De Georges Anglade à Etzer Emile, Haïti a-t-elle choisi de devenir et de rester un pays pauvre ?

Publié le 2017-11-08 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le géographe Georges Anglade a écrit dans « Eloge de la pauvreté » (Ochan pou malere), son discours de réception du Prix international 1983 pour la catégorie ''Atlas et cartes'' : « Je n'ai trouvé digne d'éloge que la pauvreté ; pas la misère repoussante et abjecte, inacceptable dans sa négation de la dignité humaine, mais la pauvreté, celle-là même dont l'omniprésence semble être la manière la plus sûre de se cacher. Avec acharnement, on a voulu la transformer sans jamais questionner ce qu'elle pouvait receler de savoir-faire dans la survie, ce qu'elle pouvait avoir accumulé de pratiques dignes d'être le point de nouveaux départs. On a su la décrire sans la comprendre, la plaindre sans la respecter, et surtout l'amalgamer à la misère pour mieux désamorcer l'alternative dont elle est pleine, alors qu'il fallait tout simplement lui demander les voies et les moyens du désenveloppement des opprimés pour une démocratisation qui ne tarde que trop.

C'est ce parti pris qui a été le nôtre, la rupture d'avec le misérabilisme et la folklorisation des approches de la pauvreté pour fermement souscrire à l'effort d'habiter cet objet d'étude de la dignité épistémologique encore réservée aux grandes questions des grands de cette terre. Si la misère persiste et se colle toujours à nous, c'est que nous n'avons pas choisi de partir de la pauvreté, mais des méthodes de travail et des modes de penser de la richesse ; c'est l'envers obligé de ce mythe fondateur de la modernité d'une richesse possible pour tous et chacun alors que cette illusion se heurte partout au réel têtu. »

Si la pauvreté et même la misère sont omniprésentes chez nous, rares sont les hommes de pensée qui s’attellent à les décortiquer.

34 ans après Georges Anglade, un jeune économiste se jette à l’eau la semaine prochaine. Etzer Émile, après des études en économie ici et ailleurs, fort de son expérience d’enseignant d’université et de cadre dans des entreprises et institutions d’ici, a décidé de proposer sa lecture de la pauvreté d’Haïti vue au travers du prisme de l’économie.

Avec son livre, « Haïti a choisi de devenir un pays pauvre. Les vingt raisons qui le prouvent », publié par Les Presses de l'Université Quisqueya, Etzer Emile dresse et partage un diagnostic simple et clair de nos problèmes. Emile s’inscrit sur la courte liste des nouveaux économistes et des analystes de la politique économique de notre pays. Cette radiographie des sources de la pauvreté haïtienne permettra de mieux chercher des solutions si nous ne souhaitons plus, après l’être devenu, rester un pays pauvre.

Selon les mots de Fritz Alphonse Jean dans la préface de l’ouvrage, « Les vingt raisons évoquées par l'auteur ne doivent pas être comprises comme des recettes pour des solutions toutes faites, mais surtout un questionnement sévère de la participation de nos élites dans l'affaiblissement de l'État nation, et l'accompagnement complice des amis d'Haïti dans ce processus de désinstitutionalisation. Economiste et ancien gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Fritz Alphonse Jean sait de quoi il parle.

Sur la liste des raisons relevées par Etzer Emile pour prouver que « Haïti a choisi de devenir un pays pauvre… », il y en a qui sont des causes de pauvreté, d’autres des conséquences de la pauvreté. Il y a aussi des justificatifs, ou mieux, des explications historiques à certains choix, à certaines dérives. Sur 254 pages, avec un cadre théorique, des graphes et tableaux, une segmentation par chapitre pour chaque raison, Etzer Emile fait une œuvre qui fera date. Sinon pour aider à trouver les solutions, au moins pour donner du corps au débat sur la pauvreté en Haïti.

Le 15 novembre Etzer Emile signe son livre, tous on pourra se jeter dans la lecture, le débat et même la recherche de solutions.

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