Pour un nouveau procès de la consolidation

Publié le 2018-03-26 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Depuis l'indépendance, l'administration publique haïtienne était toujours composée de corrompus, de corrupteurs, de flatteurs, de proxénètes et de grands mangeurs. Nous avons en exemple Baron de Vastey qui a été la personification de la corruption sous l' administration de Jean-Jacques Dessalines. Ils ( corrompus et corrupteurs) se permettent n'importe quoi parce qu'ils se prennent pour des dieux et s'approprient du Trésor public. Donc, il est plus que normal pour eux de dilapider les deniers du Trésor public,car voler l'État n'est pas volé. « Deplimen poul la pa kite l kriye» , c'est-à-dire voler sans laisser de traces. Quand l'illégal devient légal et banal, c'est l'impunité totale.

L'administration publique est le bras technique de l'État, c'est le lieu géométrique de l'élaboration des politiques publiques visant à offrir à tout citoyen un bonheur comme il est écrit dans l'acte de l'indépendance et dans le préambule de la Constitution de 1987. Spinoza dans sa réflexion sur l'État a dit que ce dernier doit garantir le bien-être de tous les citoyens généralement quelconques. Mais, chez nous, c'est tout autre chose: car il ( l'État) travaille au détriment des pouilleux pour faire la part belle à une élite décérébrée et improductive.

Les corrompus sont dans toutes les sphères du pouvoir. Ils sont président de la République, chef de cabinet du président de la République, ministre, parlementaire, directeur général, etc. Ces voyous ne jurent que par la dilapidation des deniers publics. Ils font de l' administration le haut lieu de la prostitution et de la promiscuité. Cette situation traverse allègrement toute la période nationale, c'est ce que j'appelle l'effet circulaire de la politique haïtienne.

Haïti est le pays où le mal règne sur le bien, le vice sur la vertu. Il est aussi le pays où les corrompus sont toujours au devant de la scène et s'érigent en donneurs de leçons. On se souvient du fameux procès de la consolidation dans lequel plusieurs grands commis de l'État étaient accusés et condamnés, dont Tancrède Auguste qui, par la suite, soit 20 mois après, allait devenir président de la République, dans l'oubli total. On a une cécité mentale ! Justin Lhérisson dans ses analyses sur le jeu malsain et les avatars de la politique haïtienne avait prononcé cette phrase: « Haïti est le pays où l'impossible est possible, le possible est impossible». Je pourrais même oser dire que la corruption domine la conscience collective, c'est ce que j'appelle le syndrome de la corruption dans l'imaginaire collectif haïtien.

On est au courant de toutes les exactions de nos chefs d'État et de leur enrichissement illicite. Chut! Silence total! Aucune poursuite judiciaire. Notre laxisme est déconcertant et ridicule. On s'en plaint tous les jours mais on ne veut pas agir, parce qu'on a peur de se faire tuer par le chef ou parce qu'on attend son tour pour faire pareil. La corruption est un poison qu'il faut nécessairement détruire pour le progrès du pays. Car il n'y a pas d'autorité sans exemplarité. N'est-il pas nécessaire d'enclencher un nouveau procès de la consolidation pour sanctionner les pilleurs de l'État et poser des balises pour éviter au pays de revivre ce sort biséculaire qui est l'une des principales causes de sa décrépitude? Il faut introduire la reddition de comptes dans notre culture de peuple et faire du pays une societé à sanction, où corrompus et corrupteurs seront sévèrement sanctionnés pour les préjudices causés à l'État. On parviendra à ce que Paul Ricoeur appelle une juste mémoire.

Atzer Alcindor atzeralcindor@gmail.com Auteur
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