Une année pour Lafontant à la Primature, quel bilan pour Haïti ?

Publié le 2018-03-23 | Le Nouvelliste

Editorial -

21 mars 2017- 21 mars 2018, cela fait une année depuis que le Dr Jack Guy Lafontant est installé à la Primature. On ignore si le Premier ministre a célébré l’anniversaire en privé, mais rien de public n’a souligné son exploit de diriger le pays depuis 365 jours. Ce n’était pas, il faut le dire, une semaine pour afficher des célébrations. Que de mauvaises nouvelles, qui signalent nos faiblesses, ont émaillé la semaine écoulée !

Des facultés de médecine et des écoles dans toutes les disciplines médicales qui forment des médecins et notre personnel de santé délivrent des diplômes sans être accréditées par les instances compétentes.

Des hôpitaux malades, des hôpitaux construits mais jamais ouverts au public, des malades qui ne trouvent pas les soins adéquats en Haïti, une absence totale de politiques publiques pour contenir, prévenir ou soigner des maladies endémiques comme l’hypertension ou le diabète qui terrassent plus de deux millions d’Haïtiens.

Une administration publique pléthorique mais sous-dimensionnée, budgétivore mais inefficace, concentrée dans les villes et laissant le pays réel sans surveillance ni service.

Un Parlement dans l’impossibilité depuis des mois de tenir, dans aucune des Chambres, trois séances de suite ni de plancher jusqu’au vote sur autres choses que des projets relevant d’intérêts particuliers.

Une diplomatie incapable de défendre, d’enquêter ou d’orienter les choix de l’État, quand la moindre crise éclate avec notre voisin le plus proche, le pays avec lequel nous avons le plus de relations et le plus de contentieux historiques.

Un secteur de l’éducation qui ne forme bien que peu des cerveaux qu’on lui confie et ce à tous les niveaux, des milliards de gourdes qui sont dépensées dans le privé comme dans le public, du préscolaire à l’université, sans apporter de changements significatifs dans la résolution des problèmes du pays.

Une crise de prédictibilité sur le change et l’économie en général inventée de toutes pièces par les autorités qui peinent encore à publier toutes les circulaires et règlementations que la dépollarisation implique.

Ces points et d’autres ont été débattus pendant la semaine qui s’achève et vont continuer à faire l’actualité dans les jours qui viennent. Il y a de quoi inquiéter toute personne sensée. Sauf que, aucun des problèmes dénoncés ne l’est pour la première fois. Depuis des années nous avons la tête dans le sable et laissons passer le temps, espérant que nos problèmes seront emportés comme les secondes qui s’enfuient.

Le président Jovenel Moïse a passé cette semaine le cap de la première année avec son gouvernement. Il a le Premier ministre qu’il voulait avec le Dr Jack Guy Lafontant à la Primature et les ministres qu’il désire avec la composition actuelle de l’équipe en poste. Force est de constater que le chef de l’État inaugure la deuxième année sans avoir trouvé le mode d’emploi de la bonne gouvernance ni celui de l’efficacité opérationnelle.

Dans trop de domaines, un an plus tard, le gouvernement tâtonne, ne donne même pas l’impression de chercher les bonnes solutions pendant que le pays attend de voir des résultats. Désespère d’un « aller-mieux ».

Plus que jamais, Haïti a besoin de réformes. De beaucoup de réformes. Dans tous les domaines. Il nous faut les réussir pas à pas. Petits pas par petits pas. Mais nous adorons les révolutions. Surtout les fausses révolutions. Prendre les problèmes à la hussarde sans avoir les moyens de notre politique est une constante de notre histoire. L’année qui vient de s’écouler n’échappe pas à la règle. De nouveaux dirigeants ont succombé à la tentation avec les mêmes résultats que leurs devanciers.

Lafontant, comme d'autres Premiers ministres avant lui, n'a pas les bonnes méthodes.

Frantz Duval
Auteur
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