Une tournée dans le Sud et la Grand'Anse

Bloc-notes

Publié le 2017-12-04 | Le Nouvelliste

National -

Aux Cayes, l’espace qui abritait la Fondation pour la protection du patrimoine des Cayes loge aujourd’hui une on ne sait pas quoi de la mission des Nations unies. À Jérémie, une centaine de lycéens, filles et garçons, aucun ne connaît le nom de René Philoctète qui y est né et disait rester en Haïti à cause d’un arbre planté à l’entrée de la Grand'Anse. Aux Cayes, en hommage à son auteur-compositeur qui est du grand Sud, Wooly chante Port-Salut (le matin, un troubadour la chantait sur une plage, sans en connaître les paroles). Le public connaît la chanson. Pas l’auteur. Robert Mollin. Robert qui ? Personne ne réclame Souvenirs d’Haïti - plus connu sous le titre de Haïti chérie. Je n’ai pas le temps de demander comment se porte l’école de musique Othello Bayard. Il existe ou il a existé des tentatives solitaires, mais ici comme ailleurs dans le pays, l’ignorance de ce qui fut l’absence de repères.

Aux Cayes encore, dans un restaurant qui ne paye pas de mine mais où la nourriture est bonne, une réaction plutôt hostile des clients habituels à la présence d’une bande bruyante, envahissante, venue sans doute de Port-au-Prince. Tout prétexte est bon. On sent l’agacement face à l’arrogance supposée de l’envahisseur. Et l’obligation de se rappeler que lorsque l’on va chez l’autre, il faut faire gaffe aux maladresses.

Au programme, atelier d’écriture, conférences, concert de Wooly Saint-Louis Jean à l’occasion de la FILHA dont je suis cette année l’invité d’honneur. Le bon point pour la Direction nationale du livre, organisatrice de l’événement, cette idée d’aller en province. Les ateliers animés par des membres de l’AJS se passent bien. Les jeunes en redemandent. Ils ont des choses à écrire, à dire. Leur enthousiasme convainc. Rendez-vous pris pour revenir. Le constat qu’ils n’ont pas été exposés à la modernité. Quelques profs font exception.

Pour les autres, la poésie commence avec Corneille et finit avec Etzer Vilaire.

À Jérémie encore, une place des poètes, avec beaucoup d’absents. Le vert revenu, comme si la nature en lutte avec elle-même ne se laisse pas abattre par ses propres furies. Aux Cayes, une conversation avec un prêtre qui n’a pas choisi la prêtrise pour des raisons de promotion sociale. Une belle foi.

On parle toujours beaucoup de ceux qui sont partis. Mais ceux qui sont restés ? Qui enseignent. Créent des entreprises et des activités. Font leur travail de fonctionnaires. Font marcher des associations. Vivent leurs vies avec les moyens qu’ils s’inventent. Très peu de présence de l’État. Trop peu sans doute.

Entre conférences et concerts, les gens achètent des livres. Soixante pour cent de réduction. On a l’impression que quelques-uns ont peu d’argent et choisissent parfois le livre qui a le plus bas prix. Cependant, un intérêt particulier pour les revues. Peut-être le besoin d’un échange, d’une pensée.

Retour vers Port-au-Prince. Atmosphère morose. La nouvelle nous est parvenue de l’arrestation arbitraire du frère d’un ami. Plus à l’est, à Jacmel. Je me souviens que j’ai lu dans un livre écrit par un étranger que c’est la capitale culturelle d’Haïti. Comme si on avait besoin de venir mettre nos villes en concurrence. Capitale culturelle, cité des poètes. Derrière les mythes, le réel. L’oubli. La lutte. La vie difficile. L’arbitraire. Et ces filles et ces garçons qui ont droit à un bel avenir.

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