L’agronome Michel William se tue, l’agriculture aussi

Publié le 2018-04-02 | Le Nouvelliste

Editorial -

Homme de média, l’agronome Michel William a choisi le long congé de Pâques pour tirer sa révérence. Il s’est tiré une balle pour mettre fin à ses jours, selon des sources concordantes.

Triste sort pour un si bel esprit.

William Michel, depuis des années, était devenu sur les radios, dans les journaux comme sur les réseaux sociaux la voix de l’agriculture haïtienne. Le porte-voix des agriculteurs.

Il était aussi devenu la mauvaise conscience de notre secteur agricole. Il dénonçait par-ci par-là, avec véhémence, preuves et, des fois, approximations les coups bas et les mauvais coups de ses collègues agronomes.

Au fil des années et fort de son expérience et de ses observations, Michel William avait mis à nu la mafia des organisations internationales et de leur ramification dans les ONG. Il s’indignait des mauvaises politiques des dirigeants de Damien, siège du célèbre ministère de l’Agriculture, comme des lubies de nos politiques.

Propre à s’enthousiasmer pour chaque nouveau gouvernement, William Michel a été, à chaque fois, le premier a déchanter devant la reconduction des mêmes politiques, la reprise des anciennes pratiques et l’instauration du règne des projets bidon montés pour drainer les ressources d’un secteur qui n’avance que grâce au « Bon Dieu Bon » et des caprices de la météo.

L’agronome William l’a dit et redit, les résultats obtenus dans l’agriculture ont été rarement le fruit des interventions des agronomes et de leurs politiques.

Ceux qui ont eu la chance d’écouter ou de lire les critiques et les propositions de l’agronome Michel William savent qu’il se désolait de ne rien voir changer à Damien, ministre après ministre. Il se désolait de l’insécurité en milieu rural qui détruisait l’économie paysanne. Il se désolait de la petite place accordée à l’entrepreneuriat agricole. Il se désolait de tous ces présidents de la République qui avaient des rêves grandioses, mais pas de solution pour l’agriculture haïtienne. Il se désolait surtout des affairistes qui détournaient à la source, au ministère même, les fonds alloués à l’agriculture.

Ces cinquante dernières années, Michel William et François Severin font partie des rares agronomes qui ont tenté de mettre l’agriculture dans le débat public. Ils l’ont fait mieux que d’autres. Plus longtemps que d’autres.

On ne sait pas si d’autres passionnés vont prendre la relève. Pour sensibiliser, informer, critiquer, proposer. L’agriculture en a grand besoin. Avant que ce pays, autrefois essentiellement agricole, ne se transforme totalement en pays essentiellement importateur de denrées et de services dans le secteur agricole. Chaque sous-secteur du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural a besoin de porte-voix. De vigies. De lanceurs d’alerte.

Allez en paix agronome William Michel, vous nous laissez dans la tourmente.

Frantz Duval
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