Message du recteur de l’UEH à l’occasion des 125 ans de l’EDSEG du Cap-Haïtien

Publié le 2017-10-27 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

125 ans aujourd’hui depuis que la Faculté de droit, des sciences économiques et de gestion du Cap-Haïtien contribue à la formation des jeunes de ce département, à la régénération de l’élite de cette partie du pays. Ce n’est pas peu dire dans notre société où les entreprises et les institutions survivent rarement à leurs fondateurs.

L’invitation m’a été faite à participer à cette célébration. Merci au staff dirigeant de la faculté. J’y réponds avec grand plaisir.

Avec bonheur, dis-je, mais aussi secoué par une vive émotion, partagé entre une grande humilité et le sentiment très net qu’une œuvre méritoire s’accomplit dans cet espace, que s’y entretiennent les traditions de fierté et de noblesse de ce département.

L’ombre reposante du palais Sans Souci et de la Citadelle Laferrière, vestiges têtus et imposants des fastes et des splendeurs du royaume du Nord, donne à méditer, fait penser à ces bâtisseurs de civilisation qui ont habité ces lieux à un moment de l’histoire et qui y ont laissé leurs empreintes. Les ouvrages d’art, aussi résistants soient-ils, sont malheureusement condamnés à céder un jour ou l’autre aux assauts du temps. Il appartient alors à nous, université, de construire les mentalités, les compétences à même d’impulser les changements après lesquels notre société soupire. Et c’est ce défi que vos prédécesseurs et vous, Monsieur le doyen, vous vous attelez à relever depuis 1892.

Vous y êtes parvenus. Depuis Tertulien Guilbaud, qui a fondé et animé le premier ce temple de la connaissance, c’est comme l’histoire de la pensée et de la culture dans cette portion du territoire qui s’y crée et s’y déroule au quotidien. Le gratin de l’intelligentsia du Nord a fréquenté ce sanctuaire, femmes et hommes de la basoche ou étrangers à ce domaine. Les bien-pensants s’y rencontraient tous, comme à un rendez-vous irrésistible de l’esprit. L’éminent avocat François St-Fleur autant que le docteur Rosalvo Bobo, médecin de son état, deux dignes fils de la cité, produits de deux générations différentes. Au cours d’une soirée d’hommage organisée à l’École de droit du Cap-Haïtien, c’était la raison sociale de l’établissement à l’époque, le premier dit de son aîné.

Rosalvo Bobo était un généraliste, mais plus spécialiste que chaque spécialiste dans sa spécialité.

Les annales du Cap regorgent d’exemples et de traces d’hommes et de femmes illustres, brillants serviteurs de la patrie formés ici et dont la mémoire assure le rayonnement de l’EDSEG du Cap-Haïtien. Emile Saint-Lot, Anténor Firmin, Me Zaché Fouché, Me Jean-Baptiste Pierre, ancien juge à la Cour de Cassation, décédé récemment, et j’en passe. Excusez du peu. La liste serait trop longue.

Vous êtes, Monsieur le doyen, le digne héritier d’une longue lignée de formateurs, de forgeurs d’âmes. Cette école supérieure étant devenue une entité de l’Université d’Etat d’Haïti depuis le décret du 18 février 1963, c’est à moi qu’il échet l’avantage et le plaisir, aujourd’hui, de vous exprimer toute la reconnaissance de notre institution. Je le fais avec d’autant plus d’élan que celle-ci ne peut pas oublier votre précieuse contribution au lancement du Campus Henry Christophe de l’UEH à Limonade. Soyez-en remercié et vivement félicité une fois de plus, Monsieur le doyen. Le rectorat reconnaît et salue le rôle majeur joué par la FDSEG et son staff, sous votre leadership, dans ce combat qui a dû être mené pour l’implantation du CHCL et son maintien dans le patrimoine de l’UEH.

Nous continuerons à compter sur vous, sur vos services inestimables et surtout sur votre engagement. Nous appartenons à une Université militante par la force des circonstances. Depuis des lustres, de longues décennies, il y en a qui s’appliquent à imposer la bêtise et la médiocrité à nos esprits comme une fatalité, une espèce de malédiction, un mauvais sort jeté sur ce pays. À cet égard, l’Université haïtienne dans son ensemble doit s’organiser en un front du refus, un front de la résistance, un front du savoir. Tel est le mot d’ordre du président de la Conférence des recteurs, présidents et dirigeants d’universités haïtiennes (CORPUHA) que j’ai l’honneur d’être pour les 3 prochaines années. J’exhorte particulièrement la Faculté de droit, des Sciences économiques et de gestion du Cap-Haïtien et son entité sœur, le Campus Henry Christophe de l’Université d’État d’Haïti à Limonade, à se constituer en fers de lance de ce combat contre l’ignorance, car celle-ci n’est génératrice que de misère et de violence.

Les forces de la réaction et de l’inertie ne sauraient l’emporter sur celles du progrès que nous incarnons. La force brutale ne saurait tenir plus longtemps l’intelligence en échec. Nous avons une lourde responsabilité à cet égard. La tâche est ardue, je vous l’assure. Mais elle n’est pas au-dessus de notre savoir-faire et de notre détermination à faire bouger l’ordre des choses, à changer ce qui doit l’être dans notre communauté.

La Constitution haïtienne de 1987 amendée a défini pour ce pays un nouveau projet de société, a donc tracé la voie d’un impérieux changement. Or, le changement, ici comme partout, ne peut s’initier qu’au niveau des mentalités. C’est la tête qui dirige, qui maintient le cap ou qui réoriente. L’université, dispensatrice de formation et pourvoyeuse de ressources humaines, est fortement interpellée. Elle doit se changer elle-même pour impulser le changement social, introduire de nouveaux outils, des techniques mieux adaptées, alimenter l’Administration publique et les entreprises en cadres compétents, crédités d’une formation pertinente par rapport aux nouveaux besoins. Est-il trop osé de dire que l’université doit se réinventer ?

Sous ce rapport, le rectorat de l’Université d’État d’Haïti a d’excellentes nouvelles à annoncer : l’organisation de sa 2ème journée portes ouvertes programmée pour les 1er et 2 décembre 2017, la signature en perspective d’un Contrat /Plan entre les tenants du pouvoir exécutif et les dirigeants de l’UEH et enfin la tenue pour bientôt des États Généraux de cette institution, en phase avancée de planification.

D’abord, la journée porte ouverte

La première manifestation de ce genre à l’UEH a eu lieu dans les locaux de la Faculté de droit et des sciences économiques de Port-au-Prince. Elle avait permis à l’ensemble de nos entités de présenter au public, aux jeunes en particulier, leur offre de formation, les niveaux de diplômes décernés, etc. Elle a été couronnée de succès. L’intérêt manifesté par la communauté pour cette activité a déterminé le Secrétariat Général à organiser une 2e édition, début décembre 2017 à la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire. Nos entités sont vivement encouragées à profiter au maximum de cet espace d’exposition et de relations publiques, en contactant le secrétariat général.

Ensuite, la signature d’un protocole d’accord dit Contrat-Plan entre l’Université d’État d’Haïti et l’exécutif. Dans un premier draft du document, il est prévu au profit de toutes les entités de l’UEH :

- l’ouverture de restaurants universitaires aux étudiants et au personnel de l’UEH;

- le service social étendu à tous les étudiants;

- des tâches d’assistance humanitaire à confier aux étudiants en périodes pré et post désastres naturels ;

- un système de prêts et de bourses d’études en faveur des étudiants les plus performants ;

- la définition de programmes prioritaires de recherches pour l’orientation stratégique des projets de recherches à financer dans les facultés, écoles et centres de recherche de l’UEH ;

- un programme d’initiation des jeunes à l’emploi ;

- l’accès des étudiants à une couverture médicale dans le cadre de l’application et de l’extension de la carte de sécurité sociale de l’OFATMA, etc.

Enfin, cette promesse que j’ai faite à la communauté de l’UEH et que je tiens à honorer, celle d’organiser au cours de mon mandat les états généraux de l’Université d’État d’Haïti.

L’autonomie de cette institution consacrée par la Constitution de la République ne saurait occulter son statut de bien public. Ses curricula, son offre de formation, ses axes de recherche doivent s’inspirer d’une vision largement partagée du développement du pays dans laquelle se retrouvent les différents secteurs de la vie nationale.

Les grands pouvoirs de l’État, la société civile, le milieu des affaires, les industries en priorité, sont autant de partenaires incontournables de l’UEH dans la perspective d’une université nationale utile à la communauté, aux entreprises et orientée vers le progrès. Une commission de préparation des états généraux est déjà à l’œuvre et commence déjà à se faire sentir. Je veux vous exhorter d’ores et déjà à lui apporter une pleine et franche collaboration, comme vous serez bientôt sollicités de le faire. Il y va de l’avenir de notre institution.

C’est sur cette note, distingués invités, chers collègues et chers étudiants, que je termine mon message tout en vous invitant à vous replonger dans cette ambiance de célébration, de réjouissances, de congratulations et de reconnaissances, des efforts des uns et des autres, car il en a fallu pour maintenir ce flambeau allumé pendant 125 ans.

Encore une fois, bonne fête à tous et félicitations aux uns et aux autres, particulièrement au staff dirigeant de la Faculté de droit, des sciences économiques et de gestion du Cap-Haïtien.

Aux dévoués professeurs de l’EDSEG du Cap-Haïtien ainsi qu’aux nombreux étudiants, j’adresse les chaudes salutations du rectorat de l’Université d’État d’Haïti.

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