ONG-Oxfam/Scandale sexuel

Jovenel Moïse scandalisé par les abus sexuels de dirigeants d'Oxfam en Haïti

Publié le 2018-02-15 | Le Nouvelliste

National -

Alors qu’il était en 2011 directeur du programme en Haïti pour l’ONG Oxfam, Roland van Hauwermeiren, un Belge de 68 ans, aurait amené plusieurs prostituées, parmi elles des mineures, pour lui et certains de ses employés dans les chambres d’hôtel louées par Oxfam. Les condamnations fusent de toutes parts depuis les révélations de ce scandale par le journal britannique The Times. En Haïti, le président Jovenel Moïse a qualifié cet acte de « violation extrêmement grave de la dignité humaine. »

« Il n'y a rien de plus indigne et malhonnête qu'un prédateur sexuel qui utilise sa position dans le cadre de la réponse humanitaire à une catastrophe naturelle pour exploiter les personnes nécessiteuses dans leurs moments de grande vulnérabilité », a dénoncé, lundi, le président haïtien sur son compte Twitter. Selon Jovenel Moïse, « ce qui s'est passé avec Oxfam en Haïti est une violation extrêmement grave de la dignité humaine. »

Pour sa part, le ministre haïtien de la Coopération externe, Me Aviol Fleurant a dit apprendre, « non sans consternation, que l'ONG OXFAM serait impliquée dans des crimes sexuels sur mineurs en Haïti au lendemain du séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Les dirigeants auraient utilisé les fonds de l'organisation à cette fin. Ce serait à la fois des crimes sexuels graves et un fait qualifiable de "CRIME CONTRE LE DÉVELOPPEMENT" au regard du détournement éventuel de l'aide externe aux fins d'activités illégales criminelles. Ils sont convoqués au ministère de la Planification ce jeudi 15 février aux fins d'explication », a dénoncé le ministre qui gère les ONG opérant dans le pays.

La rencontre initialement prévue ce jeudi entre le ministre de la Planification et de la Coopération externe, Aviol Fleurant, et les dirigeants d’Oxfam en Haïti n’a pas eu lieu. C’est le chancelier haïtien Antonio Rodrigue, ministre de la Coopération par intérim, qui a fait l’annonce au cours d’un point de presse. Selon lui, ce report est dû à l’absence au pays du ministre Fleurant et du directeur-pays de l’ONG. De plus, explique-t-il, le directeur de l’Oxfam pour l’Amérique latine et les Caraïbes devra voyager en Haïti la semaine prochaine. « On pense que ce sera mieux d’avoir tout ce monde la semaine prochaine afin d’avoir toutes les informations qu’on cherche », a-t-il fait savoir.

Selon le ministre Rodrigue, les organisations qui travaillent en Haïti doivent respecter les lois du pays. « Elles doivent aussi informer les autorités de tout ce qui est susceptible de constituer une information importante pour le gouvernement. Nous pensons avec ce scandale que les responsables d’Oxfam ont manqué à leurs obligations », estime-t-il.

Dans la foulée, le chancelier haïtien promet que la justice sera saisie aux fins de faire la lumière sur ce dossier et punir les coupables. « Nous comptons obtenir toutes ces informations afin qu’on puisse procéder à une action en justice. Nous pensons que c’est une affaire très sérieuse. L’Etat haïtien tient à faire toute la lumière sur cette question, trouver ceux qui sont impliqués dans ce scandale et faire en sorte qu’ils soient punis », a-t-il déclaré.

Acculée par ce scandale, la directrice générale adjointe d'Oxfam a démissionné de son poste. Dans sa lettre de démission publiée lundi, Penny Lawrence a exprimé sa «tristesse» et sa «honte» à propos de «la conduite d'employés au Tchad et en Haïti» qui ont eu recours à des prostituées en Haïti en 2011.

Selon le journal The Times, l'ONG britannique est accusée d'avoir couvert des abus. Le journal britannique a révélé que sept membres d'Oxfam ont été accusés de conduite répréhensible: alors en mission en Haïti après le tremblement de terre de janvier 2010, ils auraient fait appel à des prostituées, certaines supposément mineures. Le quotidien ajoute qu'Oxfam a agi de façon «à cacher (l'affaire) aux yeux du public». L'enquête interne a abouti au licenciement de quatre personnes. Trois autres ont été autorisées à démissionner.

En annonçant sa démission, la directrice générale adjointe de l'ONG, Penny Lawrence, a dit «assumer l'entière responsabilité» dans le scandale sexuel en Haïti et au Tchad.

Selon The Times, Oxfam aurait également eu connaissance de faits de harcèlement contre des collaboratrices avant d'engager Roland van Hauwermeiren comme directeur du programme en Haïti en 2011. Le prédateur sexuel présumé a toutefois par la suite été embauché par Action contre la faim pour une mission au Bangladesh.

« Ce qui s'est passé à Haïti ne convient pas à nos règles et à notre système actuel. Mais nous devons encore travailler. Et je suis déterminée à nous améliorer, et en tant que responsable nous ne permettrons jamais que cela arrive de nouveau », a déclaré Winnie Byanyima, directrice exécutive d'Oxfam International.

« Nous avons honte de ce qui s'est passé. Nous nous excusons sans réserve », a déclaré de son côté Caroline Thomson, présidente du conseil d'administration d'Oxfam.

La secrétaire d'Etat du Développement international britannique, Penny Mordaunt, a menacé de couper le financement d’Oxfam. « Je leur donne l'occasion de me dire en personne ce qu'ils ont fait après ces événements et je vais voir s'ils démontrent les qualités morales dont je pense qu'ils ont besoin", a-t-elle fulminé exigeant des explications de la part des responsables de l’ONG Oxfam.

Sur son compte Twitter suivi pas environ 1 346 internautes, l’antenne d’Oxfam Haïti a déclaré le 9 février dernier, nous citons : « le comportement dévoilé par le Times en Haïti 2011 est inacceptable, et contraire à nos valeurs et aux normes élevées que nous attendons de notre personnel. »

La branche locale d’Oxfam, l’une des ONG les plus influentes dans le pays, a fait savoir que « des articles ont récemment été publiés sur l’investigation menée à Oxfam G-B en Haïti en 2011. Le dossier a été clos, et il n’y a pas eu de dissimulation d’informations. Les résultats de l'enquête ont été partagés publiquement auprès du Département du développement international et la Commission des charités en Angleterre. »

« Le directeur pays en fonction en 2011 avait assumé l'entière responsabilité des événements qui s’étaient déroulés sous sa direction et avait été autorisé à démissionner sur la base qu'il avait pleinement coopéré à l'enquête », a poursuivi Oxfam Haïti, soulignant que « certains membres du personnel ont été licenciés, et d'autres ont quitté l'organisation avant que l’investigation soit complétée. Les allégations selon lesquelles des filles mineures auraient pu être impliquées n'ont pas été prouvées.

« Oxfam prend les questions d’harcèlement et d’inconduite très sérieusement. Les actions commises par les gens licenciés ou démissionnaires en 2011 ne reflètent pas nos valeurs. Nous nous appliquons à ce que Oxfam soit un espace de travail sécuritaire pour les femmes et les hommes et que la communication soit transparente », conclut l’ONG branche Haïti.

Ses derniers articles

Réagir à cet article