La communauté internationale mérite une leçon en Haïti

Publié le 2017-11-27 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Lorsque la communauté internationale s’érige en maître de nos décisions, nous avons le devoir historique de riposter et de faire résonner l’expression de notre quête de souveraineté nationale ainsi que notre sens pratique de questionnement. Demandons-nous : N’est-ce pas la douce dictature de l’international communautaire qu’ont connu certains pays du continent africain dont la Guinée, le pays même de Mamadou Diallo ? Cet acte banni par la morale du droit international public, mais hypocritement permis par la politique au regard de l’histoire, n’aurait- il rien à voir avec le 18 novembre 1803, date où l’armée indigène a remis la raclée à celle de Napoléon? Prenons comme élément illustratif la question de l'armée, entre autres, pour montrer que la communauté internationale mérite une leçon en Haïti. À qui l’institution militaire profitera-t-il, à l’ONU ou à Haïti ?

La Minustah est partie. Sans savoir que la domination de la communauté internationale est un vrai caméléon, qui change de forme et de couleur à chaque fois que ses propres intérêts l’exigent, des compatriotes se sont mis à fêter une forme de victoire. Prestige et Barbancourt ne rataient pas l’occasion d’être sur la table. Il fallait le voir. Subitement, la Minujusth surgit et, sans que les pieds ne soient encore dans le plat, avec la fameuse prétention de renforcement institutionnel, Mamadou Diallo a filé sa première carte d'insulte en affirmant que la Minujusth n'opte pas de travailler avec la nouvelle force de défense. Le message du diplomate est compris. Cela laisse couler un ruisseau de perplexité et de préoccupation nationale. Aucune décision, pour un pays qui veut être véritablement libre et se protéger lui-même comme Haïti, ne peut être vidée de force, de conviction et de lucidité patriotique.

S’il faut répondre à une ingérence flagrante et gratuite, ce n’est pas à Mamadou Diallo que la réponse se donne, car ce dernier n’est qu’un pion sur l’échiquier de l’ONU, mais aux membres du secrétariat qui sont des héritiers de cette institution qui sème l’ingérence partout en Afrique et dans certaines contrées de l’Asie. Si c’est à l’ONU de dire quelle politique adopter en matière de sécurité et de renforcement des institutions, est-ce là du soutien à Haïti. Ce n'est pas à l'ONU, ni à aucune organisation internationale, ni à aucun autre État de dire quelle politique doit être conçue et mise en œuvre en Haïti. Rien ne doit compromettre le respect de la souveraineté. Pas même l’ouverture à la coopération internationale.

Dans le pays de tous ces missionnaires de l'ONU, il y a bien une armée et ils en connaissent bien l'importance, pourtant la Minujusth n’a pour mission que d’accompagner la police nationale et les institutions de l’appareil judiciaire. Mamadou Diallo demeurerait cohérent avec la mission officieuse de l’ONU, à savoir celle d’escamoter les éléments fondamentaux ou les éléments géno-structuraux de la crise des institutions qui lui servent de prétexte continuellement pour se faire un siège en Haïti. C’est tout à fait logique.

Une frange de la communauté internationale veut continuer à défendre ses intérêts en alimentant l'insécurité en Haïti et ne saurait manifester de motivation guidée par les principes supérieurs d'entraide entre les peuples en soutenant la formation de l’institution militaire: car il n’y aurait plus de place pour elle.

C’est proportionnellement raisonnable que les Haïtiens se font l’honneur autour de cette date capitale, le 18 novembre 2017, qui marque indélébilement les premiers jours de la liberté et de la souveraineté nègres dans un contexte historique inimaginable. Quand on a la référence de 1803-2003 (200 ans), et la mémoire de ce qui s’est produit, on a de quoi penser notre politique, concevoir l’avenir avec les voies concertées que nous estimons être nôtres.

Malheureusement, les Haïtiens ont la mauvaise tendance de considérer les choses en fonction de leurs intérêts mesquins. C'est ce qui arrive avec certains hommes politiques, farouches opposants au pouvoir Tèt Kale, et des anciens militaires dans cette démarche du gouvernement de remettre sur pied la force de défense nationale. Les élites haïtiennes, si elles doivent continuer à mériter ce nom, se doivent de cultiver l'éthique de la responsabilité en supportant les projets fondamentaux pour la nation et de nature nationaliste, comme celui du retour effectif du Corps militaire. En ce sens, le président Privert a eu raison de ne pas inviter l'international dans les grandes décisions pour la réalisation des élections en 2016.

Quant aux positions relatives à la remobilisation de l’institution militaire qui s’approche, la réalités est qu'elles se rejoignent toutes là où le contexte national, la réalité géopolitique haïtienne et la conscience patriotico-nationale admettent le retour des FAD'H. La majorité des débats entrepris nous le prouve empiriquement. Les Haïtiens, même ceux qui protestent contre la politique du gouvernement, optent pour la remobilisation de la force de défense nationale. Ce qui pousse à comprendre que tout le monde est à la recherche d’un vrai projet national. Il reste seulement que nous le signifions aux étrangers qui ne sont pas encore guéris des réflexes pathologiques néocolonialistes.

Au final, la réponse à l’ONU est à la fois claire et de couleur patriotique: la Minujusth n'aidera point les couches haïtiennes miséreuses à se créer des lendemains meilleurs ni à désarmer ces bandes armées qui ne cessent d'endeuiller les familles ici. À travers la Minujusth, vous vous défendez par une diplomatie stérile qui se déshabille au fur et à mesure. Vous ne sauriez supporter l’institution militaire, car il est éloquemment évident que votre intérêt ne s'y trouve pas. Mais nous, il est de notre intérêt d'avoir cette force qui complètera harmonieusement la PNH.

Ginette Marie-Paul Thelemaque Professeur, Patriote 10 novembre 2017 Auteur

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