Pierre-Marie Boisson : « Il y aura déficit budgétaire de toute façon »

Inévitablement, le gouvernement fera face à un déficit budgétaire, d’après le président du conseil d’administration de la Sogesol, Pierre-Marie Boisson, qui fut le troisième invité des séries d’émissions de « Grands rendez-vous économiques », diffusée récemment sur Radio Télé Métropole.

Publié le 2018-01-10 | Le Nouvelliste

Economie -

« Dans le calcul du budget, le gouvernement a fait une surestimation des ressources. Autrement dit, il y a un trop plein de ressources », a affirmé Pierre-Marie Boisson, analysant financièrement les ressources et emplois du gouvernement. A travers le budget, il pense qu’il existe un germe de déficit important. Plusieurs cas de figure et arguments sont avancés par le président du conseil d’administration de la Sogesol pour expliquer ce déficit budgétaire que le gouvernement aura du mal à éviter.

Seulement pour le premier trimestre, le gouvernement a enregistré des déficits budgétaires, financés par la Banque de la République d’Haïti, de l’ordre de 5 milliards de gourdes, d’après certains experts. Pierre-Marie Boisson a exprimé ses inquiétudes malgré les annonces du titulaire du ministère de l’Économie et des Finances, Jude Alix Patrick Salomon, faisant croire que le gouvernement va résorber le déficit, lors de sa participation à la première émission des Grands rendez-vous économiques de cette année.

Pierre-Marie Boisson dit ne pas voir comment le gouvernement va s’y prendre pour collecter certaines recettes fiscales et non fiscales prévues dans le budget 2017-2018. « Le gouvernement projette de collecter 11 milliards de gourdes rien qu’en augmentant les prix des produits pétroliers, à raison d’un milliard de gourdes par mois à peu près. Je ne vois pas comment il va collecter ce montant », a indiqué Pierre-Marie Boisson.

Le numéro un de la Sogesol reconnaît que le gouvernement peut augmenter les prix des produits pétroliers à la pompe. Cependant, il ne croit pas que la situation socioéconomique du pays et les tensions sociales qui ont secoué le pays pendant les six derniers mois vont faciliter la tâche au gouvernement s’il veut le faire. « Puisque les prix n’ont pas été changés à la pompe, les recettes pétrolières ont diminué de 300 millions de gourdes sur un rythme annuel », a argué Pierre-Marie Boisson.

« Le gouvernement ne s’attendait pas à une hausse aussi élevée du coût du baril du pétrole sur le marché mondial pendant ces derniers mois », a déclaré le patron de la Sogesol, soulignant que les prévisions des 11 milliards de gourdes dans le budget deviennent à la fois insuffisantes et impossibles à atteindre par le gouvernement.

Outre les recettes sur les produits qui ne vont pas être au rendez-vous, le gouvernement s’est fait également des illusions sur le financement alternatif du budget. Le gouvernement de Jack Guy Lafontant projette de collecter 18 milliards de gourdes à partir dudit financement. Il mise notamment sur les bons du Trésor. « Je ne conçois pas comment un État, pouvant même pas payer des arriérés de salaires aux enseignants, peut émettre des bons du Trésor qui seront achetés en volume substantiel par des étrangers ou des Haïtiens de la diaspora », lâche Pierre-Marie Boisson.

Pour le président du conseil d’administration de la Sogesol, le gouvernement pourrait compter sur une appréciation du taux de change pour que ses recettes augmentent, mais tel n’est pas le cas. La tendance, ces derniers temps, montre que la gourde est sur le point de perdre du terrain par rapport au dollar américain. Pour réduire le déficit budgétaire, le gouvernement n’a d’autre choix que de rectifier son budget, d’après un autre spécialiste qui analyse les indicateurs économiques.

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