Comment espérer un menu différent avec la même recette ?

Publié le 2017-10-25 | Le Nouvelliste

Editorial -

Celui ou celle qui vit rêve d’un lendemain meilleur. A chacun ses rêves, ses projets, selon ses ambitions, ses moyens entre autres. Rêver ici ou ailleurs, l’objectif reste le même. Ici, les plus courageux (ou les moins résistants ?) partent. Comment convaincre un jeune qui a bouclé ses études universitaires, diplômes sous les bras, de continuer à espérer un cadeau de Noël qu’il n’obtiendra peut-être jamais ? Avec un taux de chômage élevé et une économie dominée par l’informel, il est évident qu’il reste plusieurs milliers de kilomètres à parcourir sur cette route du progrès, qui amène à la destination souhaitée. Réaliste à défaut d’être fataliste.

Les économistes s’accordent sur ce point : le secteur privé est le plus grand pourvoyeur d’emplois dans tous les pays. Parler d’emploi c’est parler d’investissements. Investissements directs étrangers (IDE) pour rêver plus grand. Pourtant, ce n'est pas suffisant. Un nouveau rapport de la Banque mondiale vient de mettre la puce à l’oreille des pays en développement. La leçon est sans appel : « La compétitivité d’un pays en termes d’investissements ne se résume pas aux flux d’IDE dont il bénéficie. Elle est déterminée par son aptitude à attirer et conserver les investissements privés pour servir de levier à une croissance économique durable et solidaire. »

Les troubles politiques sont toujours évoqués comme principaux obstacles aux investissements directs étrangers, facteurs de croissance économique. La stabilité politique est certes un facteur mais elle n’est pas le seul indicateur. Environnement juridique et réglementaire ; vivier de main-d’œuvre qualifiée ; bon état des infrastructures ; stabilité macroéconomique et taux de change plus ou moins stable ; accès à la terre ou l'immobilier…

Sans citer certains pays directement, Haïti doit mettre ses devoirs au propre dans l’ensemble de ces indicateurs. Depuis plusieurs mois, la justice marche avec des béquilles. Des grèves en cascade qui n’en finissent pas, pour la même revendication : meilleures conditions de travail. Avec une justice aussi malade nécessitant une vraie réforme, le budget national suffirait-il pour aplanir cette montagne ? Idem pour la santé ou encore l’éducation.

Sans s’en rendre compte peut-être, des faits que nous considérons comme des détails ont des répercussions sur la croissance économique. Outre la stabilité politique (telle qu'elle est soulignée dans le rapport de la Banque mondiale), la sécurité et un environnement juridique et réglementaire prévisible font partie des caractéristiques décisives des choix des multinationales au moment d’engager des fonds dans un nouvel investissement. Ces aspects sont même considérés comme des facteurs plus déterminants qu’une fiscalité avantageuse ou une main-d’œuvre bon marché. Les autorités judiciaires ont ainsi intérêt à se montrer à la hauteur de leur tâche. Plus qu’un simple emploi.

Stabilité macro-économique et taux de change plutôt stable, dit-on ? Avec deux monnaies (la gourde et le dollar) en circulation, comment vraiment réguler ? A-t-on la volonté de le faire avec cet amour fou pour le dollar, vecteur de fuite de capitaux – comme cela a été révélé dans une étude parue en 2014 que les pays en développement ont perdu environ 1 000 milliards de dollars en 2011, transférés illégalement vers les pays développés ?

Au moment où certains pays (africains notamment) s’activent, se fixent des objectifs ambitieux, nous autres, nous continuons sur notre lancée depuis des décennies dont on connaît tous les résultats. Des turbulences politiques à n’en plus finir, une machine de corruption toujours en marche, production de nouveaux riches illictes à chaque nouvelle administration ou chaque gouvernement… Il est temps de se secouer, de fixer les responsabilités, de chercher à mieux faire.

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