L’art du tâtonnement

Publié le 2017-10-11 | Le Nouvelliste

Editorial -

Huit mois après son investiture, Jovenel Moïse, à l’instar de ses prédécesseurs, cherche encore ses marques. La vision n’est pas forcément définie, sinon des projets plein la tête avec des sources de financement non totalement identifiées. Monsieur Moïse continue de claironner qu’il va électrifier tout le pays 24 heures sur 24 dans, désormais, moins de deux ans, on ne sait encore comment… Le chef de l’État aura-t-il réussi là où ses devanciers ont échoué ? La volonté de bien faire ou de toucher à tout suffit-elle ?

Dans l’autre camp, l’opposition montre déjà ses griffes. Aucun plan n’est non plus défini, sinon manifester pour dénoncer. La loi de finances, jugée « criminelle », votée au Parlement, aura servi de catalyseur pour secouer le chef d’État.

La conjoncture politique a l’allure du déjà-vu. Un gouvernement, qui a l’appui du Parlement, mais qui déraille face à une opposition qui veut le chasser à tout prix. Les revendications n’ont pas changé. La manière non plus : la rue. Pour calmer le jeu, le président de la République a décidé de rencontrer au palais national des représentants d’organisations politiques. Au menu des discussions : financement et institutionnalisation des partis politiques. Certains leaders de partis ont boudé l’invitation. La politique, le jeu démocratique, c’est aussi ça. Sauf que le sujet du jour est hors-sujet. Les multiplies batteries de communication de la présidence et du gouvernement n’ont pas été efficaces pour bien expliquer le budget, apporter des précisions ou des démentis s’il y a eu une quelconque manipulation d’un secteur comme l’avancent des proches du pouvoir. On a laissé passer le momentum.

Alors que le chef de l’État discutait ce mercredi avec ses hôtes au palais national, les débats au Sénat étaient tout autres. Les sénateurs ont voté à l’unanimité une résolution pour exiger la renégociation des contrats liant l'État haïtien avec les fournisseurs privés de courant électrique. Estimant que ces derniers font leur beurre dans des contrats (trop) juteux, les parlementaires veulent rebattre les cartes. Tout le monde sait qui a signé quoi et avec qui. Si les services ne sont pas fournis comme cela devrait être, renégocier les contrats devrait être une formalité. Sauf que ce n’est pas la première fois que ce sujet figure dans le menu des discussions. Sous l’administration de Michel Martelly, le problème de ces contrats renegociés sous René Préval à plusieurs millions de dollars le mois a été posé. Michel Martelly avait préféré se taire comme pour classer ce dossier dans le tiroir de « Dossiers très sensibles ».

Ici, la liste des dossiers sensibles peut être longue. On en parle, des enquêtes sont parfois menées, les rapports publiés, les accusés dévoilés… mais rien de plus. Combien d’enquêtes sur les crimes financiers ont été menées jusqu’ici ? Au moment où les sénateurs votent pour demander de renégocier les contrats de l’État haïtien avec les fournisseurs de courant électrique, le rapport d'enquête de la commission spéciale du Sénat sur les milliards du PetroCaribe est toujours en attente. On touche à tout sans arriver nulle part.

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