Une grève des magistrats pour obtenir des avantages sociaux

Publié le 2017-10-09 | Le Nouvelliste

Editorial -

Une semaine après la cérémonie solennelle de réouverture des tribunaux, l’appareil judiciaire est à nouveau paralysé par la grève des magistrats qui exigent de meilleures conditions de travail. Quand ce ne sont pas les greffiers et huissiers qui font la grève, ce sont les magistrats qui font pression sur les autorités politiques pour obtenir satisfaction. Le syndicat de l’Administration générale des douanes a déjà menacé d’entrer en grève si les revendications formulées à l’endroit des décideurs n'obtiennent pas une réponse positive. Si le pouvoir exécutif doit décider dans le sens de la demande des magistrats, des agents douaniers et autres, le gouvernement doit se préparer à des revendications en série de l’administration centrale de l’Etat.

Il demeure entendu que dans certains pays les magistrats disposent d’un statut particulier par rapport aux autres catégories de fonctionnaires de l’Etat. Si l’on doit tenir compte des ressources limitées dont dispose l’Etat, il s’avère pertinent de questionner le bien-fondé des crédits budgétaires qui sont alloués dans ce budget au Parlement, à la Primature et à la Présidence. Dans le passé, des syndicats avaient l’habitude d’exiger de meilleures conditions de travail, mais il n’était pas coutumier d’assister à cette levée de boucliers de différents corps de l’Etat pour revendiquer des ajustements de salaire. La publicité faite par les médias des allocations reçues du Trésor public par les sénateurs et les députés à l’occasion des fêtes de fin d’année, des fêtes de pâques, du carnaval, de la saison estivale et de la rentrée des classes, pendant la présidence provisoire de Jocelerme Privert, ont en quelque sorte renforcé la détermination des uns et des autres pour faire pression sur le gouvernement du Premier ministre Lafontant.

Dans un sens comme dans l’autre, la grève des magistrats pendant une semaine constitue déjà un lourd fardeau pour les justiciables, en raison du mauvais fonctionnement de l’appareil judiciaire. Les magistrats ont le droit d’exiger de meilleures conditions de travail. Les justiciables qui subissent les injustices du système n’ont-ils pas eux le droit de se présenter devant leurs juges ? Les décideurs ne peuvent ignorer la grève des magistrats. En attendant d’obtenir gain de cause, les magistrats peuvent-ils continuer à violer les droits de tous ceux qui sont en détention préventive prolongée ? D’ailleurs, la détention préventive prolongée est alimentée par la nonchalance et la mauvaise foi de la plupart des magistrats et des autorités des parquets des différentes juridictions du pays.

Pendant combien de temps le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire va-t-il continuer à observer ce sombre tableau du pouvoir judiciaire pour lequel il a été créé, sans pouvoir jouer son rôle de contrôle et d’administration du pouvoir judiciaire ?

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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