Où est passé le bilan chiffré de Jovenel Moïse ?

L’Echo de l’éco

Publié le 2018-02-09 | Le Nouvelliste

Economie -

Hautement historique en Haïti depuis la fin du régime des Duvalier et le départ pour l’exil de Baby Doc, le 7 février marque de façon symbolique le début de la longue transition démocratique dans laquelle s’est embarqué le pays depuis plus de trois décennies. Et depuis, cette date marque, en plus, l’entrée dans cette sorte de démocratie dont seul l’Haïtien a le secret. Aux yeux des observateurs, c’est le début de la descente aux enfers en matière économique et toutes sortes de dérives. Cela ne signifie en rien que le régime des Duvalier était le meilleur mode de gestion pour Haïti. Le temps est révolu. La date du 7 février marque aussi l’entrée en fonction de plusieurs chefs d’État, dont Jovenel Moïse qui célèbre en 2018 sa première année à la plus haute fonction de l’État.

Le commun des mortels retiendra particulièrement que sur le plan économique grand-chose n’a pas changé, surtout dans le paysage économique haïtien ; en témoignent les indicateurs macro-économiques. Même si en une seule année aucune baguette magique ne suffirait pour renverser la tendance.

En effet, l’inflation en glissement annuel en janvier 2017 était estimée à 13,9 %, alors qu’en décembre de la même année, soit 11 mois plus tard, elle était de 13,3%, soit une légère baisse sur la période. Le taux de change estimé à 68,1076 à l’investiture du président Moïse avoisine les 64 gourdes aujourd’hui, ceci grâce aux multiples interventions de la BRH à travers des opérations d’Open Market.

En matière de croissance, la performance de l’administration Moïse/Lafontant pour sa première année au pouvoir n’a pas de quoi faire réjouir les Haïtiens avec un taux de 1,2%, Une performance nettement inférieure à celle de l’année précédente, même s’il faut tenir compte du cyclone Matthew qui n’a pas épargné l’agriculture ni les infrastructures dans plusieurs régions du pays, notamment la Grand’Anse, le Sud, le Nord-Ouest et les Nippes. L’investissement et l’aide internationale, qui se raréfient, n’ont pas permis de mettre en marche la machine de la création d’emplois et de croissance. Il en résulte un désespoir croissant au fil des jours chez les jeunes qui se traduit en exodes massifs vers des cieux plus cléments. Ainsi, le Chili devient la destination privilégiée de ces derniers.

Selon l’économiste Fritz Jean, ex-gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), au premier trimestre de l’exercice fiscal 2017-2018, les recettes fiscales du gouvernement représentaient seulement 15 milliards de gourdes alors que les dépenses de l’État se situaient autour de 20 milliards selon les données fournies par la BRH. Sans l’ombre d’un doute l’Etat va recourir au financement monétaire qui, à son tour, va entrainer l’inflation durant l’exercice en cours.

Combien d’emplois dignes de ce nom l’économie a-t-elle créés durant cette dernière année qui coïncide avec le premier anniversaire de Jovenel Moïse à la présidence ? Le président de la République met le paquet, paraît-il, sur la Caravane du changement. Là encore, il est difficile d’établir un bilan chiffré des activités de la caravane, sinon le nombre d’engins distribués dans chaque département. Mais au-delà de la distribution des machines et autres outils, il faut interroger les résultats.

Avec les bailleurs de fonds internationaux, notamment la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque interaméricaine de développement (BID), Haïti n’est toujours pas éligible à faire des prêts depuis que le pays a été déclaré insolvable. Haïti doit encore patienter avant d’avoir accès aux prêts de ces institutions dans un contexte de raréfaction de l’aide internationale et le pays est devenu moins attractif aux investissements directs étrangers.

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