FOKAL/FESTIVAL QUATRE-CHEMINS

SIYIN, une expression poétique gesticulée

Pour la première fois, Port-au-Prince a accueilli le chorégraphe Frank Michelletti et la danseuse singapourienne Sara Tan. Ces derniers, dans le cadre du Festival Quatre-Chemins, ont, le mercredi 29 novembre, « rallumé les étoiles » dans les yeux de bon nombre de spectateurs à la FOKAL.

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Un instant, les brouhahas de la vie se sont tus dans la cour de la FOKAL vers les 18h. Le temps s’est arrêté pour nous laisser saisir les nuances qui entourent nos gestes. Des détails qui portent le scandale d’une « image de soi qui n’existe pas », pour reprendre l’expression du chorégraphe Frank Michelleti dans « SIYIN ».

« SIYIN est un essai de soi. Un soi déplacé de plusieurs milliers de kilomètres », modulé et gesticulé par la danseuse Sara Tan. « Son prénom chinois lui a été donné par son grand-père. Il signifie littéralement « Pensée et réflexion avec la poésie ». Une poésie taciturne a fait preuve d’une grande précision dans ce spectacle où l’on pouvait voir scintiller des yeux, où l’on pouvait décrypter sur chaque visage une émotion. À chaque fois que le corps en transe de la danseuse longeait vers un mutisme amadoué, un silence de mort se faisait sentir dans le public. Calmé, celui-ci affiche une attention soutenue. Ce qui relève des fragments de vie de tous. On s’est tous réapproprié, d’une façon ou d’une autre, une partie de la mise en scène avec nos secrets, ce que l’on tait par pudeur ou par devoir. Les émotions se sont transmises sur un rythme en direct manié par le chorégraphe du spectacle.

SIYIN est aussi un portrait de Sara. A travers cette danse, elle retrouve quelques mémoires qui lui permet de poursuivre vers son futur. Lorsqu'elle était élève à Singapour, il y a eu un moment où tous les élèves devaient rester silencieux lors de la montée du drapeau. Cette pièce suit de très près notre quotidien et partage une intimité qui laisse les amateurs et amatrices de belles choses béats et muets.

C’est un souvenir de sa société qui se rallie à la nôtre. Parce que, malgré nos différences, il y a toujours avec l’art une manière surprenante de tendre la main pour apprendre l’un de l’autre ; pour se partager de magnifiques petites choses qui ne s’oublient pas du jour au lendemain.

Une trajectoire colorée des imaginations de Sara, de son désir de danse, de la chaleur expressive de ses envies s'est ramenée à nous avec quelques grains de souplesse et de frénésie. Parce qu’un geste traduit parfois mieux ce que l’on veut dire ou donner à voir. « Il faut regarder la danse non pas pour voir un message articulé verbalement, mais pour se laisser aller ; pour entrer dans l’âme des actions humaines. Quant à l’histoire, c’est ce que chacun de nous a vu. Elle est ambiante et varie d’une personne à une autre », a tenu à dire le chorégraphe.

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