Y a-t-il des leçons à tirer des événements de Pedernales ?

Publié le 2018-03-22 | Le Nouvelliste

Editorial -

Une semaine après les troubles survenus à Pedernales, à la suite de l’assassinat d’un couple dominicain, le calme revient peu à peu dans cette zone frontalière où nos compatriotes qui effectuaient des activités diverses et variées étaient en difficulté, en raison des accusations qui pèsent sur deux d’entre eux. Il ne sera pas facile de répertorier le nombre de nos compatriotes victimes en territoire voisin, si l’on doit tenir compte de leur présence dans différentes localités de cette province de la République dominicaine. Les menaces proférées par des groupes extrémistes dans le but de venger le couple victime s’apparentaient à une véritable chasse à l’homme dans cette zone frontalière. Faute de constat sur d’éventuels assassinats d’Haïtiens à l’occasion des troubles, le gouvernement haïtien observe la prudence et demande à son homologue dominicain de garantir la sécurité des ressortissants haïtiens sur son territoire. Les témoignages de la plupart de couples haïtiens qui résidaient de l’autre côté de la frontière demeurent jusqu’à présent les sources les plus fiables sur ces troubles. Malgré le calme apparent, le mécontentement des Dominicains vis-à-vis de nos compatriotes n’a pas changé.

Les altercations entre les résidents des deux pays dans les zones frontalières sont légion. Cependant, la haine exprimée par des groupes extrémistes dominicains à l’endroit des résidents haïtiens à Pedernales devrait pousser les autorités haïtiennes à prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs ressortissants des zones frontalières. Rien n’empêche que d’autres ressortissants haïtiens résidant en République dominicaine subissent le même sort dans d’autres provinces de ce pays voisin, dans un proche avenir. La réalité de ces quarante dernières années explique que ce sont des Haïtiens qui vont à la recherche d’emplois, du pain de l’instruction, de soins de santé, du savoir et des biens de consommation en République dominicaine. Aucun des gouvernements qui se sont succédé, pendant ce laps de temps, n’a effectué le moindre constat de notre dépendance vis-à-vis de notre voisin dominicain, de ses progrès à tous les points de vue par rapport à notre pays. Depuis le gouvernement de Dumarsais Estimé (1946-1950), aucun autre gouvernement n’a développé une vision de développement de nos villes frontalières pour concurrencer les villes dominicaines.

Un plan de développement des villes frontalières devrait être considéré aujourd’hui comme la priorité des priorités s’il faut mettre fin à cette vague de migration de nos ressortissants en territoire voisin. Depuis le massacre de nos agriculteurs en 1937 par le président dominicain de l’époque, ajouté à des vagues de persécutions de nos compatriotes installés un peu partout dans le pays de Danilo Medina, jusqu’à l’arrêt raciste 168-13 du tribunal constitutionnel, ce pays n’a raté aucune occasion pour fouetter notre orgueil.

Malheureusement, les ressortissants haïtiens, pour les causes évoquées auparavant, vont continuer à se rendre de l’autre côté de la frontière, en dépit des humiliations de toutes sortes.

Quand est-ce qu'un gouvernement responsable imprégné d’une vision moderne de développement, secondé par un secteur privé dynamique, voué à la cause de la production de biens et services, fera-t-il son apparition dans le pays de Dessalines pour changer le destin des fils et filles de la patrie commune ?

Lemoine bonneau

Bonneau2005@yahoo.com

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