Manito Nation, un passionné du « rara-tech »

PUBLIÉ 2018-03-13
Des soirées aux festivals, des bals aux block ou private partys, force est de constater combien ils sont nombreux, ces DJ, à faire « jumper » ces foules qui ne se lassent jamais de leurs mix. Parmi ceux qui en font un métier, Manito Nation, un jeune qui évolue entre deux villes, Cap-Haïtien et Santo Domingo, n’échappe pas au lot. Coup de projecteur sur ce passioné des platines.


Ancien élève du Collège Notre-Dame du Perpétuel Secours au Cap-Haïtien, Manito Nation, de son vrai nom Emmanuel Fils Jacques, a commencé très tôt avec la musique. Initialement flutiste et clarinettiste, puis ayant acquis des notions en piano grâce au cours qu’il recevait à son église, ses talents et sa passion pour les instruments lui ont vite valu le titre de maestro du groupe musical de son école, le CND Express. Il a grandi dans un environnement essentiellement musical. Son grand-père maternel était maestro de chorale et le père de son père était membre fondateur du mythique orchestre Septentrional.

À 16 ans, Manito Nation produit son premier beat. Sur le morceau de Luidji Hilaire « Baby koute mwen », le jeune DJ va se faire connaître dans la ville du Cap en y posant son empreinte. Depuis, il suit sa course dans le domaine. Sur un mixtape de 15 morceaux, Manito en a produit 12. Il compte à son actif des collaborations avec de grands ténors de la musique haïtienne comme Freedom, Youri Vixamar, et autres. « Je me rappelle mes premiers pas en tant que producteur. « My story » c’est le titre du disque sur lequel j’ai produit 12 pistes. C’était comme un défi à relever. Et ça a marché, les Capois étaient plus ou moins réceptifs », confie le jeune qui est actuellement en dernière année de génie industriel en République dominicaine.

En 2016, Manito Nation utilise ses platines devant un public en tant que DJ pour la première fois. L’expérience, quoique angoissante au début, s’est plutôt bien passée. « Ma première fois sous la cape de DJ, c’était à Santiago lors d’un match de basket dont j’assurais l’animation pour la communauté haïtienne. Dès lors, j’ai enchaîné avec les performances et mes apparitions en public se font de plus en plus fréquentes. Mwen toujou nan yon ale vini ant Ayiti ak Sanntyago pou m jwe », épilogue le jeune Capois qui n’a pas raté l’occasion de faire savoir aux lecteurs qu’il était un « timoun dezòd » mais respectueux. Joli contraste, hein ?

La touche de Manito Nation se rapproche un peu de celle de Gardy Girault. Evidemment, il mixe des morceaux comme le font tous. Son style ? Le « rara-tech ». Un mélange des sons traditionnels haïtiens dans les « drums » et des sons électroniques, vulgarisé par Gardy Girault. « La musique que je fais, je la puise dans mon terroir. Je pensais à ce style avant de rencontrer Gardy, et quand j'ai écouté son travail, j'ai été sous le charme. J’utilise les « drums », les percussions et l’électronique. Mwen konn pran tanbou ak kès. Gen de fwa mwen konn pran tchatcha tou. Il y a un morceau sur l’EP dont j’ai fait la vente-signature récemment qui explique aux fans le concept du rara-tech », nous raconte ce jeune homme avec passion et les yeux pétillants de la joie qu’il ressent en partageant une partie de son monde avec le public.

‘‘Si la passion conseille des fois plus hardiment que la réflexion, c’est parce qu’elle donne plus de force pour agir et exécuter son projet’’ eut à dire le marquis de Vauvenargues. En effet, passion et détermination sont les lignes directrices de Manito Nation sinon il aurait laissé tomber face aux difficultés qu’il a rencontrées dans le métier. « Ou anvi mizik ou rive lwen, ou vle mete l nan yon nivo pou tout moun ka konsome l mais les sponsors ne répondent pas. La commercialisation de ton travail devient difficile. Anplis, lè yo wè se yon tijèn ki fenk ap vini, yo p ap parye anba w. Et nous savons que les Haïtiens n’ont pas la culture d’acheter les musiques pour encourager les artistes. Menm pou w jwe nan yon aktivite, se an moun pa, an ti zanmi bagay yo fèt », signale-t-il.

Toutefois, le jeune virtuose du rara-teck s’est tant bien que mal frayé un chemin dans le domaine. Ses différentes collaborations en témoignent. Que ce soit « Tanbou » qu’il a produit pour Freedom, ou « Journey to the sky » avec Youri Vixamar et Pamelah, il propose une savante mixture à la Manito Nation. En janvier dernier, il a signé DEKONEKTE, son premier EP (Extended play) de 6 pistes, en rupture de stock. Elder Akoustik, Freedom, Youri Vixamar, RMP, Joel Akoustik, Suzenie, sont entre autres les artistes qu’on retrouve en featuring sur le disque. Sans compter son apport sur la méringue carnavalesque de Jahman que l’on peut écouter sur la plateforme Plezikanaval. Entre performance live et chapeau de producteur, Manito Nation entend imposer sa griffe dans le milieu.

En tant que jeune, le fils de la cité christophienne a tenu à faire passer un message devant inciter ses congénères à poursuivre leurs rêves. « Il me reste énormément à accomplir pour atteindre mon but mais j’ai posé la première pierre dans la construction de mon rêve. Et c’est ce que je conseille aux jeunes, à mes fans. Commencez, n’attendez pas qu’on vous donne la permission. Mais surtout éduquez-vous ! Paske ou pa ka kòmanse nenpòt kijan, gen yon baz fòk ou genyen. Lè w anvi abandone, sonje ki kote e poukisa ou te kòmanse. Il n’y a pas de victoire sans sacrifices. Nan sa ou envesti tan w se ladan ou jwenn rezilta », lance Manito Nation.

Manito Nation attend la visite de ses fans ou de quiconque voudrait découvrir sa musique qui est disponible sur Instagram, Twitter, Facebook, Youtube, Soundcloud. Vous êtes prévenus !

Madjolah Pierre madjoh90@yahoo.fr



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