année dernière, est condamnée à 24 ans de prison pour corruption et à 13 millions d'euros d'amende. La Corée du Sud n’est pas le seul pays à poursuivre son président pour corruption. C’est aussi le cas à l'île Maurice, un pays d’Afrique de moins de 700 km carrés situé à l'ouest de l'océan Indien. Ameenah-Garib Fakim, la première présidente de l’île, a démissionné récemment après avoir été accusée d’utiliser une carte bancaire fournie par une ONG pour effectuer des achats personnels. Bien que la présidence soit une fonction honorifique, la nouvelle de la démission de Mme Fakim avait fait le tour du monde. Toujours en Afrique, Jacob Zuma, ancien président sud-africain, est dans la tourmente. Après avoir été contraint de démissionner pour corruption, Jacob Zuma est poursuivi par la justice de son pays pour avoir reçu des pots-de-vin.

Plus près de nous, au Pérou, le président Pedro Pablo Kuczynski a dû démissionner après un an et demi au pouvoir pour son implication dans le scandale Odebrecht, qui secoue l’Amérique latine.

On peut multiplier les exemples des autorités poursuivies par la justice de leur pays pour corruption. Qu’en est-il chez nous ? C’est l’impunité qui règne en maître et seigneur. Depuis un certain temps, nous faisons partie des pays occupant la queue du peloton dans le rapport mondial sur la perception de la corruption. Avec un tel score, il est presque naturel que nous traînons la triste réputation d’être l’un des pays les plus corrompus au monde.

Depuis le fameux procès de la consolidation au début du XXe siècle, le pays n’a organisé aucun procès d’envergure en matière de corruption. Peut-être que nous avons peur que les condamnés accèdent à la magistrature suprême de l’État comme ce fut le cas avec ceux du procès de la consolidation.

À qui profite l’insouciance de l’État dans le domaine de la lutte contre la corruption ? Ce n’est pas à la population haïtienne en tout cas. La corruption endémique prive l’État des ressources pour offrir des services de base aux citoyens. La santé, l’éducation, l’environnement, les infrastructures routières…. tous les secteurs vitaux souffrent d’une carence de financement. Le pire, le peu dont nous disposons pour y investir est souvent utilisé à d’autres fins. Dans de telles conditions, ce n’est pas un hasard si nos hôpitaux n’offrent pas des soins de qualité, si les écoles publiques comme une bonne partie des institutions privées dispensent une formation au rabais, si nos infrastructures sont en mauvais état.

Le plus triste, tout le monde sait que les fonds sont détournés. Les rapports disent qui les détournent, mais aucune autorité, aucune institution n’ose agir. Surtout si les accusés sont les proches d’un député, d’un sénateur, d’un membre fort du pouvoir.

Nos dirigeants ont beau annoncer leur bonne volonté de mettre fin à la corruption qui gangrène nos administrations. Dommage que cette bonne volonté ne soit jamais opérationnalisée. Dans notre histoire récente, de Jean-Bertrand Aristide, en passant par feu René Préval, Michel Martelly et jusqu’aujourd’hui, la lutte contre la corruption est toujours présente dans les discours. Rien de plus. Le président Jovenel Moïse a encore du temps pour faire mieux que ses prédécesseurs. Cela exige que les faibles ressources de l’État ne soient plus considérées comme un gâteau à partager entre amis. Puis, il faut que l’État se donne les moyens pour poursuivre ceux qui ont dilapidé les caisses de l’État peu importe leurs noms et leurs rangs. La Corée du Sud, l’Afrique du Sud, le Pérou… nous ont montré la voie à suivre.

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