Lettre ouverte du professeur Watson Denis

Publié le 2017-11-30 | Le Nouvelliste

Société -

Port-au-Prince, le 24 novembre 2017

Objet : Protestation contre l’esclavage contemporain en Libye

S.E. Monsieur António Manuel de Oliveira Guterres

Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU)

New York, New York

Etats-Unis d’Amérique.-

Monsieur le secrétaire général,

La presse internationale, en particulier CNN, a récemment révélé un fait ignominieux qui mérite de retenir votre meilleure attention en vue de stopper le mal et de l’empêcher de s’étendre. Il s’agit de la pratique esclavagiste renouvelée au XXIe siècle, en République libyenne.

Il est établi que des migrants noirs issus de l’Afrique subsaharienne sont vendus au plus offrant au marché des esclaves (entre 200 et 700 dollars américains par tête) et mis en esclavage dans ce pays de l’Afrique du Nord.

Etant moi-même un citoyen de la République d’Haïti, un État membre fondateur de l’ONU, un pays peuplé dans sa grande majorité de descendants d’Africains, qui s’est libéré de l’esclavage et du colonialisme dès le début du XIXe siècle et qui a contribué par la suite à l’affranchissement d’autres peuples dans les Amériques et ailleurs, je ne puis rester silencieux face à un éventuel retour du système esclavagiste dans le monde.

C’est pour vous dire que je suis profondément blessé, choqué et indigné contre cette nouvelle tentative de renouer avec les pratiques ignobles de l’esclavage.

Dans un monde marqué par le pluralisme démocratique et la jouissance acquise des droits de l’homme dans les pays du Sud, il y avait jusque-là des raisons suffisantes de croire que l’esclavage était révolu à tout jamais. Ainsi, je proteste de toutes mes forces contre le retour de l’esclavage en Libye, un déni d’humanité, un crime reconnu contre l’humanité.

Monsieur le secrétaire général,

J’apprécie à sa juste valeur tout ce que vous avez déjà fait contre l’esclavage contemporain en Libye. D’autres décisions doivent être prises pour freiner l’assujettissement des êtres humains. En conséquence, je vous saurais gré de bien vouloir prendre les mesures les plus promptes et décisives, selon la Charte de l’ONU et les principes du droit international en vigueur, en vue de faire cesser une fois pour toutes les tentatives osées de revenir à l’institutionnalisation de l’esclavage en Libye qui dénigre le genre humain.

L’ONU, dont vous avez aujourd’hui les rênes, a une responsabilité morale et politique pour combattre l’esclavage ; de même, elle a un devoir impérieux de promouvoir et de faire respecter les droits de la personne humaine. Au nom de la morale, de l’éthique et du respect des droits de l’homme, il est impératif d'agir aussi vite que vous le pouvez afin que demain ne soit pas trop tard.

Espérant que vous tiendrez compte de ce cri d’indignation justifié qui vient de la République d’Haïti contre l’esclavage en Libye, et ailleurs éventuellement, je vous prie d’accepter, Excellence Monsieur le secrétaire général, les assurances de ma très haute considération.

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Dr Watson Denis,

Professeur d’histoire de la Caraïbe et des relations internationales à l’Université d’État d’Haïti et Directeur exécutif du Centre Challenges (Centre de consultations et d’études spécialisées en sciences humaines et sociales).

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