Haïti –Société

Une opération tournée au vinaigre, le maire titulaire de Jacmel giflé par un juge de paix

Dans le cadre d’un affrontement entre les agents de sécurité municipale de Jacmel et des marchands survenu au marché public de Beaudouin dans l’après-midi du samedi 2 décembre 2017, trois personnes au moins ont été atteintes de projectiles et plusieurs autres grièvement blessées. Marky Kessa, le maire titulaire de la ville, aurait été giflé par le juge suppléant du tribunal de paix de Jacmel, Elie Armand. Tandis que ce dernier lui aussi aurait été giflé par un jeune garçon, en vengeant le soufflet administré au pasteur-maire.

Publié le 2017-12-04 | Le Nouvelliste

National -

Depuis mardi 28 novembre, le marché public de Beaudouin est en ébullition suite à une opération d'assainissement, de déguerpissement menée par la mairie de Jacmel et ses agents de sécurité pour relocaliser dans un nouvel espace certains marchands occupants des trottoirs de la rue principale dudit marché, dans la ville de Jacmel. Cette décision a suscité de vives réactions du côté d’un groupe de marchands et d’autres riverains de la zone.

Soudainement, samedi 2 décembre, aux environs de deux heures et demie, la situation allait dégénérer lorsque les agents de sécurité du marché lançèrent une opération pour exiger de certains marchands réfractaires de quitter l’espace, selon certains témoins. Cette opération a tourné au vinaigre. Des marchands et d’autres riverains ont réagi aux attaques des agents de sécurité en lançant pierres, et bouteilles ça et là, pendant plus de quatre heures.

Les agents de sécurité dudit marché ont dû faire usage de leurs armes à feu en tirant à hauteur d’homme au moins trois personnes sont donc touchées par balle au niveau de l’abdomen, du pied et de la jambe et plusieurs autres blessées grièvement. Selon certaines sources, quelques civils portaient des armes artisanales.

La plupart des victimes ont été vite transportées par des citoyens de bonne foi à bord de motocyclettes, à l’hôpital Saint-Michel de Jacmel afin de recevoir des soins nécessaires.

Quelques heures plus tard, l’une des marchandes brutalisées par les agents de sécurité, et habitant dans les parages du marché public, eut recours au service du juge de paix, Elie Armand, en compagnie des agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO), pour le constat légal. L’arrivée du juge de paix Armand a jeté de l’huile sur le feu. Ce dernier, après avoir dressé son procès-verbal, intima l’ordre aux agents de l’UDMO de procéder à l’arrestation de tous les agents de sécurité municipale, dénoncés par la clameur publique comme auteurs de ces tirs.

La tentative d’arrêter ces surveillants du marché public de la ville a échoué, suite à l’apparition du maire principal de Jacmel, Marky Kessa, et de son assesseure, Lourdie César, accompagnés de Jean Helson Royal, vice-délégué de l’arrondissement de Jacmel, et d’autres personnalités. Le pasteur-maire a fait obstruction au commandement du juge de paix, Elie Armand, en l’empêchant de procéder à l’arrestation de certains agents de sécurité accusés d’avoir tiré en direction des victimes. Cette situation a provoqué une altercation entre le maire Marky Kessa et le juge de paix, Elie Armand.

plusieurs témoins oculaires, dont Jean Helson Royal, vice-délégué de l’arrondissement de Jacmel, le premier citoyen de la ville de Jacmel, Marky Kessa, aurait bousculé le juge Armand qui a riposté en infligeant une gifle au pasteur-maire de Jacmel.

En revanche, un jeune garçon de la région du nom de Dadou Laguerre, constatant l’humiliation subie par le premier citoyen de la cité d’Alcibiade Pommayrac, s'est dirigé en toute quiétude vers le juge de paix Elie Armand, et lui a administré aussi une gifle.

Une rencontre spontanée a été organisée sous le leadership de Pierre Michel Lafontant, délégué du Sud-Est, entre plusieurs autorités dont le sénateur de la République, Dieupie Chérubin, le député de Jacmel, Kétel Jean-Philippe, Monès Auguste, directeur régional de la Police nationale d’Haïti (PNH), Me Françoise Morailles, commissaire du gouvernement près du parquet de Jacmel, Jean Helson Royal, le maire Marky Kessa et ses assesseurs, Anténor Dénoil, maire principal de Belle-Anse et président de l’Association des maires du Sud-Est d’Haïti (AMASEH), entre autres, afin de statuer sur ce dossier. Cette réunion qui a débuté depuis 6 heures du soir à la salle de conférence de la délégation s'est terminée au commissariat vers minuit, sans la moindre décision.

Anténor Dénoil, président de l’AMASEH, qualifie d’inconcevable qu’un homme de loi ait pu réagir de cette manière. « Cette gifle donnée au visage de notre confrère-maire, Marky Kessa, est une insulte à toutes les mairies du pays », condamne-t-il, exigeant l’arrestation du juge Elie Armand.

À l’issue de la réunion, le maire Marky a choisi de ne faire aucune déclaration dans la presse. Toutefois, Me Wilder Jean, le conseiller juridique de la mairie de Jacmel, a fait savoir que la commissaire du gouvernement, Me Françoise Morailles, doit assumer ses responsabilités dans le cadre de cette affaire.

Suite à cette situation, plusieurs rues de la ville sont barricadées par des individus pour protester contre le comportement du juge.

Dans sa version des faits, Me Elie Armand dit nier toutes les déclarations faites par le pasteur-maire, faisant croire qu’il lui a donné une gifle. Toutefois, le juge Armand dit reconnaître que son ventre a heurté celui de Marky Kessa, après qu’il ait été bousculé par ce dernier. M. Elie Armand annonce qu’il a déjà décerné un mandat contre le maire Marky Kessa ainsi que son assesseure Lourdie César, pour outrage au magistrat. Alors que le jeune Dadou Laguerre, depuis samedi soir, est placé en garde-à-vue au commissariat de Jacmel.

Ces bavures produites par des autorités dans le département du Sud-Est, particulièrement à Jacmel, sont monnaie courante. D'ailleurs, samedi dans l'après-midi soit le 8 septembre 2012, l’ex-sénateur du Sud-Est, Edwin Daniel Zenny, avait investi l’enceinte de la Radio Bellevue Internationale, à Jacmel, sans avoir été invité, et y avait craché au visage du juge de paix, Bob Simonis. Alors que ce dernier participait à une émission dans le but de faire la lumière sur le dossier de quatre individus accusés de vol, qu’il a libéré pour manque de charges.

Daniel Théodore, étudiant en 2e année d’agronomie à l’Université publique du Sud-Est à Jacmel (LIPSEJ), avait eu une dent brisée après avoir été violemment frappé du poing par l’ex-sénateur Wencesclas Lambert. Cette agression s'est produite le dimanche 9 mars 2014, lors d’une réunion entre le sénateur et des membres du MORACS, précisément à Cotrail (commune de Marigot).

Le mercredi 24 juin 2015 au Haut-Coq-Chante, section communale de Jacmel. Wesnel Jeudy, 27 ans, étudiant en communication sociale à la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti (UEH), avait déclaré avoir été violemment frappé à "coups de poing et de révolver" par l’ancien sénateur du Sud-Est Joseph Lambert. La victime explique avoir été agressée par l’ex-sénateur de la République lors d’une rencontre politique dans la région à l’approche des législatives. rappelons que ces dossiers sont souvent classés sans suite .

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