Seulement 5% des entreprises haïtiennes font des déclarations de revenus fiables

Publié le 2017-12-06 | Le Nouvelliste

Economie -

« À peine 5% des entreprises haïtiennes publient des informations qui sont considérées comme fiables, d’après des informations recueillies par le Forum économique », a révélé Frantz Bernard Craan, coordonnateur du Forum économique du secteur privé, lors du premier sommet sur la comptabilité organisé en Haïti par l’Ordre des comptables professionnels agréés d’Haïti (Ocpah).

Intervenant autour du sujet « Des entreprises performantes et formelles, le levier d’une croissance économique accélérée et soutenue », le numéro un du Forum économique, M. Craan, dit avoir dénombré dans le pays 300 000 entreprises à partir d’une étude réalisée en 2002 par le Centre pour la libre entreprise et la démocratie (CLED). À ce moment, il était président dudit centre.

Dans le département de l’Ouest où se concentrent la majorité des entreprises du pays, il n’y a que 12 500 entreprises patentées, d’après Frantz Bernard Craan. « Seulement 340 d’entre elles sont enregistrées à la Chambre de commerce », a-t- il souligné pour mettre l’emphase sur le décalage entre l’informel, le semi-formel et le formel en ce qui concerne les entreprises. M. Craan a insisté sur les inconvénients dont il faut se soucier du fait que la majorité des entreprises du pays fonctionnent dans l’informel ou dans le semi-formel.

Pour lui, plus les entreprises restent dans l’informel, plus elles auront du mal à attirer des investissements locaux et étrangers. « Dans nos banques commerciales actuellement, les dépôts représentent un montant équivalent à 3,5 ou 4 milliards de dollars. Si on investit 1% de cette somme, ce sera impossible d’arriver à créer le nombre d’emplois nécessaire pour combler le déficit actuel. Environ 70% de la population active capable de travailler est au chômage », a indiqué Frantz Bernard Craan.

Le coordonnateur du Forum économique a dénoncé ce qu’il appelle dans le pays une culture de fraude. Il y a la fraude dans les entreprises, à l’Administration générale des impôts (DGI) et l’Administration générale des douanes (AGD), d’après Frantz Bernard Craan. « Au niveau de la frontière, les activités commerciales sont estimées à 1,5 milliard de dollars de marchandises importées de la République dominicaine, mais à peine 600 millions de dollars sont déclarés. Donc, il y a un déficit au niveau des recettes douanières estimé à plus de 400 millions de dollars », a- t- il indiqué.

Fort de ces considérations, M. Craan a déclaré qu’il faut sortir de cette culture de fraude. Sans faire injonction aux chefs d’entreprises, il a jugé bon que les entreprises soient dotées d’un système comptable fiable. C’est la seule façon, selon lui, pour que le pays puisse transformer en investissement une partie des transferts de la diaspora qui se situent autour de deux milliards de dollars chaque année. « Les entreprises doivent être en mesure de soumettre aux éventuels investisseurs des informations objectives sur leur argent. Que ce qui est déclaré comme revenu soit vrai », a conseillé M. Craan.

Les données comptables fiables respectant l’application stricte des règlements sont indispensables pour permettre aux entreprises de s’acquitter de leurs obligations fiscales, préconise le coordonnateur du Forum économique. Sur ce point, il a avancé que la DGI et l’AGD ont beaucoup de travail à faire pour pouvoir détecter les fausses déclarations des entreprises. Il faut que les entreprises déclarent ce qu’elles importent et présentent leurs états financiers afin de faciliter un climat de confiance entre le secteur privé des affaires et l’État haïtien. Cela se passera, selon lui, par la normalisation des activités des entreprises.

En termes d'avantages, Frantz Bernard Craan croit que les entreprises qui arrivent à instituer une culture de comptabilité fiable pourraient mieux se positionner sur le marché financier. « Les institutions financières exigent parfois des garanties de paiement beaucoup plus importantes que les prêts accordés puisque les informations fournies par les entreprises ne sont pas fiables », a expliqué le patron du Forum économique.

De l’avis du Forum économique, pour créer suffisamment de richesses et d’emplois dans le pays, il faut, au niveau de la classe moyenne, que 20 à 25% des gens soient des entrepreneurs. De plus, ces derniers doivent investir dans des entreprises qui respectent les normes comptables. Actuellement, seulement 8% des gens de la classe moyenne sont des entrepreneurs.

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