Si la psychologie m'était contée

Publié le 2017-12-20 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Aujourd'hui, il est plus que vrai que la question de la santé mentale s'adresse à tout le monde, de par son importance et sa signifiance, mais touche aussi et concerne les grands dossiers des différents États républicains conséquents.

En effet, les multiples cérémonies, manifestations, et congrès scientifiques, impliquant les deux éditions du salon de santé mentale auxquels ont participé d'éminents professeurs haïtiens et étrangers sur la question, viennent témoigner du fait que, chez nous, l'on est encore loin du bout du tunnel, parce qu'aucune enveloppe n'est ni réservée ni consacrée à la santé mentale.

Des efforts de concitoyens pour organiser ces assises non soutenues par le MSPP doivent être salués, parce qu'en fait, à tour de bras, les présentations, elles toutes, dénotent la faiblesse institutionnelle de nos hôpitaux psychiatriques publics.

Les diverses visites pédagogiques, tour à tour, à l'hôpital Défilée de Beudet, qu'on ne peut oublier, dans une perspective de développement et d'amélioration des soins en santé mentale, et au centre psychiatrique et neurologique Mars et Kline, constituent des occasions où étudiants et chercheurs découvrent l'indifférence presque totale de nos dirigeants face à la trépidante question. Alors qu'ailleurs, des fonds y sont consacrés en termes de recherche rien que pour trouver une formule à l'amélioration de la qualité des soins.

Chez nous, bien des attitudes doivent changer. Il faut mettre fin à « tout ce qui vient de loin est bon et rassurant ». En matière de santé mentale, les travaux des Drs Louis Price Mars, Jeanne Philippe, Lamarque Douyon, Legrand Bijoux et Ernst Mirville doivent être consultés et étudiés dans la mesure où, effectivement, l'on veut amorcer une quelconque lutte ou un changement dans notre politique de santé mentale.

L'autre doit avoir raison de dire « je suis dans un pays où l'étranger est dans son pays », ceci n'est pas valable dans le domaine de la santé mentale, domaine pour lequel, avec de très faibles moyens, on est parvenu à offrir ce que tout le monde peut facilement constater. Sinon, un jour, toute la capitale ou le pays se mettrait à courir dans toutes les directions, montrant des symptômes de nature variable.

Ce n'est un secret pour personne chez nous que les responsables ne croient pas et n'investissent pas dans le domaine de la santé mentale. L'on doit, par exemple, se demander combien il y a de psychologues à l'hôpital Défilée de Beudet et au Centre psychiatrique Mars et Kline. Sans aller plus loin, à la PNH et dans les banques, tout comme dans les écoles et dans les centres de détention.

Il est à la fois intéressant et passionnant de parler de la maladie mentale, tant le discours est aussi captivant que l'analyse que l'on peut en faire. Les grandes victoires remportées, tour à tour, dans la pratique psychologique et/ou psychiatrique reflètent la minceur de ce que l'État met à part pour la santé mentale.

Un petit effort doit être fait en ce qui concerne, par exemple, le nombre de psychiatres cliniquement actifs au pays. J'en connais, personnellement, plus que 15. Ils sont 19 exactement, en plus de 2 nouveaux en formation et 2 autres en retrait.

Il y a une étude sur la psychopathologie comparée, « Les maladies mentales et leurs traitements dans les centres hospitaliers publics d'Haïti », qui devrait intéresser plus d'un dans le sens de vouloir exiger davantage de fonds pour tout programme de santé mentale. L'on n'a cessé de demander ni de réclamer une meilleure attention en faveur des malades. Mais sans succès, et les malades pullulent dans les rues comme dans les services psychiatriques.

À la vérité, il revient d'emblée au responsable de la cellule de santé mentale, au ministère, d'éclairer la lanterne du professeur sur les données qu'il ne maîtrise pas tout à fait.

Tout compte fait, il serait vraiment intéressant que soit conduite une recherche institutionnelle, rien que pour s'assurer de l'existence des choses ( état des lieux) afin d'envisager toute la réforme souhaitée, en s'inspirant du modèle extérieur, tout en prenant la précaution de ne pas l'appliquer à notre réalité qui, somme toute, est nettement différente.

Nous pensons qu'est venu le temps où la question de la santé mentale doit atteindre la conscience des dirigeants qui ne sont pas du tout exempts de la pathologie, sous une forme ou sous une autre. Chez nous, pour les raisons que l'on sait, tout est possible. Il suffit de suivre les événements à venir.

Robert Moïse psychopathologiste, professeur aux universités. robertmoise103@yahoo.fr Auteur
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