Connaissez-vous Source Corossol ?

Publié le 2018-01-29 | Le Nouvelliste

Société -

Charlotte B. Cadet

Un nom qui évoque un fruit !

Un nom qui fait penser à la fraîcheur !

Un nom dont beaucoup de personnes n’ont jamais entendu parler !

Source Corossol, c’est où ?

Alors, partons ensemble à sa découverte ! Blottie dans la commune de Carrefour, il faut marcher, il faut chercher avant de la trouver, comme tout oasis, comme toute source de fraîcheur, d’ailleurs.

Pour y aboutir, longeons Waney 93 jusqu’à la rue Cayemite. Encore un nom de fruit. Ça alors ! Est-ce l’augure de provisions de fruits à emporter ? C’est là dans ce quartier populaire appelé Source Corossol que se cache Notre-Dame d’Altagrâce, la patronne.

Et commence la surprise, une grande église inachevée attire les regards par son nouveau style tout en rondeur. Remontons à l’origine de cette paroisse qui attire des milliers de fidèles aujourd’hui.

Source Corossol était une toute petite chapelle dépendant de la paroisse Saint-Charles de Carrefour. Érigée en paroisse le 12 mai 2013, le père Luc Philogène y a tout de suite été nommé curé. Quand il est arrivé, cette chapelle pouvait à peine contenir une trentaine de personnes. Souvent, c’était une assistance floue, sans motivation. Ce qui lui a fait dire, lors de sa première messe : « Mwen wè legliz la pa gen moun, sèl sa m ap di nou, koulye a nan legliz sa a, lapriyè p ap janm manke. »

Et c’est le déclic pour des activités spirituelles les plus courantes, de nos jours, dans l’Église catholique : neuvaines, veillées de prière, adorations du Saint-Sacrement, Jéricho, Ephata de l’araméen (qui signifie ouvre-toi et qui rappelle les paroles de Jésus au moment de guérir un sourd-muet Mc 7,34). Beaucoup de témoignages de guérisons lors de cette activité.

C’est le déclic aussi pour un déferlement de fidèles venus de partout : Miami, Boston, Thomassin, Carrefour, Port-au-Prince, Pétion-Ville, Léogâne, et autres.

Le père Philogène est un prêtre diocésain qui dirige sa paroisse avec un dynamisme sans pareil. Il demeure très près de ses brebis et leur vient en aide spirituellement et dans bien d’autres occasions.

Le père Luc est très proche du renouveau charismatique. C’est dans ce cadre qu’il est souvent invité à Boston et à Miami pour participer à des sessions de prière où ses homélies sont très appréciés.

Il raconte comment a débuté la construction de cette belle église en voie d’achèvement. Fièrement, il désigne les démunis de la zone qui sont ses premiers bailleurs de fonds avec leur adoquin. Ce qui fait penser à l’obole de la veuve de l’Évangile.

Il n’oublie pas non plus l’aide bienfaisante reçue de la firme Trame S.A. qui a dressé le plan ainsi que des ingénieurs Jean-Lucien Ligondé et Élizabeth Coicou.

J’ai déjà assisté à plusieurs activités chez le père Luc, mais cette année, à mon avis, la fête de Notre-Dame d’Altagrâce, le dimanche 21 janvier 2018, remporte la palme.

Le 12 janvier, date inoubliable pour les Haïtiens, avait débuté la neuvaine préparatoire à la fête animée tantôt par le populaire groupe Solèy Lafwa, tantôt par le groupe charismatique Maria, ou encore par la sœur Claire Gagné, la responsable de l’AFCH, avant d’aboutir à la fête le 21 janvier.

Le dimanche 21 janvier. C’est grandiose ! C’est solennel ! C’est tout simplement beau !

Cinq messes ont été célébrées tout au cours de la journée sur un autel érigé en parterre de fleurs blanches, décoré par les mains de fée d’Isabelle. Deux messes solennelles se détachent du lot, celle de 9 h présidée par monseigneur Éric Marie Glandas, évêque auxiliaire de Port-au-Prince, tandis que celle de l’après-procession par monseigneur Pierre-André Dumas, évêque de l’Anse-à-Veau–Miragoâne. Les deux célébrants ont insisté sur le thème de la neuvaine : « Disip la te pran Manman Marie lakay li », comme Jésus le lui avait demandé avant d’expirer sur la croix. Les évêques ont conseillé aux pèlerins de prendre Marie chez eux, c’est dire de l’accueillir dans leur vie.

La procession a draîné une foule innombrable qui a causé un embouteillage monstre sur la route de Carrefour. Des milliers de participants déambulaient en chantant, en dansant, précédés de l’icône de Notre-Dame d’Altagrâce.

Faisons marche arrière pour retourner au vendredi 19 janvier, jour de la veillée de prière. C’est spécial ! Dès midi, les fidèles commençaient à investir l’église. Vers 9h du soir, un peu avant le début de la veillée, le sanctuaire plein à craquer ne pouvait plus accueillir ne serait-ce qu’un petit enfant. Tandis que, dehors, sous les tentes ou dans les allées, des centaines de personnes occupaient le moindre petit espace, le moindre petit coin.

Malgré l’étroitesse des ruelles adjacentes, des dizaines de voitures privées, de gros autobus qui viennent de déposer des pèlerins ont déjà pris place pendant que des piétons, nombreux, revêtus de T-shirts bleus frappés à l’effigie de Manman Altagrâce, petite chaise métallique en main, convergeaient vers le sanctuaire.

Un tableau inoubliable s’est offert à la vue tant de ceux qui venaient participer à la soirée que de simples curieux, debout, en observation. Les étals des marchandes de victuailles, éclairés à l’ampoule Ecotek (vive la modernisation, plus de tèt gridap), occupent les deux côtés de la chaussée déjà encombrée. Elles en ont pour tous les goûts.

Des haut-parleurs installés un peu partout permettent de suivre le chapelet qui s’égrène à l’intérieur du sanctuaire en l’honneur de Notre-Dame d’Altagrâce, la haute grâce, entrecoupé de chants marials.

Enfin, arrive le moment fort de la soirée. Le groupe Solèy Lafwa entre en scène. Jimmy, l’animateur au cœur de feu, comme à l’accoutumée, introduit magistralement le programme face à une assistance dense, recueillie, puis, avec ses coéquipiers Dadou, Luckner, tout aussi enflammés que lui, ils débutent avec la prière de pardon, de guérison, de récitation des 7 psaumes de la protection… Les veilleurs sont à l’écoute, même s’ils y en a qui sont allongés sur les carreaux rappelant le bon vieux temps du Temple de Jérusalem. C’est émouvant !

Il est 1h du matin, la première partie prend fin. Le père Frantzy Petit-Homme, directeur de la pastorale universitaire, grand rassembleur de foule, spécialement à l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception, va procéder à la messe de clôture.

Inoubliable cette soirée et toutes les activités qui se sont enchaînées à Source Corossol, désormais reconnue comme un pilier de l’Église catholique d’Haïti.

Que de chemins cahoteux parcourus par le père Luc Philogène, pour en arriver là aujourd’hui ! Il ne nous reste plus qu’à lui souhaiter courage et longue vie à Source Corossol qui deviendra, peut-être, un jour, notre Higuey d’Haïti.

Charlotte B. Cadet

23 janvier 2018

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