Pour enrayer la poussée spéculative

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2018-02-07 | Le Nouvelliste

Economie -

La poussée inflationniste est observable sur le marché des biens de consommation. J’ai retenu les produits fruitiers comme typiques de la tendance à la hausse des prix. La petite marmite de cerise, toujours très prisée, a haussé en janvier de cinquante à soixante-quinze gourdes, puis à cent gourdes. Les prix ont aussi augmenté pour la tomate, la mandarine, le cantaloup, le melon et la papaye. Manifestement, la marchande ne peut céder le produit au prix pratiqué au dernier trimestre 2017. Elle invoque un prix de revient incontrôlable. Par conséquent, difficile de servir les clients avec les mêmes quantités. En clair, la quantité emportée est moindre mais le prix est en hausse.

C’est clair que l’offre restreinte et la demande stationnaire influent sur les prix à la consommation. On se frotte les mains en l’occurrence et l’on met cette poussée à la hausse sur le compte de l’offre et de la demande. Je souscrirais volontiers à cette approche si je n’avais décelé chez les opérateurs commerciaux l’esprit spéculatif. Qu’est-ce que c’est ?

Le Français Michel Albert dans son livre culte « Capitalisme contre capitalisme », Seuil, 1991, l’avait identifié dans les années 1980 au point qu’il cibla « la finance arrogante » comme l’une des causes de la crise du capitalisme traditionnel. Il narra la chute de « golden boys », ceux qui comme Michaël Milken écopèrent de lourdes peines de prison. Mais là nous étions en Amérique, plus précisément aux États-Unis d’Amérique, le calme revint grâce au retour de l’État. Ceux qui fougueusement préconisaient « moins d’État » en eurent pour leur grade. L’État fédéral, après la débauche spéculative, conséquence du capitalisme débridé, donc de l’orientation né-libérale sans mesure, reprit les choses en main.

À Port-au-Prince, en ce début d’année, cet esprit spéculatif—spéculer sur tout pour maximiser les profits—gagne du terrain. Ce n’est pas sulement la marchande de fruits qui a des prétentions élevées en maintenant la barre très haute. En un rien de temps, la gourde par rapport au dollar—en clair, le taux de change—est vendue à 64.10 gourdes, puis 64.20 gourdes. Dans un mouvement continu, le change se tient désormais 65.10 goudes. En l’espace d’un cillement, pour reprendre le titre du roman de Jacques Stephen Alexis. Cette fois-ci, la Banque de la République d’Haïti a pris le taureau par les cornes et annonce l’injection de vingt-cinq millions de dollars sur le marché. Cette augmentation—techniquement le garnissement—de l’offre monétaire (de la devise-dollar) suffira-t-elle à calmer la poussée spéculative ? La banque centrale doit exercer une vigilance accrue pour empêcher l’avilissement de la gourde. En quelque sorte, limiter les dégâts.

Jean-Claude Boyer Dimanche 21 janvier 2018 Auteur
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