Scorp-AHEM visite le centre de Delmas 3

Publié le 2017-12-27 | Le Nouvelliste

Société -

Ce dimanche 10 décembre, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’homme, les membres de la commission sur les droits de l’homme et la paix de l’Association haïtienne des étudiants en médecine ont rendu visite à une centaine d’enfants du centre de Delmas 3. Accueillis et supervisés par l’administrateur social, Monsieur Pierrot, ils ont eu à les sensibiliser à des sujets qui les concernent directement tels que la drogue, le tabac, l’alcool, la violence, les rapports sexuels non protégés et les infections sexuellement transmissibles. Avec leurs propres moyens, les étudiants en médecine ont préalablement cotisés entre eux afin de leur apporter du matériel indispensable à leur scolarité ainsi que des médicaments et du matériel de premiers soins. Les jeunes gens n’ont pas manqué de montrer leur satisfaction et leur reconnaissance.

Le centre de Delmas 3, une maison d’enfants publique, est l’un des deux plus grands centres qui accueillent les enfants des rues plus particulièrement les garçons de 7 à 18 ans, l’autre étant le centre de Carrefour.

Il fut créé en 1960 par la femme de Duvalier et il a donc porté le nom de Simone Ovide Duvalier jusqu'au départ des Duvalier. Administré par la suite par les religieuses de St-Vincent de Paul, il porta le nom de foyer de Saint-Camille et aujourd’hui on parle du centre de Delmas 3.

Il est placé sous la direction du Ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) alors qu’il devrait être sous la responsabilité de l’Institut du bien-être social et de recherches (IBESR), confie l’administrateur. Ce centre, bien qu'il soit bénéficiaire du système de protection sociale instauré par l’IBESR, fait face à des contraintes majeures comme toute autre institution de l’administration publique. Ainsi, depuis sa création, les responsables furent, à maintes reprises, obligés de fermer les portes du centre, faute de moyens financiers. Le dernier budget qui leur était alloué provenait du fonds PetroCaribe, mais depuis l’échec de ce dernier, les responsables arrivent péniblement à joindre les deux bouts pour continuer à faire fonctionner ce centre.

D’un côté, son dysfonctionnement s’explique par l'absentéisme des responsables ainsi que des employés qui n’ont reçu aucun salaire depuis 14 mois.

Les enfants sont alors livrés à eux mêmes, car ce sont eux qui subissent directement les manques. Souvent, ils sont obligés de cuisiner eux-mêmes leur repas, avoue l’administrateur.

D’autre part, l’objectif principal du centre est de les rééduquer, les réhabiliter, les doter d’une profession puis permettre leur réinsertion sociale, familiale et économique en assurant leur hébergement et leur scolarité néanmoins ils ne sont que placés dans le centre, sans aucun suivi. Certains enfants, après avoir passé un temps dans le centre, fuguent et se retrouvent à nouveau dans la rue qui semble leur offrir beaucoup plus que ce qu’ils trouvent à l’intérieur du centre, récupérant alors leur ancien statut d’enfants des rues.

D’autres enfants égarés ayant perdu toute trace de leurs parents sont recueillis par le centre qui devrait rechercher leur parents, mais ils se retrouvent pour toujours égarés sans espoir de les retrouver.

Leur réinsertion familiale n’est pas toujours évidente vu qu’assez souvent, en les replaçant dans leurs familles respectives, ces dernières n’étant pas préparées, les enfants ne tardent pas à retourner au centre ou dans la rue.

L’accès aux soins de santé demeure un obstacle . Bien que pourvu d’une infirmerie, le manque de matériels rend impossible une prise en charge même de premier secours et, faute de moyens de transport, lorsque le cas s’annonce plus grave, ils ont du mal à se rendre à l’OFATMA, seule instance où ils peuvent être traités gratuitement.

L’accès à l’eau potable est aussi difficile, ce qui augmente considérablement la prévalence des infections, aucune distinction n’étant faite entre l’eau utilisée pour se baigner, faire la lessive et l’eau qu’ils boivent. Sans oublier que la nourriture qu’ils reçoivent tant bien que mal n'est ni en quantité suffisante ni de bonne qualité.

Du point de vue éducatif, ils sont tous scolarisés soit par une école spécialisée au sein même du centre qui leur permet avec de très faibles moyens d’atteindre la classe de sixième année fondamentale en quatre ans, soit ils vont à l’école à l’extérieur.

Les personnes logeant dans le voisinage voient le centre d’un très mauvais oeil et ne ratent pas les occasions de le faire sentir aux enfants.

Selon le responsable, les conflits entre les enfants sont légion, ils sont même fréquents entre enfants et employés, ces derniers n’ayant pas reçu une formation adéquate font parfois du mal aux enfants sans s’en rendre compte. Pour cette raison, ils sont surveillés en permanence. Des agents de sécurité ont donc été placés pour surveiller les enfants ainsi que les équipements du local qui se font de plus en plus rares.

Pour pouvoir survivre et se protéger, les plus grands ont eux-mêmes instauré un système de parrainage des plus petits en fonction de leur affinité.

L’administrateur conclut en disant: «Beaucoup d’efforts ont été faits mais il reste malgré tout beaucoup à faire pour pouvoir assurer la prise en charge d’un enfant, surtout quand elle est rendue plus complexe par les conditions de vie inhumaines vécues dans les rues. C’est une prise en charge multidisciplinaire avec une place importante pour l’aspect psychologique qui doit être mise en place afin d’aboutir à de meilleurs résultats.»

Dina Saintilmon saintilmondina@gmail.com Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article