Karibe convention center/ 20 octobre 2017/ chanson

Oublier l’ennui, la grisaille le temps d’une chanson

Publié le 2017-11-10 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard

« Une chanson c’est peu de chose/ Mais ça vous repose/ Et ça vous dispose/ On en prend la cause » ( Les compagnons de la chanson)

« Une chanson / Pour un peu de rêve à l’unisson/ Une chanson/ Pour sourire aux cœurs et sans façon/ Une chanson / un petit poème sans illusion/ Une chanson/ Pour te dire « Je t’aime à ma façon » (Alain Barrière)

« Longtemps, lontemps, longtemps après que les poètes ont disparu / Leurs chansons courent encore dans les rues » (Charles Trenet dans « l’âme des poètes »).

Chanson. Simple chanson des rues et des bois comme le dit le grand Victor Hugo ; chanson des métiers et des marchands ambulants, comme le « son prégon» cubain, « el manicero », ou le récent succès « palito de coco ». Chanson satirique et politique ; chanson lyrique et poétique ; chanson d’amour et chanson polissonne. Romances et grivoiseries. Chanson légère ; chanson grave et triste ; chanson comique et de fantaisie.

Tous les thèmes et tous les tons

Voici la sublime samba et la bossa-nova brésiliennes. Voici la chanson espagnole, le boléro sans égal dans la romance. Voici les chansons anglaise et américaine à la musique soignée et dominante. Voici la chanson populaire allemande ou « Volkslied ». Il y a la chanson créole chaude au rythme sensuel et chaloupé ; aux paroles malicieuses et coquines.

Il y a enfin la chanson française, souveraine, inégalable, imbattable dans le souci de la qualité des paroles. Elle exagère parfois sur ce point : elle en vient souvent à mettre au second plan, à sous-estimer l’importance de la musique et de la voix. A ses risques et périls,- lorsque ses vedettes se produisent à l’étranger et sont alors penaudes, déçues de l’accueil qui leur est fait. Chanson française qui nous est chère. Chansons populaires dépouillées ; chansons élaborées ou « art songs », comme l’aurait dit feu Gérald Merceron.

C’est tout cela que nous ont proposé les frères Cavé, Guy, Carlo et Syto, le vendredi 20 octobre en soirée, au Karibe convention center ». Ralph Thamar, Mélissa Dauphin, Alan Cavé, Réginald Lubin nous ont envoûtés du timbre de leurs voix. Ils étaient accompagnés par Réginald Policard (piano et claviers), John Bern Thomas (batterie), Maxime Lafaille (trompette), Richard Barbot (basse électrique), qui nous ont également enchantés par deux morceaux instrumentaux à part leurs soutiens et commentaires dans les pauses des chansons.

C’était un spectacle en deux parties séparées par une courte intermission.

Film de la soirée

En dépit d’une sonorisation non optimale, de problèmes d’acoustique et d’écho qui l’ont affectée, la première partie du spectacle nous a grandement satisfaits et récréés. C’est Réginald Lubin, l’un des chanteurs, qui sert de presentateur et M.C. Il introduit Réginald Policard qui s’installe au clavier du piano « Roland» face au public pour broder sur une mélodie. John Bern Thomas, peu de temps après, ainsi que Barbot pointent sur la scène, tandis que Syto Cavé en voix «off» récite un poème.

Alan Cavé nous chante une première chanson, sorte de ballade «pop» aux paroles créoles et aux harmonies simples. Maxime Lafaille, avec sa trompette complète les musiciens qui accompagnent une deuxième chanson de style konpa, devant quelque chose au tube américain « Yes, I am on my way ». Les paroles créoles nous disent quelque chose comme « Malgré tou sa m pase, chak fwa m’ wè w ». Il y a les commentaires solos de Lafaille et Policard.

Mélissa Dauphin fait son apparition, avec un autre « look » pour nous charmer dans une version bossa-nova de la chanson « You must believe in spring » (la chanson de Maxence), tirée de la comédie musicale « Les parapluies de Cherbourf» de Michel Legrand. Le morceau est introduit par la trompette à sourdine de Maxime Lafaille. La chanteuse interprète ensuite une version spéciale, en métrique ternaire de notre « Latibonit-o-sole ». Le rythme se précise ; c’est une mazurka antillaise, un ¾. Lafaille et Policard commentent par leurs solos.

On enchaîne avec le duo Dauphin-Lubin dans la superbe chanson « Je suis qui tu veux » en mineur, avec le passage en majeur, partiellement dans le pont magnifique de contraste. Poème de Syto Cavé mis en musique par Réginald Policard. C’est très attendrissant et très applaudi.

Réginald Lubin, seul, accompagné par le pianiste, récite la brève chanson « Gade w ». Le M.C. annonce peu après le superbe et prestigieux «crooner» martiniquais Ralph Thamar qui enthousiame ou méduse l’assistance avec trois de ses chansons très connues : « Simel-o » traitant d’abandon du foyer par la femme, meringue a tendance bossa dans cette version ; « Chabine » superbe et très enlevée mazurka avec le chœur Mélissa-Réginald-Alan ; « Je suis né loin d’ici » avec interaction et participation du public au refrain créole.

Une intermission de vingt à trente minutes précède la deuxième partie du spectacle. Par la qualité sonore, très satisfaisante, c’est une large revanche sur la première moitié de la soirée. L’ingénieur du son a pratiquement maté l’acoustique rebelle de cette salle difficile, choisie en lieu et place du pelin air, pour parer aux imtempéries de cette saison pluvieuse. Le public a apprécié la différence.

On reprend avec « Mirage », composition instrumentale de Réginald Policard, thème figurant sur son dernier album de jazz. Le quartette (Policard, Lafaille, Thomas, Barbot) s’exprime assez bien sur cette version bossa-nova. Les chorus sont pris par le pianiste et le trompettiste.

« Deside’w» autre composition du pianiste et leader, sert de canevas pour improviser sur une version «pop-jazz». On a apprécié la trompette à sourdine du jeune Maxime Lafaille (21 ans).

La soirée suit son cours jusqu’à la fin avec un hommage à Boulo Valcourt, malade, « Lanmou pa yon plezantri », aux phrases partagées par les quatre chanteurs qui nous ont ému ; « Alfonsina y el marétée par Mélissa soutenue par Réginald Policard au piano’ « Como fue » chanson et boléro des années 50, du XXe siècle, immortalisée par Bény Moré et collant à merveille au duo Thamar-Dauphin, aux voix douées pour l’espagnol ; « Je mwen tonbe nan je’w » ou « chimen kwaze », superbe et irrésistible ballade composée par Réginald Policard avec les paroles de Carlo Cavé, chantée par Ralph Thamar et commentée par la trompette ; « Souse san’m cheri » de Alan Cavé sur un texte de son père Syto ; « Jodi-a », belle bossa-nova chantée par Réginald Lubin ; musique de Policard et paroles de Carlo Cavé ; un texte en français chanté par Alan Cavé suivi d’une déclamation de son père poète et diseur ; un nouveau duo, inoubliable de Ralph et Mélissa dans « Besame mucho », standard latin inusable, arrangé spécialement ; et pour finir « La pèson n-o », en version «boléro-son-cha-cha», mettant en vedette Alan, à part les autres voix participantes.

L’excellence sonore et acoustique, jointe à la qualité du programme de cette dernière partie, nous le répétons, ont rendu plus réceptive, voire interactive, l’assistance qui s’est retirée sur une bonne impression, détendue, heureuse.

On se rend compte, plus que jamais, de l’importance de la «sono» et d’un ingénieur du son, pour la réussite d’un concert.

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