JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DE LA FEMME

Intégration des femmes dans le système judiciaire haïtien, un long chemin à parcourir

Dans le cadre de la célébration du 8 mars, la Journée internationale des droits de la femme, les étudiants de la deuxième année en science juridique, à la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince, ont organisé une conférence-débat sur le thème « les femmes dans le système judiciaire haïtien. » Une loi d’application du quota d'au moins 30% de femmes à tous les postes de décision de la vie nationale et la compétence qu’elles doivent acquérir ont été souvent évoquées.

Publié le 2018-03-08 | Le Nouvelliste

National -

Selon les derniers chiffres communiqués sur le nombre de magistrats assis et debout dans le système judiciaire haïtien, moins de 10 % seulement sont des femmes. La présence des hommes est immuable. Manque d’engagement, de formation ou une volonté de ne pas les intégrer, autant d’interrogations qui rendent plus opaques les couloirs d’accessibilité à un poste dans la magistrature ou tout simplement dans l’administration du service public de la justice dans le pays. Wendelle Coq Thélot, vice-présidente de la Cour de cassation et Me Patrice Laventure, deux professeures et professionnelles du droit, ont décrypté les blocages à une intégration effective des femmes dans le systeme judiciaire haïtien malgré l’existence du quota de 30% consacré par la Constitution amendée en son article 17.1.

Quoique différents, les points de vue soutenus par les intervenantes ne sont en rien contraires. Pour la juge, s’inspirant de son parcours, les femmes doivent intégrer le système à la base pour suivre un cheminement jusqu’au sommet, comme elle l’a fait d’ailleurs. Il y a plein de postes à pourvoir comme huissiers, greffiers, nous dit Mme la juge à la plus haute cour de justice du pays. Le corpus juridique du pays avec les conventions internationales ratifiées par le pays en offre la possibilité mais il faut aussi toute une politique d’intégration des femmes dans ledit système, a-t-elle fait remarquer. Les femmes doivent entrer en compétition pour les postes à pourvoir.

De son côté, l’avocate a évoqué la portée restrictive du quota de 30 % imposé par la Constitution. « Il devrait être mentionné dans une loi », a-t-elle ajouté, parce qu’on peut la modifier à la hausse, bien sûr, plus facilement considérant que pour une loi, « la procédure de réformation ou d’amendement est plus souple. » Elle a fait de cet argument la clé de son intervention, en recommandant des lois d’application pour cette disposition constitutionnelle sur le quota de 30 % de femmes. Entre autres choses, Me Patrice Laventure s’est prononcée contre tout traitement de faveur visant à encourager la médiocrité. Pour elle, une femme doit mériter un poste pour l’avoir. « La parité ne signifie pas avoir des femmes à tout prix », a poursuivi la professeure avant de conseiller aux jeunes étudiantes une formule de réussite : « avoir des objectifs clairs, consentir des efforts et s’armer de détermination. »

Au moment des échanges, les étudiantes ont surtout fait montre de leur grand intérêt pour le thème, mais aussi de leur préoccupation pour changer la donne. Il y va de leur avenir. Etudiants aujourd’hui, bientôt praticiens en droit. Juleviève Julsaint, elle aussi, en deuxième année qui a joué le rôle de modératrice, a souligné l’alliage qu’ont les intervenantes entre les théories des cours et la réalité de la profession. Mais surtout le petit cours d’estime de soi axé sur la valorisation de sa personne par ses compétences qu’elle a suivi.

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