Jovenel Moïse et Youri Chevry se battent, Port-au-Prince paie les pots cassés

Publié le 2017-12-28 | Le Nouvelliste

Editorial -

Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, passe les fêtes de fin d’année sous des tonnes d’immondices servant de décor ou de repères par endroits. Lointaine, très lointaine, l’époque où l’on se baladait sur la grand-rue de Port-au-Prince, au Champ de Mars, au Bicentenaire, … jadis des attractions touristiques. Il est loin l’image de Port-au-Prince ville propre. Il est tout aussi lointain le temps où les services de pompier assainissaient la ville chaque semaine. Depuis des décennies, la capitale, qui subit la pression démographique, croule sous des tonnes de détritus, et, d’année en année, la situation se détériore au vu et au su de tous.

Les autorités municipales et le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS) ont clairement perdu la bataille de la gestion des déchets. La vraie bataille serait entre la mairie de Port-au-Prince et la présidence. Dans un entretien au Nouvelliste, le maire Youri Chevry – élu sous la bannière de VERITE (parti du candidat à la présidence Jude Célestin) – affirme que le président Jovenel Moïse n’a jamais manifesté une grande attention vis-à-vis de la mairie. L'édile de Port-au-Prince a aussi révélé qu’une réunion planifiée par le Premier ministre avec les Travaux publics, Transports et Communications (TPTC), le ministère de l’Environnement et la mairie sur le problème des détritus a été annulée par un simple coup de fil. Autre signe de malaise ces derniers jours : l’organisation du carnaval à Port-au-Prince accaparée par la présidence au détriment de la mairie.

Il est évident que la cohabitation entre le maire et le chef de l’État n’est pas des plus heureuses. La capitale en fait tristement les frais. Mais avec une telle insalubrité à Port-au-Prince, l’ampleur d’un tel défi, d’une telle catastrophe environnementale, les maux de la ville peuvent-ils être uniquement l’affaire d’une municipalité ? Au-delà des clivages politiques, les deux camps devraient se rappeler que la ville n’est pas une propriété privée. On parle ici de la capitale d’un pays où se trouvent les sièges de la présidence, du Parlement, de la Primature, de la Banque de la République d’Haïti… Comment peut-on accepter qu’une capitale soit si sale ? A force de s’y habituer, la situation semble normale aux yeux de tout le monde. On vit avec.

Quand décidera-t-on de fixer les responsabilités ? Les institutions, quand elles faillissent à leur mission, ont toutes un seul argument : elles n’ont pas les moyens de leur politique. Peut-on prendre des décisions sans disposer des données ? Aujourd’hui, personne ne peut avancer la quantité de déchets que génère Port-au- Prince. Aucun plan d’assainissement stratégique n’est non plus mis en place. Et on n’arrive pas encore à trouver la formule pour exploiter les déchets, source de richesse. A l’heure des débats sur les énergies renouvelables, Haïti pourrait tirer du biogaz de ses déchets organiques. On en produit tant.

L’évidence est que la commune de Port-au-Prince présente l’image d’une ville qui échappe au contrôle des autorités. L’anarchie règne au centre-ville où les rues sont prises d’assaut par des garagistes et des étalagistes de tout acabit fuyant le chômage. Peut-être qu’il va falloir organiser une caravane pour sauver Port-au-Prince. Ou une caravane rien que pour s’attaquer aux immondices.

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