La trop longue inaction pour combattre le chômage des jeunes

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2018-01-10 | Le Nouvelliste

Economie -

On apprend toujours d’un plus petit que soi. Voilà pourquoi j’aime la compagnie des petites gens, ceux et celles qui dans ce pays imparfait n’ont pas eu la chance de faire les études que j’ai faites. Seulement, il ne faut pas se fier aux apparences. Ces gens de modeste condition se sont tués au travail pour finir par trouver leur équilibre tant spirituel que matériel. Le dimanche, ils ne ratent pas le culte à leur église. Souvent, ils se réfèrent au Très-Haut. «Nònm an lè a », disent-ils (elles) en levant la main vers le ciel. De leur religiosité, ils (elles) ont été amené(e)s à cultiver le pardon et à pratiquer la charité.

Le dimanche 7 janvier, je suis en compagnie d’une dame de la catégorie décrite ci-dessus. J’étais venu acheter d’elle un service sans lequel toute la maison est paralysée. Pour faire court, elle supplée dans le quartier à la défaillance de la DINEPA. Mais c’est une autre histoire. Pour le moment, elle me fait part de son observation profonde. En effet, elle me confie à peu près ceci : «Les jeunes citadins dorment trop longtemps. Quand ils finissent par se réveiller, ils restent (traînent) au lit. Ils regardent la télévision. Ils ne se secouent pas. Tandis que le jeune qui vient de la campagne sait pourquoi il s’est établi en la capitale. Il poursuit un objectif (il sait ce qu’il veut). Au matin il se lève tôt. Il a appris un métier, il trouve de l’ouvrage. Même le dimanche, il est disponible. Il répond aux sollicitations de sa clientèle. Souvent, il se met en deux pour achever une tâche.»

Au fait le jeune protégé qu’il héberge en sa résidence venait de partir. Un camarade était venu le chercher. Sac d’outils au dos, ils sont partis effectuer un travail de plomberie et de ferronnerie. Ces deux jeunes-là ont eu la chance de ne pas tomber dans le désœuvrement pour devenir une proie facile dans un milieu urbain tentaculaire. C’est déjà une autre histoire. Poursuivons avec la confidence : « Avec le profit de son labeur, il dépasse rapidement le jeune citadin. Il grimpe l’échelle sociale plus facilement. » Je vous fais grâce de remarques accessoires. J’ai préféré retenir l’essentiel pour meubler une réflexion que je n’ai pas cessé d’alimenter sur l’occupation des jeunes.

Par exemple, les images télévisées que j’ai captées la veille, samedi 6 janvier 2018 de ces jeunes candidats au départ vers le Chili, qui encombrent la salle de départ de l’aérogare Guy Malary ne sont guère encourageantes. Le problème de leur fuite vers le supposé eldorado chilien se pose depuis plus de deux ans et du côté du gouvernement c’est l’inaction. Aucun plan n’a été annoncé en vue de l’insertion des jeunes sur le marché du travail. En tout cas, pas à ma connaissance. Pourquoi pas la mise sur pied d’une facilité financière dans laquelle on se fixerait l’objectif de réduire le chômage de x% ? Gilles Kapel, invité de « En sol majeur » de Yasmine Chouraki le dimanche 7 juin—il s’agissait d’une reprise en ce début d’année—rappelle qu’en France 40% de jeunes dans les villes et dans les quartiers n’ont pas de job. De combien est le taux de chômage des jeunes en Haïti ? On ne sait pas. Maguy Durcé, actuelle directrice générale de l’Institut national de Formation professionnelle, a insufflé un dynamisme certain à l’institution selon ce qu’elle révélé dans les derniers jours de 2017 à Télé Métropole. Mais dans le même temps la vénérable école J. B. Damier se meurt, faute de moyens.

Au juste, je suis tenaillé par l’angoisse de voir tous nos jeunes abandonner le navire Haïti alors que le gouvernement se morfond dans l’inaction. Les jeunes citadins versent certes dans le désœuvrement mais quelles sont les actions entreprises pour leur rendre la dignité de leur être ?

Jean-Claude Boyer Dimanche 7 janvier 2018 Auteur
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