Le dialogue politique de Jovenel Moïse n’emballe pas tous les partis

Publié le 2017-10-11 | Le Nouvelliste

National -

Jovenel Moïse a rencontré une quarantaine d’organisations politiques dans le sillage du financement et de l’institutionnalisation des partis politiques. Quoiqu’il soit à son round 2, l’idée de dialogue avec la classe politique n’emballe pas tous les partis. En effet, plusieurs organisations ont brillé par leur absence au cours de ces deux séances. Le parti Kontrapèpla, dans une correspondance adressée au cabinet du chef de l’État ce 10 octobre, a décliné l’invitation à prendre part à cette séance de travail qu’il juge « inappropriée compte tenu de la conjoncture ». « Face à la gravité et l’urgence de la situation que traverse le pays qui ne cesse de s’enfoncer dans l’infra-humain, nous croyons le moment décisif pour un véritable sursaut national. L’heure n’est plus aux tergiversations dans les demi-mesures, ni les rafistolages, tant de fois vainement tentés, qui aboutissent aux impasses où nous sommes englués », explique le parti dans sa lettre.

« Sans mettre en doute la bonne foi patriotique de la présidence, le parti estime que la responsabilité d’entamer une remontée de l’abîme exige des dirigeants beaucoup d’audace, d’humilité, d’abnégation, d’esprit de dépassement, pour mobiliser toutes les énergies afin de rompre définitivement ce cercle vicieux de misère, d’indigence et d’abjection. Le fragile mandat du président, s’il veut gagner en légitimité a pour impératif la convocation d’une conférence nationale souveraine, comme ultime voie pacifique de sauvetage national. Le pays a besoin de ce signal fort pour reprendre confiance en lui-même et se hisser à la hauteur des défis auxquels il est confronté. Le parti Kontrapepla, tout en se tenant disponible pour une telle initiative, n’entend participer à aucune démarche inscrite dans la perpétuation du statu quo », a-t-on fait savoir dans cette correspondance portant la signature de l’ancien sénateur Jean William Jeanty, coordonnateur national du parti.

Joint par téléphone en fin d’après-midi, le conseiller stratégique de la formation politique de Inite, Paul Denis, a confié au journal que son parti n’a pas non plus pris part aux discussions. « Absolument pas », a-t-il répondu à la question du journal sur la participation d’Inite. « Le président Jovenel Moise a fermé la porte au dialogue depuis son investiture au Palais national. Il a pris des décisions qui attaquent l’ensemble de la société haïtienne, notamment les couches les plus déshéritées. Le chef de l’État nous a envoyé une invitation pour venir discuter sur l’institutionnalisation et le financement des partis politiques le lendemain d’une grande mobilisation contre le budget 2017/2018 qu’on avait qualifiée de criminel et qu’il a décidé de mettre en vigueur. Ce budget lèse les couches défavorisées. C’était pour lui un moyen de détourner l’attention de la population sur ses revendications. Quand le président sera prêt pour un vrai dialogue, il prendra son temps et choisira le bon moment. Pour l’instant, toutes les fois que le président ne veut pas entendre les revendications de la masse, Inite n’est pas encore prêt à le rencontrer », a dit l’ancien parlementaire et ministre de la Justice.

Farouche opposant de Jovenel Moise, le leader de la Plateforme Pitit Desalin, Moïse Jean Charles, indique que son parti n’a pas été invité à la réunion de ce mercredi. Il dénonce toutefois une tentative de diversion du pouvoir. « Je ne pense que Jovenel Moïse nous aurait invité. Toutefois, nous dénonçons cette réunion. Elle est réalisée à un moment où Jovenel Moïse est en difficulté. Il offre des avantages à des acteurs sur la base qu’il entend financer les partis politiques. Jovenel Moïse concentre et partage les ressources avec ses proches. Il veut avoir l’aide de ces partis afin de pouvoir sortir de cette situation difficile dans laquelle il se trouve en contrepartie des avantages. Le peuple ne réclame pas de dialogue avec les partis, ni de démission de Premier ministre. Le peuple dénonce ce budget 2017-2018, la tentative de former un CEP permanent avec 6 membres de l’ancien conseil, le plan de rédiger une nouvelle Constitution, etc », balance-t-il.

Contacté par le journal, Schiller Louidor, de Fannmi Lavalas, a également indiqué que son parti non plus n’a pas assisté à la rencontre avec le locataire du palais national. « La position de Fanmi Lavalas est claire et précise. Ce dialogue est un trompe-l’œil. C’est une stratégie pour casser la mobilisation anti-Jovenel Moïse. Ce dialogue est réalisé parce que le président nommé et inculpé, que nous ne reconnaissons pas, est dans l’embarras. On ne reconnaît pas ce pouvoir. Pas question que nous nous asseyions autour de la même table avec un président nommé et inculpé. On va continuer, de concert avec nos alliés et d’autres forces vives du pays, la mobilisation pour son départ du pouvoir », a fait savoir Schiller Louidor.

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