Pacte de fidélité envers mon pays

Publié le 2017-11-13 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

On te reproche d’être, sans relâche, la source de frustrations de toute une génération sur plusieurs décennies ;

On te reproche de ne rien offrir à cette génération montante qui a soif d’innover et de te tendre la main ;

On te reproche d’atrophier le cerveau de tous ceux qui veulent atteindre l’apogée de la réussite ;

On te reproche d’être complice de la médiocrité qui exsude dans nos écoles, nos universités et nos administrations ;

On te reproche de susciter, chez les professionnels, le sentiment d’indignation et de répulsion face au cynisme sans borne de ta mauvaise gouvernance ;

On te reproche de mépriser les fruits de tes entrailles, les stimulant à chercher la fibre maternelle au Brésil et au Chili ;

On te reproche d’être l’auteur des inégalités sociales, l’ennemi #1 de la solidarité intergénérationnelle ;

On te reproche de traiter et de juger les membres d’une même fratrie avec partialité ;

On te reproche de mettre la classe dirigeante sous les verrous de la lutte de pouvoir ;

On te reproche de saboter la vie de ceux qui émergent surtout quand leur réussite te renvoie à la figure ton propre échec ;

On te reproche de propulser sur la scène publique les acteurs de la platitude ;

On te reproche de jouer la mélodie du comportement antisocial au piano de l’ignorance ;

On te reproche de maintenir tes héritiers dans la pauvreté en utilisant le fouet du chômage ;

On te reproche de promouvoir le manque d’infrastructures sanitaires par volupté sadique ;

On te reproche de te plaindre tout le temps de ta condition n'avoir rien fait pour changer ta vie.

Toutes les charges retenues contre toi établissent ta culpabilité et justifient, a priori, le phénomène migratoire actuel. Mais sache que je ne t’abandonnerai pour rien au monde.

Malgré les traumatismes transgénérationnels que tu m’as légués :

Je choisis de lâcher prise en consacrant mon énergie à des activités utiles et gratifiantes pour sauver ton image au lieu de rester bloqué dans les mêmes réflexes destructeurs ;

Je choisis de sortir de ma zone de confort pour participer à ta renaissance politique et sociale au lieu de chercher le coupable ou de jouer à la victime ;

Je choisis d’arrêter de me perdre dans des broutilles et agir en acteur de changement au lieu de courtiser l’inconnu pour te prédire un destin funeste ;

Je choisis de t’offrir mon savoir, mon courage et mon zèle au lieu de me doter d’un masque fuyant ;

Je choisis de me focaliser sur tes siècles glorieux, sur la beauté de ta flore et de ta faune, sur tes sites touristiques au lieu de répéter des paroles pétrifiantes pouvant prendre valeur de prophétie ;

Je choisis de te rendre hommage comme tribut de ma dette impayée pour mon équilibre identitaire au lieu d’avoir honte de ce qui fait défaut chez toi ;

Je choisis de supporter les joutes verbales, les regards de pitié qui fusent de toute part au lieu de te tourner le dos et d’effacer ton empreinte nationale qui me rappelle mes origines ;

Je choisis de rester avec toi malgré tes faibles moyens au lieu de me réfugier dans les bras d’une mère sociale qui ne peut pas m’aimer mais qui s’assure du respect de mes obligations envers elle ;

Haïti, je choisis de t’offrir ma vie en rançon plutôt que de cohabiter avec des artificieux au cœur endurci et à l’âme impitoyable.

Nydia Benjamin Auteur Gestionnaire, Spécialiste en Ressources Humaines Auteur

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