Mousson PierreI Finnigan, un Poto-Mitan de Camp Perrin (1949-2017)

Il est de par le monde des plantes rares au parfum subtil. Elles embaument indescriptiblement la vie de ceux qui ont la chance de se trouver sur leur passage. Mousson Pierre Finnigan (officiellement Monique Marie Denise Pierre) était une plante de cet ordre-là, et j'ai eu l'heureuse fortune de me trouver sur son chemin.

Publié le 2017-12-26 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Humble, simple, intègre, généreuse, dévouée, elle était la quintessence de l'altruisme, l'incarnation de l'Haïti à laquelle nous aspirons tous. Elle avait mis toutes ces qualités au service de son pays, et plus particulièrement de la communauté de Camp Perrin qui l'avait accueillie en 1978 quand elle eut le coup de foudre pour ce coin d'Haïti, "un petit paradis" disait-elle.

Combien de paysans n'ont-ils pas bénéficié du fruit des travaux de Dr Mousson, comme on l'appelait, et de son équipe, dans le cadre de ORE ? Cette Organisation pour la réhabilitation de l'environnement qu'elle et son mari d'alors, Sean Finnigan, avaient mis sur pied à Camp-Perrin en 1985, se donnait pour but la reforestation et le sauvetage des terres dénudées. Et à réhabiliter l'environnement, Mousson s'y était engagée et attelée, avec patience et détermination, au cours des trois dernières décennies, par l'amélioration des semences, la production et le greffage d'arbres fruitiers, l'amélioration et le séchage des mangues, la formation des agriculteurs, et j'en passe.

Bien qu'oeuvrant en silence et presque dans l'anonymat, notre humble Mousson figurait parmi les 15 femmes retenues pour recevoir le premier Prix National des Femmes de Mérite en 2009, prix honorant des modèles de courage, de persévérance et de réussite.

Toute cette production agricole fut des plus utiles quand frappa le tremblement de terre en 2010. N'hésitant pas une seconde, Mousson et ORE mirent autant d'ardeur que de générosité à venir en aide aux centaines de réfugiés de Port-au-Prince qui affluèrent vers la province du Sud. Logement, écolage, nourriture…Nombreux furent ceux qui se remirent sur pied grâce au programme de soutien humanitaire de Mousson. De plus, pendant plusieurs mois une distribution de vivres venant du terroir permit à de nombreuses victimes du séisme résidant à la capitale de trouver un complément de nourriture provenant de leur propre pays.

On pourrait écrire des pages sur cette bienfaitrice, ce poto-mitan de Camp Perrin, ce mapou comme d'autres l'ont appelée, cette mousson bienfaisante, mais là n'est pas mon intention. Les lecteurs intéressés pourront en découvrir plus sur le site internet de ORE (www.oreworld.org).

J'écris sous le choc de la peine pour rendre un hommage affectueux à celle qui était mon amie de longue date. Ensemble, que de kilomètres aériens et ferroviaires n'avons-nous pas parcourus jusqu'à l'autre bout du monde, chaque décembre depuis 25 ans, pour nous ressourcer aux pieds de notre guide spirituel ! Ensemble, nous puisions dans cette retraite méditative la force et la sérénité nécessaires pour affronter une nouvelle année dans un monde en proie à la corruption, l'égoïsme, l'avarice.

De passage chez elle à Camp-Perrin, selon la saison il m'était donné de goûter à des avocats aussi bons qu'ils étaient gros, à des tranches de mangue séchée venant directement de son atelier de séchage de fruits, et à de délicieuses mangues "Cœur d'or" de son jardin, un nom bien approprié pour cette amie au cœur d'or.

Tel un hibiscus qui donne au monde sa beauté le jour et se referme le soir venu, Mousson s'est éteinte le vendredi 24 novembre 2017, à l'hôpital Jackson Memorial de Miami. Elle s'en est allée, après une vie bien remplie au service de son prochain, mais nous laissant quand même quelque peu désemparés dans notre peine d'avoir perdu une si belle âme, amie, sœur, mère, grand-mère.

Je vais partir pour notre retraite annuelle, cette fois sans Mousson, mais non sans vous présenter un très beau poème du poète jérémien Clotaire Saint-Natus qui a su détecter en Mousson Pierre Finnigan une perle rare des Antilles.

Monique Marie Denise Pierre : la Mousson du poème

Le jour camperrinois danse comme un mouchoir

qu’une femme debout déploie devant nos yeux ébahis.

Regardez, regardez semences, greffage, arbres fruitiers.

Regardez bananiers, bambous, mangues à saison, hors saison.

Contemplez, classe et élégance,

provision de rêve écologique et de production sur valeur ajoutée.

Elle est là, régulière, soufflant alternativement

de la mer vers la terre, Mousson d’été, humide,

et de la terre vers la mer, Mousson d’hiver, sèche,

Mousson utile à tous les coups.

Elle répète l’unique beauté de l’arbre

à fertiliser à chaque coup d’œil d’une clairière en vigie.

Femme itérative des grandes plaines à fertiliser au lent murmure de canal,

comme des ailes d’oiseau dans les hibiscus,

qui offre sa chance en palombe aux laboureurs de son pays,

à bâtir des récoltes de culture, l’espoir de l’eau, or pur

au congrès de la célébration de l’environnement.

Elle est là, la Mousson, à la découverte de l’ineffable partage,

partage de bonté, de jeunesse, au difficile courage qui soigne et adopte,

et médite aussi.

Monique Marie Denise Pierre, la Mousson du poème.

Poète, j’ai dit.

Mousson, tu seras toujours parmi nous.

Carole Devillers Auteur
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