Jovenel Moïse à la ruelle Vaillant…Sur les traces du massacre de 1987

Publié le 2017-11-29 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le président Jovenel Moïse a salué mercredi la mémoire des électeurs lâchement assassinés à la ruelle Vaillant, le 29 novembre 1987. « J’accomplis, à la ruelle Vaillant, l’un des plus grands devoirs de mon mandat : rendre un hommage aux votants, tombés ici, le 29 novembre 1987. Je devais cela à ces artisans de la démocratie », a twitté le président Jovenel Moïse, qui a exprimé le besoin d’entretenir la mémoire de ces martyrs de la démocratie, tués au cours de la première élection post-Duvalier dont la réussite, croit plus d’un, aurait pu changer l’orientation de la transition, donner l’opportunité aux FAD’H d’être du bon côté de l’histoire, le bon berger de la démocratie.

Trente ans après cette expérience porteuse de grandes espérances noyées dans le sang, il n’est pas interdit de rêver de ce qui aurait pu, de regretter ce qui a été fait pour servir des intérêts particuliers et peut-être accomplir des desseins d’avant l’effondrement du mur de Berlin et du bloc de l’Est. En cela, et si tel est le cas, Haïti n’aura pas été le seul pays du continent et du monde où l’affrontement des idéaux communistes et capitalistes a été sanglant. L’histoire, pourront dire les pragmatiques, ne s’écrit pas avec des si.

Cela dit, sur le plan de la communication politique, le président Jovenel Moïse a frappé un beau coup. Le geste est bien pensé et bien exécuté. L’engagement du président Jovenel Moïse pour que l’expression populaire à travers les urnes ne soit plus noyée dans le sang est de bonne guerre. Il semble donner des gages, ici et hors de nos frontières, de ses convictions démocratiques, de son choix d’être le protecteur de la démocratique, quand, autour de lui et dans des postes de responsabilité, il y a des héritiers de l’idéologie duvaliériste et militaire aujourd’hui blanchis par les ans, qui avaient juré de protéger les acquis du duvaliérisme.

Cette addition pourrait faire douter de la sincérité du président Jovenel Moïse. Mais, si, avec cet attelage, le président met le cap sur la démocratie, le respect des droits humains, la stabilité et le développement socioéconomique, il a de bonnes chances de passer dans l’histoire comme un bon président.

Si le coup de communication politique qui met l’emphase sur le devoir de mémoire, qui assure que la nouvelle armée ne tombera pas dans les vieux travers des FAD’H est réussi, certains retiendront aussi la conviction, peut-être un peu molle, de voir les bourreaux traînés devant leur juge. En finir avec l’impunité est plus facile à dire qu’à faire. Trente ans après le massacre de la ruelle Vaillant, les exécutants et commanditaires encore vivants n’ont pas été trainés devant les tribunaux. Ils jouissent de la prescription.

Cette prescription évoquée avec force par un ténor du barreau -aujourd’hui bien au chaud au palais national-lors de l’audition de l’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier parce qu’Haïti n’a pas ratifié le traité sur la non-prescription des crimes contre l’humanité.

Par rapport à la lutte contre l’impunité, pour que justice soit rendue aux victimes, aux aspirations citoyennes à l’exercice des acquis démocratiques, le président Jovenel Moïse n’est pas le seul chef de l’État à souffrir d’une carence de crédibilité. D’autres chefs d’État avant lui, issus contrairement à lui de la mouvance dite démocratique, ne sont pas parvenus à donner le ton pour que la justice au pays du spaghetti fasse son travail. Bay kou bliye... Au fait, ces politiques de la mouvance dite démocratique ont semblé avoir eu besoin de ce sang versé. C’est dommage.

Le président Jovenel Moïse qui, petit à petit, trouve ses marques, essaie de maîtriser sa communication, ne devrait cependant pas oublier qu’ici l’on retient la parole des promesses. Sincère ou pas. Que l’on attache aussi et surtout de l’importance aux actes. A ceux qui seront les siens pour que la nouvelle armée soit effectivement apolitique, et que l’hommage, ce « grand devoir » de son quinquennat, envers les martyrs de la démocratie, ne soit pas un autre spectacle bien calculé empreint de cynisme politique. Plus que leur conscience, c’est au final le temps qui sera le meilleur juge du président Jovenel Moïse à qui on doit accorder le bénéfice de vouloir bien faire et de faire autrement…

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