La culture est devenue un sans- abri

Publié le 2018-03-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

«C’est la culture qui nous sauvera», disait Dany Laferrière dans le journal Le Monde quelques jours après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Quand les murs s’écroulent, la culture reste. C’est vrai.

La culture a cependant besoin de symboles, de repères.

Depuis quelques semaines, le ministre de la Culture est devenu un sans-abri comme un autre en Haïti.

Le local du ministère a été réquisitionné pour habiter le haut état-major des Forces armées d’Haïti.

Dans la débandade, on n’a pas pris le temps de trouver une nouvelle adresse pour la culture. Les services sont éparpillés. Le personnel en chômage technique. Le ministre va par-ci, par-là, le temps de signer un document ou de tenir une rencontre.

Si la culture peut rester debout quand les murs s’écroulent, pourquoi le ministère aurait besoin de mur ? a demandé ingénument un loustic.

Avant le ministère, c’est un musée qui avait été délogé du local du grand quartier général. Un musée dédié au vaudou. À nous. À notre âme.

Depuis, plus personne n’a osé ni monter un temple pour accueillir nos divinités, ni reprendre le projet du musée, d’un musée pour le vaudou, le carnaval, le rara, le compas direct, nos musiques, pour nos écrivains, nos grands hommes et femmes ou tout autre sujet qui se rattache à ce pays.

On ne célèbre ni ne rend hommage à l’immatériel en Haïti.

Le ministère de la Culture est sans domicile fixe. Cela en fait un singulier parallèle avec tous les créateurs laissés-pour-compte par notre République.

Frantz Duval
Auteur
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