Recension critique

« Briganday Lakansyèl » de Ricarson Dorcé

Publié le 2017-11-13 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens

22 octobre a marqué la Journée internationale du créole. Le créole est devenu « une nation », comme l’a si bien dit l’autre. Un lieu de rencontre de peuples, de langues créoles diverses. Et un mélange d’autres langues et un arc-en-ciel de communautés linguistiques. Des diplomates, des organisations internationales, de simples citoyens, etc. se donnent une raison pour prendre le goût de la langue du peuple : pas seulement d’Haïti, mais de différentes cultures (indienne, martiniquaise, guadeloupénne entre autres).

C’est cette mise en commun que nous célébrons en présentant le recueil de Ricarson Dorcé, « Briganday Lakansyèl ».

N’importe quel autre recueil aurait pu nous attirer, mais ce livre affiche une particularité : sous des dehors apparemment banals, il campe un état d’âme. L’âme d’un peuple. L’âme d’un poète exprimant ce qu’on appelle carrément le « briganday » de certains hommes du peuple. Dans un langage simple, coulant, il joue sa lyre de poète. Il surprend, il est parfois insolent dans certains vers. Menaçant. Sans être choquant.

« Solèy la leve,

m reveye ak bouch mwen nan pwent lang ou.

M souse l tanzantan.

Lang ou s on dous makòs.

Jwèt lang se jwèt mò rèd. » (Jwèt lang)

Ce souci de l’autre l’habite, surtout la place qu’occupe le solèy dans sa poésie :

« M klere tankou solèy

K ap klere chak kote Limite mete pye l » (Kalòj)

« Tout lyann nan bwa se Yemaya

Yemaya se tout lyann nan bwa.

Yemaya se nan sèl pèlin m pran.

Yemaya se lyann nan bwa m ! » (Yemaya)

Le poète ne peut s’empêcher de questionner ceux qui viennent de loin. Ceux qui tombent du ciel pour ce morceau de sa vie :

« Konsa pou mwen,

p ap gen parèy ou okennn kote. » (Labanyè).

Peut-être que le lecteur se perd dans la poésie, le côté poétique du recueil. Cependant les significations, les implications de certains textes, Ricarson Dorcé entend les faire passer. Ainsi :

« Pafwa lavi vann ou

San papye » (Lavant).

Il a rendu à la lutte populaire :

« Pèp se Solèy

Pèp se kòk

Pèp p ap sispann goumen

Je kreve pa fè pèp sispan goumen » ( Pèp se kòk gadyè).

Ricarson Dorcé a ouvert la langue créole à toutes les formes de discours. Marqués davantage de l’espérance. Pourtant, c’est le soleil de l’amour qui l’éclaire dans ses ébats ou démêlés.

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