Que d’opportunités gaspillées !

Publié le 2017-10-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

L’ancien président Michel Martelly avait réalisé un exploit comme lui seul en avait le secret : trouver de l’argent frais pour injecter dans le système éducatif. Le Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO), pendant le quinquennat de Martelly et jusqu’à aujourd’hui, a coûté au pays plus de 150 millions de dollars américains collectés sur les appels internationaux et sur les transferts d’argent des Haïtiens de la diaspora. Qu’est-ce qui reste de cet investissement ?

L’actuel ministre de l’Éducation nationale, Pierre Josué Agénor Cadet, reconnaît, comme Nesmy Manigat avant lui, que le PSUGO n’a pas donné les résultats escomptés. Certains diraient même que ledit programme a fait plus de mal que de bien au système éducatif pour y avoir introduit des affairistes, des pseudo directeurs d’école et de faux enseignants. Le ministre Cadet a avoué que des fonctionnaires de son ministère, voire des élus, ont perverti le PSUGO en gonflant le nombre d’élèves par école. Pas étonnant que des écoles inscrites n’aient jamais existé. Des enquêtes ont été menées par l’ULCC, des noms d’accusés de détournement de l’argent de ce programme ont été rendus publics, des écoles impliquées dans des cas de fraudes ont été identifiées et on a même publié des rapports. Combien d’arrestations a-t-on effectuées ? Combien de jugements liés au détournement des fonds du PSUGO ont eu lieu ?

En attendant d’avoir des réponses à ces questions, un fait reste certain : l’État haïtien a investi plus de 150 millions de dollars américains dans le PSUGO sans impact réel sur le système éducatif. Un vaste gâchis pour un pays qui peine à scolariser tous ses enfants. S’il est vrai que le PSUGO n’a pas atteint ses objectifs, il nous a néanmoins permis de comprendre que notre malheur n’est pas la carence de ressources financières, mais la mauvaise gestion des faibles ressources dont nous disposons. Une bonne gestion des fonds du PSUGO aurait pu aider à scolariser plus d’enfants et à accorder un meilleur traitement aux enseignants. Nous ne sommes pas encore là. Aucun signe ne montre que nous allons y arriver dans la mesure où ceux qui ont dilapidé les fonds du PSUGO sont toujours en poste et jouissent tranquillement de leurs biens mal acquis.

Le triste constat fait pour le PSUGO pourrait être transposé à d’autres domaines comme l’énergie électrique. Au lieu de profiter des opportunités offertes par la coopération vénézuélienne à travers le programme PetroCaribe, l’administration Martelly/Lamothe choisissait d’investir dans l’acquisition de lampadaires, un programme d’éclairage trompe-l'œil. Que nous reste-t-il de ces investissements ? On posera bientôt la même question pour le programme d’électrification 24/24 de Jovenel Moïse. En attendant, il faut donner du temps au président Moïse qui croit avoir trouvé la bonne formule pour réussir là où ses prédécesseurs ont échoué. On se rappelle que l’Energie était l’un des cinq E de Michel Martelly.

On pourrait dire autant pour le système sanitaire. Des hôpitaux flambant neufs ont été construits au cours des dix dernières années. On attend encore les impacts de ces investissements sur la qualité de soins de santé fournis à la population.

Si notre pays reste un très mauvais élève dans le domaine de l’éducation, de la justice, de la santé… c’est d’abord à cause de la mauvaise gestion de nos faibles ressources, de la mauvaise foi et de la nonchalance de nos gouvernants qui font tout pour affaiblir davantage nos institutions. Pour cause. La corruption gangrène nos institutions au vu et au su de tous. Le président Jovenel Moïse a fait savoir que les cinq premiers problèmes du pays sont la corruption. Depuis, on attend sa première mesure pour en finir avec. Il semble que l’attente risque d’être longue.

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