L’ONU a-t-elle la volonté de lutter contre le choléra en Haïti ?

Publié le 2017-11-06 | Le Nouvelliste

Editorial -

En visite en Haïti pour trois jours, la vice-secrétaire générale de l’ONU, Amina J. Mohammed, accompagnée de l’Envoyée spéciale du secrétaire général pour Haïti, Josette Sheeran, a réitéré l’engagement de l’organisation mondiale de lutter contre le choléra et de trouver des solutions pour son éradication. Depuis plusieurs années, les officiels de l’ONU qui visitent Haïti tiennent ce discours sur l’épidémie de choléra sans parvenir à des actions concrètes. Depuis deux ans, l’ONU lance des appels de collecte de fonds sans succès aux Etats membres pour lutter contre le choléra en Haïti. S'agissant du passage de la MINUSTAH à la MINUJUSTH, l’ONU trouve les fonds nécessaires pour entretenir cette mission.

Créée par décision du Conseil de sécurité, à travers la Résolution 2350, la MINUJUSTH a pour mandat d’appuyer et de développer les capacités de la Police nationale d’Haïti et de suivre la situation en matière des droits de l’homme. Selon toute vraisemblance, il ne s’agit pas d’un nouveau mandat confié à la MINUJUSTH, mais de la poursuite d’une partie du mandat de la MINUSTAH attribuée à cette nouvelle mission. Si elle annonce le début du désengagement de l’ONU en Haïti, il y a lieu d’interroger la raison d’être de ces 1 275 policiers. Ce n’est pas la MINUJUSTH qui va développer les capacités de la Police nationale d’Haïti. Pendant les 13 ans de la MINUSTAH, l’encadrement nécessaire a été fourni à la PNH. Cette nouvelle mission ne peut qu’appuyer et consolider les acquis de l’institution policière haïtienne.

Considérée comme une mission de transition, la MINUJUSTH ne saurait constituer une option pour l’ONU de se désengager en Haïti sans trouver les voies et moyens nécessaires de lutte contre le choléra et son éradication. Les engagements pris par la vice-secrétaire générale de l’ONU, Amina J. Mohammed, pour trouver une formule innovante afin de financer les infrastructures hydrauliques et sanitaires peuvent contribuer à rendre les zones marginales moins vulnérables aux épidémies. Critiquée partout pour l’introduction de l’épidémie de choléra en Haïti, occasionnant la mort d’environ 10 000 personnes et contaminant plus de 800 000 autres, l’ONU se voyait embarrassée de mettre fin au mandat de la MINUSTAH sans laver les souillures laissées sur le territoire national. D’ailleurs, les études qu’elle a commanditées ont confirmé sans équivoque la responsabilité du contingent népalais de la MINUSTAH dans la contamination de la rivière Meille de Mirebalais qui se jette dans le fleuve Artibonite.

Si rien ne laisse croire que les contributeurs vont délier les cordons de la bourse pour les 200 millions de dollars sollicités par l’organisation mondiale, il est inconcevable de voir le secrétaire général mettre fin au mandat de la MINJUSTH sans dédommager les victimes du choléra et son éradication sur le territoire national.

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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