Ticket Magazine et nous…

Publié le 2017-10-27 | Le Nouvelliste

Editorial -

Ticket Magazine, le podium des stars, a soufflé sa quinzième bougie le 26 octobre 2017. Autour de Frantz Duval, tout au long de ces quinze ans, des journalistes talentueux, des photographes, des chroniqueurs, des graphistes ont sondé nos plaisirs, raconté nos bonheurs aux carnavals, dans les bals, les festivals et autres évènements grand public et tout public. Sur une piste de danse, des corps enlacés sont passés à l’histoire grâce à un cliché. Ceux qui croquent la vie à pleines dents, en Ticket ont trouvé plus qu’un miroir, un album public-privé de leurs moments de folie. Se voir, se savoir être vu, radieux, sous ses plus beaux attraits, sont des clauses de ce pacte tacite entre Ticket et ses lecteurs souvent acteurs. « Tout kote gen fèt », Ticket s’est fait le devoir d’être là pour suivre des artistes confirmés, être le témoin et le premier projecteur braqué sur des débutants. Ticket n’a pas raté le train de la critique nécessaire.

Enfoncer la plume dans la plaie du kitch, des œuvres bâclées, des artistes pressés, des performances foireuses a suscité bien des animosités. Les palmarès de l’été, de la fin de l’année et des performances au carnaval ont déchaîné des passions. Des vivats et des avalanches d’invectives ont couvert la rédaction qui, de bon cœur, fait, dit, critique, sans se retrancher derrière l’infaillibilité du regard de ses journalistes. Tout le monde peut se tromper. Les relations fiévreuses avec le public, avec les artistes sont préférées à l’indifférence. En cela, sans avoir la grosse tête, Ticket Magazine est devenu une référence. Le journal, sans tabous, a débattu de tous les sujets. En Une, des artistes, des créateurs, ont parlé de leur art, de leur vie sans a priori, velléité inquisitrice par rapport à ce qui se passe dans leur lit. Quand, disposés, certains font leur coming-out, sortent du placard, leurs témoignages sont consignés. Comme pour le rap hier, le rabòday aujourd’hui, Ticket Magazine est un témoin de son temps et des tendances. Des stars de ses Unes ont converti, pour le meilleur ou pour le pire, leur popularité en dividende politique. De Michel Martelly à Jacques Sauveur Jean, de Garcia Delva à Nice Simon, en passant par Caleb Desrameaux ou Antonio Chéramy ( Don Kato), beaucoup ont fait le saut en politique.

A l’inverse, des politiques, des chefs d'État, dont le discret René Préval, le réservé Boniface Alexandre, les premières dames Sophia Martelly, Martine Moïse..., l’immense Lesly Manigat, ont ouvert les portes de leur intimité, raconté leurs amours, leurs chagrins, leurs premiers baisers. L’exercice a humanisé, lissé l’image de ces gens guindés, contraints d’évoluer dans le corset d’un décorum un peu perdu aujourd’hui. Moïse Jean Charles, l'une des figures politiques marquantes de ces dernières années en Haïti, s'est ouvert à Ticket comme nos meilleures plumes aussi dont Francketienne, Kettly Mars, Yanick Lahens, Gary Victor, Dany Laferrière, les sportifs qui ont fait battre nos coeurs, porté nos couleurs dans des compétitions internationales. Ils sont eux. Ils sont à nous et avec nous aussi à travers Ticket Magazine.

Si Ticket Magazine a couvert nos jours heureux, il est là quand, la gorge nouée, le fan fait ses adieux à son artiste préféré. Sur les numéros consacrés à Ginou Mondésir, brutalement assassinée, à la fin tragique des rappeurs de Barikad Crew dans un accident de la route, des torrents de larmes ont coulé. Parce qu’il faut vivre en sachant qu’un jour, raide, notre corps sera enterré six pieds sous terre, Ticket Magazine continue de chevaucher la vie avec ses lecteurs. Sur tous les écrans, presque sur tous les réseaux à défaut de l’imprimé. Il a fallu s’adapter, trouver un nouveau modèle quand, bien qu’attentifs au succès du Magazine, les annonceurs ne se sont pas bousculés aux portillons des annonces à faire pour que l’argent arrive dans les coffres.

Le podium des stars, pour certains, a laissé certains champs en jachère. Il ne promeut pas assez la culture fine. Ces critiques sont peut-être fondées. Cependant, en attendant une politique culturelle, le pullulement de vraies écoles de musique, d’écoles de beaux arts correctement encadrées, Marinad 007 avec Madan papa, G-Vens de regrettée mémoire n’ont pas volé l’amour du public, la popularité d’une saison, loin de celle, durable, éternelle, de Tabou Combo que le pays peine à honorer comme il se doit pour ses cinquante ans. Ticket Magazine, depuis sa première année, a fait part de ses ambitions. Il a vu grand, fait grand, offert au public miroir et exutoire. Peu de gens retiendront que Ticket Magazine a traversé les années noires d’après février 2004, s’est remis en ordre de marche après le tremblement de terre du 12 janvier qui a fauché artistes et promoteurs, danseurs et bons vivants. L’aventure s’est poursuivie. En culotte courte en 2002, de jeunes femmes et de jeunes hommes portent aujourd’hui le flambeau, avancent, pétris par le souci d’un public à informer… Parce qu’ils savent qu’il y a ce compagnonnage, parce qu’ils savent qu’il y a Ticket et nous…

Bon 15 ans Ticket!!!

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