La Police nationale d’Haïti marche sur des œufs

Publié le 2017-11-22 | Le Nouvelliste

Editorial -

C’est une mauvaise saison pour la Police nationale d’Haïti. L’institution fait face à des accusations de bavures depuis l’opération menée à Grand-Ravine, non loin de Martissant. L’intervention des policiers s’était soldée par le décès, dans des circonstances non encore élucidées, d’une douzaine de personnes, dont deux policiers. De la bavure, avant toute enquête, des accusations d’exécutions sommaires ont été rapportées par des gens de la localité. Cela fait désordre.

L’opération a aussi mis à nu les faiblesses de la coordination et de l’unité de commandement au sein de la police. Si les responsables de la PNH minimisent les accrocs, des élus qui ont rencontré les membres du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN), dont le Premier ministre et le chef de la police, confessent que l’action policière à Grand-Ravine a été organisée en dehors de l’assentiment du directeur général de la police. Cela fait désordre.

Pour ne rien arranger, des policiers impliqués dans l’opération ont mal pris la mise en branle d’une enquête de l’inspection générale de la PNH. Ne voulant pas être sacrifiés, les rumeurs disent qu’ils se sont rebellés pendant que les responsables de l’institution policière préfèrent parler d’incompréhension vite levée. Là encore, la police laisse entrevoir des failles dans sa mécanique. Cela fait désordre.

Un corps armé, hiérarchisé, spécialisé dans le maintien de l’ordre, ne doit pas être l’objet de doutes. Tout doit y être au cordeau. Cette bavure intervient au lendemain du départ de la MINUSTAH alors que la MINIJUSTH s'installe. Elle est la preuve de faiblesses tactiques et organisationnelles. Est-ce un signe du besoin d'indispensables béquilles pour la PNH ?

Ce mois de novembre est d’autant plus délicat pour la police qu’elle rate une opération d’envergure pendant que les Forces armées d’Haïti réapparaissent sur la scène. Certains s’interrogent sur le timing, d’autres voient dans les ratés des policiers une occasion d’évoquer la nécessaire complémentarité entre les deux instituions qui vont évoluer pour la première fois en même temps dans le pays.

La PNH marche sur des œufs. C’est le moins que l’on puisse dire d’autant que les autorités politiques n’ont pas apporté ces derniers jours un appui franc à l’institution policière.

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