Acculé dans le rapport PetroCaribe, Laurent Lamothe prévient qu’il ne se laissera pas faire

Publié le 2017-11-13 | Le Nouvelliste

National -

Le rapport de la Commission sénatoriale spéciale d’enquête chargée d’approfondir l’enquête menée par la commission Éthique et Anti-corruption du Grand Corps sur la gestion des fonds PetroCaribe, recommandant de mettre l’action publique en mouvement contre plusieurs ministres et haut fonctionnaires à l’encontre desquels ladite commission dit détenir des preuves pouvant les amener à répondre devant la justice, soulève, comme il fallait s’y attendre, une levée de boucliers de la part de tous ceux qu’il incrimine.

Accusé de forfaiture, concussion, détournement de deniers publics et soustraction de deniers publics par ce volumineux rapport de plus de 600 pages, Laurent Lamothe, ancien Premier ministre et ministre de la Planification et de la Coopération externe, se dit disposé, via son secrétariat particulier, « à confronter les données et passer en revue chaque mensonge avéré évoqué dans le cadre de ce rapport. »

En effet, dans un communiqué rendu public ce lundi 13 novembre 2017, « le Secrétariat particulier de l'ancien Premier ministre Laurent Lamothe rejette de façon catégorique les conclusions générales hâtives et les extrapolations abusives du rapport de la commission sénatoriale spéciale chargée d'approfondir l'enquête sur l'utilisation des fonds PetroCaribe, dirigée par le sénateur Evalière Beauplan ».

« Alors qu'aucune preuve irréfutable n'a été avancée pour justifier les allégations gratuites contenues dans ce document, le Secrétariat particulier constate avec une grande stupéfaction la désinvolture avec laquelle ladite commission a mené son travail en faisant totalement fi des principes d’éthique et d’impartialité qui devraient caractériser une telle démarche », peut-on lire dans ce communiqué dans lequel le Secrétariat de M. Lamothe dénonce également le caractère foncièrement subjectif et particulièrement préjudiciable de ce rapport d’enquête sénatoriale.

Quelques heures avant que ce communiqué ne soit rendu public, Laurent Lamothe avait, dans l’un de ses tweets, qualifié ce rapport de « véritablement scandaleux » qui passe, selon lui, de l’approximation de l’information à son invention pure et simple, de l’appréciation erronée au « mensonge » caractérisé. À sa deuxième lecture du volumineux document, l’ancien chef de gouvernement dit avoir repéré 44 erreurs factuelles flagrantes.

Le rapport avance que la construction du viaduc de carrefour de l’aéroport a été assurée par la firme LGL S.A. alors qu’en réalité elle a été exécutée par la firme dominicaine Estrella. Et il ne s’agit pas du dernier manquement contenu dans le rapport. Dans les pages qui suivent, les commissaires se sont trompés de devises en certifiant que la firme Picaso s’est chargée de la réhabilitation des rues Sance Scott et Enterrement à Ouanaminthe effectuée pour un montant de 63.7 millions de dollars américains en lieu et place de 63.7 millions de gourdes. Plus loin, les commissaires se sont encore trompés de devises sur le coût du contrat de la construction du local du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (CIMO).

Le contrat de construction du lycée Toussaint est bien de 8 millions de dollars américains et non pas 4.2 millions de dollars, rectifie l’entourage de Laurent Lamothe. « Dans le domaine des travaux de construction d’infrastructures routières, ce sont les spécificités topographiques qui déterminent la quantité des travaux à effectuer et non le prix moyen par kilomètre », explique le secrétariat particulier de Laurent Lamothe à la commission qui avait pris pour étalon les travaux de réhabilitation de la route Freycineau/Saint-Marc – Bigot /Gonaïves pour dénoncer la surfacturation des travaux de réhabilitation de la route Miragoâne / Petite-Rivière-des-Nippes.

De plus, le Secrétariat privé de M. Lamothe ne s’explique pas le fait que l’audit des ressources financières générées par le fonds PetroCaribe ne tienne compte que de 13 résolutions, adoptées du 20 septembre 2008 au 6 janvier 2016, tout en choisissant délibérément de ne faire aucune mention de la 14e résolution adoptée sous le gouvernement provisoire de Jocelerme Privert le 28 septembre 2016 pour un montant de 33.2 millions de dollars.

Ainsi, le Secrétariat particulier de Laurent Lamothe « condamne avec la plus grande véhémence la manipulation avérée et la calomnie des rédacteurs du document qui se sont évertués à construire une vaste machination dont l’objectif premier est de ternir la réputation des anciens hauts fonctionnaires de l’Etat mis en cause ». Il ne peut pas accepter que l’on fabrique des “faits”, que l’on monte des “cas” de toutes pièces et que l’on fomente de fausses allégations avec des motivations politiques obscures.

Les trois principaux chefs d’accusation relayés par ledit rapport contre l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe n'ont fait l'objet d'aucune vérification rigoureuse, dénonce le communiqué, prouvant ainsi la négligence, voire la mauvaise foi des rédacteurs du document. Dans ces conditions, l'ancien chef de gouvernement s’interroge donc sur les véritables motivations de cet exercice qui constitue une fois de plus, selon lui, un prétexte fallacieux pour acculer des citoyens qui ont servi leur pays dans le contexte difficile de l'après-séisme de 2010 en tentant de ternir leur image et d’occulter leurs réalisations.

S’il demeure immanquablement attaché au principe républicain de reddition de comptes, Laurent Lamothe ne cache pas sa détermination à faire luire la vérité dans le cadre de ce dossier présenté par la Commission sénatoriale spéciale d’Enquête qui réclame des poursuites judiciaires contre sa personne pour un ensemble d’infractions prévues et punies par le code pénal haïtien et la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption.

« Les commissaires utilisent la loi de 2014 sur la suppression de la corruption pour des contrats signés en 2010, 2011 et 2012 », n’a pas manqué de signaler l’ancien Premier ministre Lamothe, qui voit là encore une fois une faille technique puisque cette loi n’est pas rétroactive.

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