Yves Jean-Bart : « Haïti travaille dans la sérénité »

Au terme du match nul (3-3), mi-temps (1-2), des Grenadiers, disputé le mardi 10 octobre au Nissan Stadium (Yokohama) face au Japon, le président de la Fédération haïtienne de football s’est montré très enthousiaste. Il ne tarit pas d’éloges envers les poulains de Marc Collat. Il en a profité pour évoquer le dossier de ce dernier avant de plaider, auprès du gouvernement haïtien, la cause du football.

Publié le 2017-10-11 | Le Nouvelliste

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Au même titre que les fans de la sélection nationale de football, le président de la FHF a savouré comme ça doit le match nul (3-3) réalisé par les Grenadiers au Nissan Stadium (Yokohama) face à l’équipe nationale du Japon, qualifiée pour la coupe du monde de la FIFA, Russie 2018. Visiblement content, Yves Jean-Bart a déclaré : « Je dis bravo, car c’est un excellent résultat face à une sélection qui a aligné rien que des joueurs de haut niveau dont beaucoup évoluent dans le « Big-5 » en Europe. C'est toujours bon de débuter un nouveau cycle sous de bons auspices. C’est d’autant plus encourageant qu’à part Nazon, Donald, Placide, Kévin et Méchack, la plupart des joueurs sont des jeunes, venus d’horizons différents. C’est une bonne affaire, d’autant qu’il y en a plusieurs autres qui ont raté de peu ce match. Cela nous permet de travailler dans la sérénité. »

« Ces jeunes, galvanisés, ont vraiment épaté tout le monde, et ils ont montré un grand talent. Ce n’était pas assuré avec tous ces « bleus » qui débutaient presque. Le Japon est une sélection très forte. Nos jeunes ont fait mieux que tenir. Il a fallu un gros travail de plusieurs mois du staff de management de la FHF pour convaincre ces jeunes convoités par d’autres pays qui offraient de loin, des projets plus ambitieux que nous. En fait, ceux-là qui hésitent encore, ne voyant pas trop bien ce que sera le projet des Grenadiers, peuvent être rassurés. Alors, c’est à nous maintenant, et avec l’appui de tout le pays, de montrer que ce travail de valorisation des équipes nationales que nous entreprenons depuis près d’une décennie avance, malgré les dures contraintes de la terrible réalité locale. »

Vers l’organisation de la Ligue des nations de la Concacaf

Sachant qu’Haïti (équipe nationale A) est éliminée de toutes les compétitions régionales et internationales, Dadou a qualifié de victoire l’organisation de la Ligue des Nations de la Concacaf en 2018. Selon lui : « La Ligue des nations de la Concacaf qui devrait débuter en 2018 va être un challenge intéressant. Cette dernière n’est autre qu’une victoire. Elle va mettre nos joueurs en confiance ».

Haïti nage dans l’inconnu

Marc Collat, si l’on se fie à ses déclarations, ne ferme pas la porte à un éventuel retour définitif aux commandes des Grenadiers. Est-ce que la FHF partage un tel avis ? Le Dr du football a répondu de la façon suivante : « On a discuté beaucoup avec Marc Collat. Pour le moment, c’est une pige qu’il a faite avec nous. D’abord, parce qu’il est sous contrat. Puis, nous autres, nous nageons en plein inconnu. Nous n’avons aucun sponsor sinon la FIFA et la CONCACAF qui nous soutiennent. Ensuite, recruter un entraîneur national exige des moyens pour lui accorder un salaire régulier, des assistants expérimentés et surtout les moyens de travailler. Mieux encore, Haïti a besoin de ressources permanentes pour conduire une politique d’équipe nationale. Par exemple, les joueurs ont fait eux-mêmes les dépenses préliminaires pour se rendre au Japon (taxi, hôtel de transit, etc..). Finalement, il nous faut des moyens pour rendre l’équipe nationale attrayante avec un minimum de traitement pour les joueurs. Ceci est important pour les clubs où évoluent nos joueurs qui surveillent tout pour les protéger. Avoir un budget pour les équipes nationales, pour offrir un minimum aux jeunes joueurs qui, des fois, hésitent à venir en équipe nationale. Ils ont agi de la sorte, parce que nous n’avons pas un programme régulier de matches pour qu’ils puissent progresser. »

Plaidoirie pour doter les équipes nationales d’un budget

D’autre part, Yves Jean-Bart en a profité pour plaider la cause du football. Selon lui, les équipes nationales (sans préciser la discipline) doivent avoir un budget. Sans langue de bois, Dadou dit : « Un budget d’équipes nationales nous permettrait de jouer en amical chez nous et de pas rester dans l’attente d’une invitation, même pour le classement FIFA, pour faire plaisir aux fans, pour créer un brin de joie chez nos compatriotes. Il est essentiel de jouer à domicile de temps en temps. On est parti pour le Japon sans une gourde pour représenter Haïti. Un budget nous permettrait de franchir un autre palier. Il y a eu certes des promesses, des engagements mêmes, mais la situation actuelle du pays peut empêcher l’État jusqu’à présent de les honorer alors que les clubs se tuent pour tenir le football chaque dimanche en vue. »

Comme beaucoup d’observateurs, par le biais du football, le président de la FHF croit savoir qu’Haïti peut tirer son épingle du jeu : « Les guerres modernes se font de moins en moins avec des armes meurtrières, mais par le biais d’autres facteurs comme le sport. Pour le football, bien que le pays soit pauvre et confronté à d’immenses besoins, cette guerre-là, nous pouvons la livrer, et bien nous en tirer, parce que nous avons les facteurs les plus importants, la passion et des jeunes talentueux avec un " gros cœur " prêt à se surpasser pour le pays », a-t-il dit.

Retour définitif de Marc Collat mais…

Revenant sur le dossier de Marc Collat, Yves Jean-Bart a apporté les précisions suivantes : « Oui, dès le départ, nous avons évoqué cette possibilité avec Marc Collat, même si cela reste au stade de projet, puisque Marc est engagé pour le moment. Les dirigeants qui sont là-bas : (Carlo, Beauvoir) vont continuer les discussions avec lui. Marc nous intéresse parce qu’il connaît le pays, parce qu’il est humble, pas trop cher, et, par-dessus tout, il est un entraîneur formateur de grande expérience. Il a la capacité de sortir beaucoup de jeunes pour les placer ailleurs et aider le pays à avoir une bonne élite, mais aussi combattre la pauvreté par le football. Marc sera précieux. Sa longue expérience dans la formation avec le PSG sera utile d’abord pour bien réussir le processus de rajeunissement entamé avec le onze national, mais aussi, objectif capital pour nous, renforcer notre académie Camp Nous, qui doit sortir plus de jeunes, filles et garçons de qualité. Avec l’appui du gouvernement que nous espérons plus régulier, et aussi des projets FIFA Forward, on devrait avoir une issue bonne pour les deux équipes. »

Autres rencontres amicales en perspective

Pour clore cette longue entrevue, nous avons abordé avec Yves Jean-Bart la possibilité pour Haïti de disputer d’autres rencontres amicales. D’un air confiant, il a déclaré : « Des matches amicaux, nous en cherchons activement. Le projet du match d’adieu avec le Brésil nous avait mis dans une position d’attente jusqu’ici, mais n’ayant rien conclu, nous avons relancé certains agents de matches qui nous avaient contactés. On espère pour la dernière période FIFA de l’année trouver une ou deux rencontres amicales sans doute en Europe ou en Asie. Le temps est court, mais nous allons nous dévouer, car nous avons déjà fait part de notre disposition à jouer. Il est possible de jouer contre la Macédoine, mais rien n’est conclu. »

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