Un protecteur du citoyen pour protéger qui?

Publié le 2017-10-30 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le président de la République a-t-il fait un choix heureux en nommant Renan Hédouville au poste de Protecteur du citoyen ? Sera-t-il un homme d’action ou d’inaction ? On le saura très vite. On saura surtout qui il va protéger. Le gouvernement ou les citoyens? L’Office de protection du citoyen, dont il va avoir la charge, est une institution indépendante créée par la Constitution de 1987 dont le but est de protéger tout individu contre toutes les formes d’abus de l’administration publique (réf. : article 207 de la Constitution).

Le poste de Protecteur du citoyen n’a de sens que si celui qui l’occupe est prêt à se mettre entre l’État et les hommes et les femmes de ce pays, les plus faibles en priorité. Cela fut rarement le cas depuis que la Constitution de 1987 a donné naissance à cette institution.

Le Protecteur du citoyen a surtout la mission de s’interposer entre les actions et les manquements du gouvernement et la population. Pour éviter que le poids des chefs n’écrabouille les intérêts des gens normaux. Cette mission fut très très très rarement remplie par ceux et celles qui ont été nos protecteurs. L’article 3 de la loi portant organisation et fonctionnement de l’Office de la protection du citoyen, publiée dans le journal officiel Le Moniteur du 20 juillet 2012, dispose: « L’OPC est une institution nationale de promotion et de protection des droits humains tel qu’entendu par les principes de Paris. »

Dans le cas de Renan Hédouville, un fonctionnaire réputé proche de l’administration Moïse-Lafontant, quoiqu’issu de la grande famille des droits humains, on attend déjà des miracles. Sera-t-il à la hauteur des attentes en souffrance en Haïti depuis que l’administration américaine du président Jimmy Carter a insufflé la question des droits de l’homme dans notre bagage de citoyen?

Avant même qu’il ne prenne fonction, le nouveau Protecteur du citoyen a déjà sur son bureau les débordements du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince qui interdit de départ ceux dont il n’a pas… l’adresse. Cette affaire ne concernerait que les concernés si cette mesure ne risquait pas de s’appliquer contre 99% des Haïtiens de ce pays. Empêcher que cette pratique d'interdiction de départ ne devienne la norme, voilà une belle mission pour un Protecteur du citoyen dans un pays où aucune loi ne permet d’interdire à quiconque de sortir du territoire et où l’État défaille à nommer les rues, à numéroter les maisons, à donner les actes d’état civil.

Le nouveau Protecteur du citoyen ira-t-il jusqu’à dire au commissaire du gouvernement qu’il n’est pas de son ressort d’enquêter sur la gestion d’un ministre ou d’un haut fonctionnaire et par ainsi prouver que son règne sera différent de celui de ses prédécesseurs?.. Attendons voir. Sans vouloir croire que le poste de Protecteur du citoyen attribue l’indépendance à celui qui occupe la fonction, on espère qu’il amènera du changement dans les pratiques.

En parlant de changement, que pourra le Protecteur du citoyen pour contrer l’envie irrépressible du secteur judiciaire d’encombrer les couloirs et les geôles du monde pénitentiaire de prisonniers qui ne devaient pas être en cellule ? Renan Hédouville aura-t-il la bonne méthode pour vider nos prisons de la maladie de la détention provisoire prolongée et des accusés jamais jugés ?

Grâce à Renan Hédouville, Haïti va-t-elle pouvoir prouver aux Nations unies que nous pouvons faire la lessive des linges sales de notre justice et faire le ménage pour implémenter les réformes que les Experts indépendants sur la situation des droits de l’Homme en Haïti, nommés par le Conseil des droits de l’homme, nous réclament depuis des années ?

On pourrait continuer à l’infini la liste des attentes qui concernent le nouveau Protecteur du citoyen. Espérons que ce mardi en prenant fonction, celui qui a un mandat de sept ans, donnera le ton dans son discours de circonstance. Espérons que, pour bien lancer sa mission, il prendra des engagements fermes et mesurables et essuiera les accusations dont il fait l’objet de la part de certaines organisations du secteur des droits humains.

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