Aurons-nous un jour le goût pour les choses sérieuses comme la croissance et l’emploi

Publié le 2017-11-23 | Le Nouvelliste

Editorial -

« Dans l’analyse des faits économiques contemporains, Haïti est l’un des rares pays qui, sans être en situation de guerre, se retrouvent sur un sentier de croissance quasi nulle sur une période accomplie de trente-six ans. Cette situation est statistiquement confirmée par une ligne de tendance du produit intérieur brut (PIB) de pente nulle jusqu’en 2011 et un taux moyen de croissance de 0,5% sur l’ensemble de cette période (1980-2016). » Ce constat est écrit noir sur blanc dans un petit mais instructif ouvrage publié par la Banque de la République d’Haïti en juin 2017.

Dans moins de cent pages « Un agenda monétaire pour la croissance et l’emploi » dresse un bilan inquiétant de notre situation économique, trace les contours de nos problèmes passés et à venir. Avec une croissance aussi faible, la fuite vers l’étranger de plus en plus de nos compatriotes et l’incapacité des dirigeants à faire décoller le pays s’expliquent aisément.

L’ouvrage, qui présente la vision procroissance du conseil d’administration de la Banque de la République d’Haïti, a été préparé par une équipe de rédaction composée de Jean Baden Dubois, le gouverneur de la BRH, de Ronald Gabriel, membre du conseil de la banque, de Hancy Pierre-Louis, ancien gouverneur adjoint de la BRH, de Ludmilla Buteau Allien et de Carl-Henri Prophète, deux cadres de l’institution.

Très technique, « Un agenda monétaire pour la croissance et l’emploi » se laisse lire facilement. Il passe en revue nos tentatives pour stimuler la croissance, analyse nos échecs, propose des pistes pour ne plus repasser par des chemins qui ont abouti à des impasses depuis 1980.

À regarder les graphes et à lire les rappels, on constate combien de fois les objectifs n’ont pas été au rendez-vous des résultats, combien de programmes n’ont pas été adaptés ou n’ont pas été totalement appliqués. Bien entendu, si les responsables ont souvent fait le lit des échecs de nos politiques économiques de ces trente-six dernières années, il y a aussi le poids des chocs internes sévères : la chute des Duvalier (1986), l’instabilité politique chronique, le coup d’État suivi d’embargo (1991-1994), le séisme (2010) et les autres catastrophes naturelles (2008-2016).

En offrant sur papier glacé « Un agenda monétaire pour la croissance et l’emploi », la Banque de la République d’Haïti jette dans le débat deux mots, croissance et emploi, qui sont absents de notre vocabulaire économique, des préoccupations de nos politiques et qui n’ont pas d’écho dans la population. Et pourtant, tout devrait être pensé et passer par et pour des programmes et des objectifs en vue d'atteindre plus d’emplois et une croissance soutenue.

La démarche louable de l’ouvrage ne le dit pas, mais souvent les solutions économiques se heurtent à l’inertie des acteurs politiques et au fait que l’on croit toujours que l’on aura le temps d’appliquer les solutions en donnant la priorité à la politique.

Nous sommes comme le malade convaincu que le traitement peut attendre car demain il doit faire la fête.

Réagir à cet article