À bout portant Beethova Obas

Ticket dans le rétroviseur Le 26 octobre 2017 ramène le 15e anniversaire de Ticket. Pour marquer cette date, nous vous proposons de redécouvrir d’anciens articles qui ont marqué plus d’un. À ses débuts en octobre 2002, Ticket était un hebdomadaire, imprimé et distribué à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. Aujourd’hui, nos articles sont publiés tous les jours sur le www.lenouvelliste.com, puis partagés sur les réseaux Facebook (Ticket Magazine), Twitter et Instagram (@ticketmaghaiti). Retrouvez ci-dessous une entrevue réalisée avec Beethova Obas, parue le 16 juin 2005, dans le numéro 135 de Ticket.

Publié le 2017-10-11 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

Réputé très discret sur sa vie privée, il a finalement accepté de lever un bout de voile. Vraiment, rien ne résiste aux questions rouleau compresseur de la rubrique « À bout portant ».

On te voit rarement dans le pays. Pourquoi ne donnes-tu pas plus de concerts ?

- Mais je viens d’en donner sept ! Quand je suis à l’étranger, dans une tournée, je n’en donne pas autant. Tu vois, je suis généreux. J’ai joué au Cap, aux Cayes, à Jérémie, à Port-de-Paix, aux Gonaïves, au Rex Théâtre, au local de la Fokal. Vraiment, je me suis rendu compte combien les gens en avaient soif.

Parlant de soif, quand est-ce que le public pourra écouter cet album de musique évangélique que tu as promis ?

- L’album est fin prêt et attend d’être distribué. À Muzik Arts, on avait donné la priorité au collectif Atis Pou Ayiti.

Ce nouveau concept ne va-t-il pas désorienter tes fans qui voient en toi un chanteur très sensuel ?

- Je ne suis pas le seul artiste à avoir travaillé sur ce projet d’album gospel. J’en suis surtout le réalisateur. Et je n’ai chanté qu’un seul morceau. En tant que membre d’une famille chrétienne, je n’ai fait que mon devoir. Et puis, le public doit reconnaître que chacun a sa façon de voir les choses. Par exemple dans un stade, celui qui est dans les gradins ne suit pas le match de la même manière que celui qui est dans les tribunes. On peut me voir comme un chanteur sensuel. Pourquoi pas ? C’est une phase de la vie. La sensualité existe même dans la Bible.

À quand le duo avec Emeline Michel ? On l’attend depuis plusieurs années.

- Nous discutons entre nous tous les jours de ce projet, Emeline et moi. Nos occupations respectives nous ont empêchés de le réaliser jusqu’ici, mais c’est pour bientôt.

On pensait plutôt que tu avais peur d’une telle initiative.

- Pas du tout. On a déjà chanté en duo sur un de mes albums. Le courant passe bien entre nous. C’est la raison pour laquelle on se retrouve souvent ensemble sur scène. D’ailleurs, le 28 mai, on était tous les deux à l’affiche à Miami. Notre génération a donné de bons exemples en matière d’union et de fraternité. James Germain, Emeline et moi, on reste très soudés.

On a appris que tu t’es marié en secret. Avais-tu peur des réactions négatives de tes fans féminins ?

- Je ne le crois pas. Comme je devais me marier un jour ou l’autre, je ne pouvais pas le faire avec tous ces fans. On peut se marier de façon solennelle, avec beaucoup de tapage. On peut même faire du business avec ses noces. Mon tempérament, mon caractère et celui de ma fiancée, m’ont poussé à faire autrement. Mon mariage s’est déroulé en famille. Pas comme le public l’aurait voulu. Je me suis marié civilement aux États-Unis et religieusement à Bruxelles, devant notre famille, nos amis et nos proches.

Y a-t-il quelque chose de grave qui a motivé ce mariage ?

- De grave ?

Oui, par exemple une grossesse inattendue ?

- Même si la fille tombe enceinte, on n’est pas obligé de se marier. On est obligé de se marier parce qu’on se sent prêt à faire route ensemble avec son futur conjoint. Une grossesse demande certes le soutien du futur père de l’enfant qui doit épauler sa partenaire. Mais un mariage dans ces conditions est voué à l’échec.

La cérémonie s’est déroulée où ?

- Elle s’est déroulée dans une église baptiste à Bruxelles le 6 novembre dernier.

Qui est cette jeune femme ?

- Mon public la connaît déjà. Puisque c’est elle qui m’a présenté au début de chacun de mes concerts. Et puis, c’est notre vie privée. Je peux te dire seulement que c’est une journaliste haïtienne, née à Montpellier. Ses parents étudiaient alors la médecine en France. Elle les a suivis en Europe, puis à Port-au-Prince où elle a terminé ses études secondaires. Elle est diplômée en journalisme à Bruxelles et elle travaille dans cette ville.

Comment l’as-tu rencontrée ?

- Nous nous sommes rencontrés ici en Haïti.

Est-elle une femme jalouse et possessive ?

- Non, jusqu’ici elle ne m’en a pas donné l’impression. Bien au contraire. C’est une femme extraordinaire, qui me comprend et qui fait tout pour que notre couple avance.

Tes fans féminins ne sont-elles pas jalouses de ta femme ?

- La plupart de mes fans, qui sont dans la quarantaine comme moi, se sont déjà casées. Du moins je l’espère. Donc, elles ne doivent pas me reprocher de m’être marié. J’avais besoin d’une compagne pour faire la route avec moi et j’ai trouvé cette femme. Et je pense que mes fans doivent être contents de mon bonheur. Être non marié est synonyme de vagabondage, de manque de discipline, de risque de maladies.

Vivez-vous tous les deux à New York ? Est-ce que l’un de vous deux s’est sacrifié pour l’autre ?

- On ne peut pas parler de sacrifice, puisque ma profession m’a fait citoyen du monde. Ma femme a une certaine liberté dans son travail. Ce qui lui permet de m’accompagner souvent dans mes tournées, de m’aider à gérer ma profession et mes talents.

Comment trouves-tu ta nouvelle vie de jeune marié ?

- Très agréable.

À quand le bébé ?

- Je le dis toujours: c’est Dieu qui donne. En tant que croyant, j’obéis à sa volonté.

Un enfant dans ta vie, qu’est-ce que cela va changer pour toi ?

- Je ne peux pas l’expliquer, puisque je n’en ai encore aucun. Mais la soif d’être père me fait sentir que ce sera quelque chose d’extraordinaire. Et puis un enfant, c’est la vie qui grandit.

Beethova, quel effet cela te fait d’être dans la quarantaine ? Ne te sens-tu pas un peu vieux ?

- Pas du tout. Il me reste tant à faire. Et je me sens très jeune.

Vraiment. Avec ces plis sous les yeux ?

- C’est normal. D’ailleurs, mes plis je les ai depuis que j’étais dans la vingtaine. Des fois, quand je me regarde dans le miroir, je me trouve rajeuni. La jeunesse, ce n’est pas une question d’âge, mais d’esprit, de comportement. Et en tant que croyant, je sais que mon corps est un temple que je dois entretenir. Autrement, ce serait un acte de suicide. D’où l’importance du sport.

Lorsqu’on compare une photo de toi il y a 10, 15 ans et une d’aujourd’hui, on constate que tu as pris des kilos. Quand l’appétit va, tout va ?

- Normalement, l’âge amène les kilos. Lorsque je suis en tournée, il est difficile pour moi de suivre mon régime alimentaire et mon programme d’exercices physiques. Donc, mon poids connaît des hauts et des bas. D’ailleurs, par rapport à ma jeunesse, j’ai maigri. Lorsque j’étais au Collège Saint-Pierre, mes camarades me surnommaient Yaboule.

Dernière question, ta femme te prépare-t-elle de bons petits plats ou t’encourage-t-elle à suivre un régime ?

- Mon épouse est une femme totale. Dans tous les domaines, elle est très préparée. Elle est intellectuellement avancée et elle sait se servir de ses dix doigts. Elle cuisine bien et elle sait recevoir. Des fois, je l’aide à préparer les repas à la cuisine. Vraiment, je suis gâté et je n’ai pas de honte à le clamer haut et fort. Et puis, dès que mon poids dépasse une certaine limite, elle me met en garde et quand je vais courir, elle m’accompagne. C’est une sportive en plus.

Propos recueillis par Claudel Victor et Rosemond Loramus

BEETHOVA OBAS EN CINQ DATES - 1964. Naissance à Port-au-Prince du fils cadet d’Aline et de Charles Obas. Cinq ans plus tard, son père, peintre et musicien de talent, disparaît. - 1987. Premiers pas en musique au sein de la Koral Konbit Kalfou de Manno Charlemagne sur scène. Avec le titre “Lage l”, interprété par son frère Emmanuel, il remporte la seconde édition du "Konkou Mizik" d’American Airlines. - 1990. Il sort son premier album solo “Le Chant de liberté”. - 1994. Avec le succès de l’album “Si”, il entame une carrière internationale très fructueuse. - 2004. Il épouse la journaliste Dominique Joseph

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