Coup de projecteur sur Jerry Tardieu

Ticket dans le rétroviseur Le 26 octobre 2017 ramène le 15e anniversaire de Ticket. Pour marquer cette date, nous vous proposons de redécouvrir d’anciens articles qui ont marqué plus d’un. À ses débuts en octobre 2002, Ticket était un hebdomadaire, imprimé et distribué à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. Aujourd’hui, nos articles sont publiés tous les jours sur le www.lenouvelliste.com, puis partagés sur les réseaux Facebook (Ticket Magazine), Twitter et Instagram (@ticketmaghaiti). Retrouvez ci-dessous un extrait d’une entrevue réalisée avec Jerry Tardieu, parue le 16 juin 2005, dans le numéro 135 de Ticket.

Publié le 2017-10-11 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

Dans une longue interview qu’il a eu la gentillesse de nous accorder, nous avons passé Jerry Tardieu au peigne fin pour le mettre à nu devant ses fans et les lecteurs de Ticket. Qui est-il ? Comment vit-il ? Que veut-il ? Où va-t-il ? Qu’aime-t-il ? Que pense-t-il? Autant de questions pour lesquelles Ticket a voulu trouver une réponse de Jerry Tardieu qui, après avoir montré une certaine réticence, s’est finalement prêté au jeu de fort belle façon.

À propos de L’Avenir en face

Le livre de Jerry Tardieu séduit tant par la forme que le contenu. Et nul ne peut sortir indifférent de cette lecture. Le travail infographique et la mise en page réalisés par la firme Ameco Design est remarquable. L’impression confiée à la firme canadienne Phipps-Dickson est de la plus grande qualité. Un produit final de standard international. Rien à envier aux livres des éditions Grasset, l’Harmattan, Plon, Flamarion ou Lehmann Brothers. Un seul critique : les caractères ! Ils auraient pu être plus grands, facilitant ainsi la lecture du livre. Sur le contenu, il est évident que les sectes altermondialistes se feront un plaisir de clouer l’auteur au pilori, mais pourront-ils éviter le débat d’idées auquel invite Tardieu dont les coups de boutoir sont rudes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet ouvrage semble prendre la forme d’un coup de clairon qui sonne l’hallali d’un certain statu quo !

Le livre comporte deux grandes parties. Dans la première, Jerry Tardieu passe en revue ce qu’il estime être les principales dynamiques de la mondialisation contemporaine pour en dégager les enjeux, les dangers et les opportunités réelles où imaginaires pour Haïti. Dans la deuxième partie, il montre comment la République dominicaine a réussi avec brio son intégration au marché mondial en misant principalement sur le tourisme et l’industrie d’assemblage, sans pour autant négliger les autres secteurs d’activité. Il fait valoir dans ce chapitre les avantages exceptionnels dont dispose Haïti. Et pour que notre pays mette à profit ses atouts compétitifs sur le marché régional et mondial, Jerry Tardieu propose la création de pôles de développement où les investisseurs étrangers et nationaux jouiraient de conditions fiscales, infrastructurelles et sécuritaires exceptionnelles. L’auteur affirme que cette option de développement, visant en même temps la décentralisation, la participation au commerce international, l’intégration de la diaspora et la création d’emplois, doit pouvoir s’articuler autour d’une politique générale accordant une priorité budgétaire absolue à la sécurité (chapitre 12 ) et l’éducation (chapitre 13).

À propos de Jerry Tardieu

En plus d’être le vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti, institution au sein de laquelle il préside la commission Relations publiques, il est également vice-président et copropriétaire du quotidien Le Matin dont il a repris la tête avec un groupe d’entrepreneurs haïtiens ayant choisi de s’impliquer citoyennement et socialement. Déjà auteur de plusieurs ouvrages, Jerry Tardieu est détenteur d’une licence en gestion de l’Université européenne de Bruxelles et d’une maîtrise en administration publique de l’Université de Harvard.

Observateur attentif des incidences de la mondialisation sur les pays de l’hémisphère, Jerry Tardieu intervient régulièrement dans les médias ou comme conférencier sur ce thème « qu’il analyse à partir du double prisme de l’entrepreneur et du technicien ». Si, de façon générale, les idées de Tardieu sont bien reçues, il n’en demeure pas moins vrai que, dans certains milieux (même d’affaires !), Jerry Tardieu semble déranger. Ses idées originales et nouvelles choquent parfois même ses pairs du secteur privé des affaires ou des économistes des plus avertis. Par exemple, sa théorie sur la question d’intégration régionale au CARICOM suscite beaucoup de controverses dans notre société souvent hostile au processus d’intégration hémisphérique qui devrait, selon plus d’un, anéantir la production haïtienne et vassaliser notre pays. Mais, selon Jerry Tardieu, pour Haïti, contrairement aux autres pays du CARICOM, l’intégration régionale, corollaire de la mondialisation, est en fait un jeu à somme nulle. À court terme, Haïti n’a rien à gagner, mais rien à perdre non plus, pense Jerry Tardieu. Dans son dernier ouvrage, il justifie son point de vue dans une analyse détaillée…

Né le 13 juillet 1967, Jerry Tardieu est un pur produit de l’Institution Saint-Louis de Gonzague où il a fait ses études primaires et secondaires. Détenteur d’une licence en gestion de l’Université européenne de Bruxelles et d’une maîtrise en administration publique de l’Université de Harvard, depuis près de 10 ans, il dirige des entreprises familiales notamment celles opérant dans les activités de transport maritime. Parallèlement, il a choisi durant cette décennie de prêter également concours, sur une base sélective, comme consultant à certaines institutions privées pour le montage et la structuration de projets d’envergure. Le dernier en date : le projet Unitransfert en 1997, où il a fait partie d’un comité de trois membres responsables de définir une stratégie de pénétration du marché l’étude et de l’implémentation dudit projet. Jerry Tardieu est très fier d’avoir été partie prenante d’un tel projet. Il se réjouit que, cinq ans après sa création, Unitransfert, société affiliée à la UNIBANK, soit devenue l’une des plus importantes maisons de transfert d’Haïti.

Il est peu bavard sur sa vie familiale et sentimentale. Il devient même timide quand le sujet est abordé. C’est un homme profondément privé, qui s’ouvre très peu sur la question, ce qui semble trancher avec la verve, l’ouverture d’esprit et même le côté quasiment belliqueux dont il fait preuve dans les interviews qu’il donne souvent. Toutefois, il ne cache pas adorer ses deux enfants, Laurent (9 ans) et Aurélie (7 ans), qui sont ses plus grandes raisons de vivre. Comme son père, Laurent est mordu de foot. Jerry a été international haïtien en catégorie juniors. L’un des meilleurs moments de sa vie, dixit l’intéressé, restera la demi-finale jouée au stade Silvio Cator contre le Canada en 1983 lors d’un grand tournoi international qui avait tenu en haleine tout le pays, on se le rappelle. Selon le Dr Yves Jean-Bart, aujourd’hui président de la Fédération haïtienne de football, s’exprimant dans Le Nouvelliste à l’époque, Jerry fut avec Moïse Dérivois et son frère Patrick l’un des trois meilleurs joueurs de ce grand tournoi qui permit aux frères Tardieu d’entrer par la grande porte dans le monde du foot haïtien.

Patrick Tardieu, d’un an plus jeune que Jerry, a connu une plus longue et imposante carrière comme capitaine de la sélection nationale d’Haïti. La famille Tardieu reste une famille attachée au football, un peu comme les Vorbe, les Léandre, les Baker, etc. Selon Julio François, entraîneur des minimes du Shana Football Club, la famille Tardieu nous réserve encore bien des surprises vu l’énorme talent dont fait déjà preuve Laurent, le fils de Jerry, qui est, selon lui, l’un des meilleurs joueurs de sa génération. Avec un grand sourire, et une overdose de fierté, Jerry Tardieu nous précise que sa fille Aurélie joue également au foot. La saison passée, elle était l’une des deux seules filles inscrites à Shana FC. « Au moins une fois par semaine, quand mon agenda me le permet, après l’école, nous jouons au foot à 3. Ce sont pour moi des moments de qualité qui n’ont pas de prix », dit-il. Priceless, comme dans la publicité de Mastercard, dirait l’autre.

En plus d’avoir joué au Club Sportif Saint-Louis sous la houlette de Evans Lescouflair, Jerry a joué au Violette Athletic Club dont il dit garder des souvenirs mémorables, notamment de ses entraîneurs Philippe Vorbe, Ernst Jean-Joseph et des dirigeants comme Fritz Henry Jean-Marie, Yonel Trécile , Martial Jean-Louis, Grégory Chevry, ou des coéquipiers comme Jean-Marie Télasco , Jean-Joseph Mathelier, Ernst Dorfeuille, Georges Dieujuste, Sébastien Vorbe et consors. De sa carrière de foot, il a développé des amitiés solides. Par exemple avec Patrice Dumont pour lequel il ne cache pas sa grande admiration, « Roro » Pharel, feu Aki Savain, Philippe Vorbe, Yonel Trécille , Alix Avin, Frantz Liautaud, Philippe Belot, Nono Jean-Baptiste.

Sa passion du football ne s’est pas arrêtée quand il a raccroché les crampons. Entre 1995 et 1999, il présidera de nombreux comités mixtes (formés d’entrepreneurs et cadres de la secrétairerie d’État aux Sports), responsables de l’organisation des grands tournois internationaux qui remirent, on s’en souvient, Haïti sur la carte du football mondial. Il a été partie prenante des efforts qui ont fait venir en Haïti des stars comme Roger Milla, des sélections comme celles du Cameroun, de la Jamaïque…

Jerry présente son frère Patrick comme un modèle pour les générations à venir. Sur les terrains de foot comme en dehors. Il ne tarit pas d’éloges envers son autre jeune frère Fabrice dont il vante le charme magnétique et l’esprit de famille. Idem envers sa sœur Régine pour laquelle il ne cache pas son affection. Pour avoir vu la famille Tardieu, toutes générations confondues, autour de Jerry le jour de la vente-signature, Ticket est édifié. Aucun doute : le clan Tardieu est soudé. Aucun d’entre eux n’est étranger à la vie publique ou aux projecteurs des caméras. La notoriété, ils connaissent. Ils l’assument d’ailleurs aisément et de façon naturelle. Patrick a été capitaine et porte-parole de la sélection nationale de foot. Régine est psychologue clinicienne et anime une émission très connue sur Vision 2000 intitulée « Si on en parlait » qui passe tous les vendredis à 3 p.m. Par ailleurs, elle a créé et dirige GRANDIR une association de professionnels intervenant dans le domaine de la santé mentale et de l’éducation. La seule institution de cette nature en Haïti. Fabrice vient de lancer avec son frère Patrick une ligne de vêtements (Bogosse) qui commence à être très connu aux USA. Jerry est donc l’aîné d’une famille dynamique où les affaires, la production intellectuelle et l’implication citoyenne sont des deuxièmes natures … « Nous tenons notre dynamisme de ma mère, notre sens des affaires de mon père et notre attachement à Haïti de nos grands-parents », affirme fièrement Jerry qui présente ses parents comme des modèles… et les piliers de sa vie.

Et le côté mondain

Jerry Tardieu sort très peu. Il préfère recevoir chez lui. Tout y passe. Rendez-vous d’affaires, Get together décontractés, dîners… Il n’est pas un grand buveur. Plutôt un buveur social. Un ou deux scotchs les vendredis soir. Du vin rouge aux déjeuners en fin de semaine. Plutôt un vin d’été californien Merlot. Il aime bien le champagne, mais tolère mal les hard liquors. Il se souvient d’une cuite prise le 13 juillet de l’année passée à Barak pour avoir oublié sa sensibilité aux alcools durs comme la tequila. Un mauvais souvenir à oublier, dit-il. Il adore la cuisine italienne ou haïtienne. Il voyage assez souvent. Les affaires le mènent régulièrement en Floride d’où opère sa compagnie basée à Miami. Il lit beaucoup ces jours-ci. Récemment, il a lu et aimé Le code de Da Vinci de Dan Brown et Après la nuit de Vladimir Fardin.

Il écoute les nouvelles religieusement à la radio. C’est un fidèle auditeur de Valéry Numa tous les matins, de Liliane Pierre-Paul les après-midis, de Ranmase les samedis matin sur Radio Caraïbes. Il lit tous les jours Le Nouvelliste et Le Matin. Les week-ends, il déguste les hebdos comme le Petit Samedi Soir… Plus récemment, il a repris ses lectures de Paris-Match, The Economist et Foreign Affairs. Il écoute Métropolis les samedis, l’émission d’Hérold Jean-François sur Ibo les vendredis à 2 p.m. Il aime le compas et les chansons françaises… Il est loin d’être un épicurien. Le temps de la java est terminé, avance-t-il en souriant. Ce n’est pas pour autant qu’il ne jouit pas de ce qu’il appelle “les rares plaisirs de la vie”. Il s’est récemment découvert une passion pour la mer. Dans le bleu de l’océan, grâce à ses randonnées en bateau, il trouve les week-ends l’oxygénation qu’il lui faut pour maintenir son rythme de travail intense toute la semaine.

Jerry Tardieu est croyant. Il va à l’église régulièrement et pense que la foi en Dieu est une composante essentielle de la dimension de l’homme. Des amis, il en a beaucoup eu. Des déceptions en amitié, il en a connu aussi. Normal pour quelqu’un qui se dit entier, loyal et exigeant puisqu’il espère en retour autant qu’il donne en amitié. Ce n’est pas toujours évident. Toutefois, il dit savoir qu’il peut compter sur les amis d’enfance dans les mauvais moments, même quand il ne les voit pas sur une base régulière. Mais il dit aussi être surpris de constater que des nouvelles amitiés peuvent être aussi, sinon plus solides, que des amitiés d’enfance.

Quels sont les projets d’avenir de Jerry Tardieu ?

Sur cette question, Jerry Tardieu a été clair et limpide. En priorité, il compte s’adonner principalement à faire fructifier ses affaires tout en accordant plus de temps à ses deux enfants. À ceux (et ils sont nombreux) qui lui prêtent une percée en politique, il répond par un non ! Jerry portera pendant longtemps encore le chapeau privé. Voilà qui devrait mettre une sourdine aux bruits qui courent dans la ville. Toutefois, il compte allouer une forte partie de son temps à la solidification et au renforcement de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti. C’est la façon pour lui de contribuer à l’avancement du pays. Avec conviction et une brillance dans les yeux, il nous rappelle qu’il n’y a pas de pays quand les élites économiques ne sont pas organisées pour faire valoir non seulement leurs intérêts, mais aussi ceux de la collectivité. À ce propos, il se réjouit du dynamisme de la Chambre de commerce aujourd’hui. En moins d’un an, le conseil actuel a déjà procédé à la rénovation complète du building logeant la CCIH, à la construction d’un auditorium flambant neuf et a instauré une structure de gestion moderne avec la nomination d’une directrice exécutive de haut niveau. Tardieu s’enorgueillit que le nouveau conseil ait pu doubler en moins d’un an le nombre des membres (et tous les jours, d’autres entrepreneurs s’inscrivent comme membres). Il est vrai que la visibilité de la CCIH s’est accrue de manière exponentielle avec l’arrivée de cette nouvelle équipe.

Entre autres activités à venir, Tardieu compte organiser des ventes-signatures en province et à l’étranger. Il est actuellement en contact avec la Fondation Paul Gérin Lajoie, le CIDIHCA et la firme Ameco Design pour une présentation de son livre à Montréal cet été. Des ventes-signatures sont prévues aux Cayes, à Jacmel et même au Limbé où la Bibliothèque Georges Castera s’apprête à acceuillir Jerry Tardieu.

Jerry nourrit encore une autre ambition : la création d’un business club dont l’objectif est de créer un espace de discussion pour faire avancer des idées, des projets et une vision des affaires, de l’économie et de la société en général. Entre autres objectifs, ce club pourra aménager sur une base régulière des forums de discussions sur des thèmes précis d’intérêt public ou économique, monter et financer des projets d’investissements nécessitant une mise en commun de fonds et de compétences diverses.

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